Si vous lisez ces lignes dehors, trépied à la main, la bonne nouvelle est simple : il n'est pas trop tard. La phase partielle a commencé à 4 h 33, le maximum de l'éclipse est calé sur 6 h 12 heure de Paris, et la Lune ne se couchera qu'aux alentours de 7 h 09 dans la capitale, un peu plus tôt à l'est du pays, jusque vers 7 h 39 à Brest. Cela laisse une fenêtre de tournage confortable, largement suffisante pour une séquence accélérée digne de ce nom.
La mauvaise nouvelle, elle, tient en un mot : la hauteur. Au maximum, la Lune sera à quelques degrés seulement au-dessus de l'ouest-sud-ouest, environ 8 degrés à Marseille, et l'aube sera déjà bien installée puisque le Soleil se lève vers 7 h 01 à Paris. Un time-lapse d'éclipse dans ces conditions n'est pas un exercice de réglages exotiques. C'est un exercice de cadrage et de gestion de la lumière qui monte. Le reste suit.
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- Les heures qui comptent, heure de Paris : maximum à 6 h 12, coucher de la Lune vers 7 h 09 à Paris et jusque vers 7 h 39 à Brest, lever du Soleil vers 7 h 01 à Paris.
- Fin de la phase partielle à 7 h 52 : personne en France ne la verra, la Lune sera couchée. Votre séquence s'arrêtera sur un coucher de Lune encore éclipsée.
- Intervalle utile : de 4 à 15 secondes selon la longueur de la fenêtre que vous filmez. Le tableau plus bas donne le calcul exact.
- Le piège n'est pas la nuit, c'est l'aube : la lumière ambiante va monter de plusieurs diaphragmes pendant la séquence.
- Aucune protection, aucun filtre. Une éclipse de Lune se regarde et se photographie à l'œil nu, sans le moindre danger.
Combien de temps il vous reste, en heures réelles
Un time-lapse se planifie à l'envers : on part de la fin. Ici, la fin n'est pas la fin de l'éclipse, c'est le coucher de la Lune, ou plus exactement le moment où elle disparaît derrière le relief, les toits ou la brume basse. Dans les faits, comptez toujours cinq à dix minutes de moins que l'heure théorique de coucher, parce que les derniers degrés sont presque toujours mangés par quelque chose.
Trois bornes suffisent à décider. Le maximum de 6 h 12, où 96,2 % du diamètre apparent du disque sera dans l'ombre. Le lever du Soleil, vers 7 h 01 à Paris, à partir duquel le ciel devient franchement clair. Et le coucher de la Lune, vers 7 h 09 à Paris. Plus vous êtes à l'ouest, plus vous gagnez : l'écart entre Strasbourg et Brest dépasse une heure sur le coucher de la Lune, comme le détaille le relevé ville par ville.
L'intervalle : le seul vrai calcul de la matinée
Le calcul du time-lapse tient en une ligne. Le nombre d'images dont vous avez besoin égale la durée voulue du clip final multipliée par la cadence de la vidéo. En Europe, la cadence usuelle est de 25 images par seconde. Pour un clip de 20 secondes, il faut donc 500 images. L'intervalle, c'est simplement la durée de votre fenêtre de tournage divisée par ce nombre d'images.
Vingt secondes de vidéo, c'est la bonne cible. Au-delà, un plan fixe de Lune qui descend devient long à regarder. En dessous de dix secondes, le mouvement est trop rapide pour se lire. Voici les combinaisons qui tombent juste ce matin, avec un départ de séquence calé sur 5 h 40.
| Ce que vous filmez | Fenêtre | Intervalle | Images | Clip à 25 i/s |
|---|---|---|---|---|
| La montée vers le maximum | 5 h 40 à 6 h 12 | 4 s | environ 480 | 19 s |
| Le maximum et le début de l'aube | 5 h 40 à 6 h 40 | 7 s | environ 515 | 21 s |
| Jusqu'au coucher de Lune, Paris et centre | 5 h 40 à 7 h 00 | 10 s | environ 480 | 19 s |
| Jusqu'au coucher de Lune, façade ouest | 5 h 40 à 7 h 35 | 15 s | environ 460 | 18 s |
Deux précautions valent mieux qu'un joli tableau. D'abord, l'intervalle réglé doit toujours être plus long que la pose additionnée du temps d'écriture sur la carte : si vous demandez une image toutes les 4 secondes avec une pose de 2 secondes en RAW sur une carte lente, le boîtier sautera des images sans vous prévenir. Ensuite, mieux vaut un intervalle un peu trop court qu'un peu trop long. On peut toujours jeter une image sur deux au montage, on ne peut pas en inventer.
Le cadrage décide de tout, parce que la Lune sort du champ
Voilà le point que la plupart des tutoriels génériques oublient. Sur un trépied fixe, la rotation de la Terre fait défiler le ciel à environ 15 degrés par heure, ce qui revient à dire que la Lune parcourt son propre diamètre, un demi-degré, en à peu près deux minutes. Sur une séquence d'une heure, elle traverse donc quinze degrés de ciel. Au téléobjectif, elle est sortie du cadre depuis longtemps.
| Focale, plein format | Champ horizontal | Largeur de la Lune dans le cadre | Temps avant la sortie du champ |
|---|---|---|---|
| 24 mm | environ 74° | moins de 1 % | environ 5 h |
| 50 mm | environ 40° | environ 1 % | environ 2 h 45 |
| 100 mm | environ 20° | environ 2,5 % | environ 1 h 25 |
| 200 mm | environ 10° | environ 5 % | environ 40 min |
| 400 mm | environ 5° | environ 10 % | environ 20 min |
| 600 mm | environ 3,4° | environ 15 % | environ 14 min |
Ces durées sont des ordres de grandeur, calculés sur un déplacement horizontal. Elles sont en réalité optimistes, pour deux raisons. Sous nos latitudes, la Lune qui se couche ne file pas à l'horizontale : elle descend en oblique vers l'horizon, et dans un cadre au format paysage elle sort donc souvent par le bas avant d'atteindre le bord. Et si vous êtes en capteur APS-C, multipliez la focale par 1,5 avant de lire la ligne correspondante : un 400 mm sur APS-C se comporte comme un 600 mm.
Un time-lapse d'éclipse se rate rarement sur les réglages. Il se rate sur le cadre : à 400 mm, la Lune a quitté l'image avant que vous ayez fini de discuter des ISO.
D'où deux projets bien distincts, et un seul qui soit raisonnable à cette heure-ci. Le time-lapse de paysage, entre 14 et 50 mm, où la Lune n'est qu'un point mais où le vrai sujet est le ciel qui bascule du bleu nuit à l'orange pendant que l'astre plonge. Il se lance en cinq minutes et il réussit presque à coup sûr. Et le time-lapse serré, à partir de 200 mm, où la Lune remplit enfin le cadre mais où il faut recadrer toutes les quinze ou vingt minutes, ce qui crée des sauts dans la séquence. Si vous démarrez maintenant, prenez le grand angle. La question de la focale utile mérite d'ailleurs un détour à part entière.
Les réglages qui tiennent la route
Un time-lapse n'est pas une photo répétée cinq cents fois : c'est une série qui doit rester cohérente d'une image à l'autre. Tout ce qui est automatique produit des micro-variations, et ces micro-variations deviennent un scintillement insupportable une fois les images mises bout à bout. La règle générale est donc de verrouiller tout ce qui peut l'être.
- Mise au point manuelle, faite une fois. Passez en visée écran, zoomez au maximum sur le bord de la Lune, faites le point à la main, puis coupez l'autofocus et n'y touchez plus. Un autofocus laissé actif dans le noir donnera une image floue sur trois.
- Balance des blancs fixe. Jamais en automatique. Une valeur entre 4000 et 5000 K tient la route du bleu nuit jusqu'à l'aube et évite que la couleur du ciel saute d'une image à l'autre.
- Ouverture fixe. Le diaphragme ne se referme jamais exactement au même endroit d'un déclenchement à l'autre, ce qui crée le fameux scintillement. Choisissez une ouverture et gardez-la.
- Stabilisation coupée. Sur trépied, elle cherche des mouvements qui n'existent pas et décale légèrement le capteur d'une image à l'autre.
- Réduction de bruit longue pose désactivée. Elle double le temps de traitement après chaque déclenchement et casse purement et simplement votre intervalle.
- RAW si la carte suit, sinon JPEG. Cinq cents fichiers RAW représentent facilement 12 à 15 Go. Vérifiez l'espace libre avant de lancer, pas à 6 h 30.
Pour l'exposition de départ, la vieille règle du Looney 11 donne un point de repère utile : sur une Lune pleine en plein soleil, f/11 et une vitesse égale à l'inverse de la sensibilité, donc 1/100 s à 100 ISO. Mais ce matin, elle ne s'applique qu'au mince liseré resté hors de l'ombre, puisque 96,2 % du disque est justement privé de soleil. Sur un cadrage large, la question ne se pose même pas : c'est le ciel que vous exposez, pas la Lune, et elle ressortira comme un point brillant.
Le vrai piège de ce matin : la lumière qui monte
Entre 5 h 40 et 7 heures, la luminosité ambiante va grimper de plusieurs diaphragmes, jusqu'au lever du Soleil de 7 h 01 à Paris. Une exposition manuelle figée au départ donnera donc une séquence dont la seconde moitié est complètement cramée. Les vidéastes appellent cette situation le holy grail, la transition nuit vers jour en une seule séquence, et c'est réputé être l'exercice le plus délicat du time-lapse.
Il existe deux façons honnêtes de s'en sortir, et une troisième qu'il vaut mieux ne pas tenter pour la première fois à 5 h 40 du matin.
- La solution simple : priorité à l'ouverture. Ouverture fixe, sensibilité fixe et basse, et on laisse la vitesse dériver toute seule au fil de l'aube. Le boîtier suit la lumière sans intervention. Le prix à payer est un léger scintillement, que les logiciels de montage corrigent avec une fonction de deflicker.
- La solution manuelle : le rattrapage par paliers. On reste en manuel et on corrige d'un tiers de diaphragme toutes les deux ou trois minutes, en surveillant l'histogramme. Le résultat est plus propre, mais il faut rester sur le boîtier pendant une heure et demie et accepter de créer une petite marche à chaque correction.
- La solution des spécialistes : le bulb ramping. Un intervallomètre externe ou un logiciel fait varier la pose en continu, puis un outil comme LRTimelapse lisse le tout au montage. Excellent, et parfaitement inadapté à une découverte en direct pendant une éclipse.
Un détail qui coûte cher : dès que la séquence est lancée, on ne touche plus au trépied. Pas de recadrage, pas de vérification de la mise au point, pas de vérification de l'horizontalité. Le moindre choc coupe la séquence en deux et vous fait perdre tout le raccord.
Au smartphone : ce que le mode time-lapse fait à votre place
Le mode time-lapse de l'application Photo d'un iPhone fonctionne, mais il faut savoir ce qu'il décide sans vous demander votre avis. Il utilise des intervalles dynamiques : il capture deux images par seconde au démarrage, puis, à intervalles réguliers, il double l'intervalle de prise de vue et supprime une image sur deux parmi celles déjà enregistrées. Le résultat est toujours une vidéo comprise entre 20 et 40 secondes, en 1080p à 30 images par seconde, que vous ayez filmé dix minutes ou trois heures.
Autrement dit, vous ne choisissez ni l'intervalle, ni la durée finale, ni la définition. Pour une descente de Lune d'une heure et demie, ce compromis reste acceptable, mais deux gestes changent tout le résultat :
- Verrouillez l'exposition et la mise au point avant de lancer, par un appui long sur l'écran jusqu'à l'apparition du verrou AE/AF, puis faites glisser le petit soleil vers le bas pour sous-exposer. Sans cela, l'automatisme expose pour un ciel sombre et la Lune devient une tache blanche informe.
- Ne zoomez pas. Au-delà du zoom optique, le téléphone interpole et vous perdez le peu de détail disponible sur un astre déjà rasant.
Le téléphone doit être calé de façon absolument immobile, idéalement sur un petit trépied, et branché sur une batterie externe : une heure et demie de capture continue avec l'écran actif entame sérieusement une charge. Si vous voulez maîtriser l'intervalle image par image, il faut passer par une application tierce qui propose un intervallomètre à pas fixe. Les réglages détaillés pour la photo simple au téléphone sont regroupés dans le guide smartphone.
Ce que votre séquence ne montrera pas, et les erreurs à éviter
Autant l'écrire tout de suite pour éviter la déception au montage. Votre time-lapse ne montrera pas la sortie de l'ombre : la fin de la phase partielle est fixée à 7 h 52, heure à laquelle la Lune est couchée partout en France métropolitaine. La séquence s'arrêtera donc sur une Lune encore largement mordue qui disparaît sous l'horizon. C'est frustrant sur le papier, et c'est en réalité une très belle fin de plan.
Elle ne montrera pas non plus grand-chose de la progression de l'ombre si vous filmez au grand angle. À 24 ou 35 mm, la Lune fait moins d'un pour cent de la largeur de l'image : personne ne verra la morsure grandir. Ce que l'on verra, en revanche, c'est la trajectoire descendante d'un point lumineux qui faiblit pendant que le ciel s'embrase. C'est un autre film, et il est plus intéressant qu'il n'y paraît.
Quatre erreurs reviennent systématiquement sur ce type de séquence :
- Composer trop serré sur l'horizon. Si la Lune est déjà en bas du cadre à 5 h 45, elle sera hors champ à 6 h 30. Laissez-lui de la place vers le bas et vers la droite.
- Oublier la buée. Fin août, à l'aube, la rosée se dépose sur la lentille frontale et voile progressivement les dernières centaines d'images. Un pare-soleil aide, un chiffon microfibre à portée de main aussi.
- Se fier à la hauteur théorique. Une hauteur de 8 degrés annoncée pour une ville ne vaut rien si un immeuble en bouche 12. La question de l'horizon dégagé prime sur tout le reste.
- Filmer sans repère au sol. Incluez un premier plan, une ligne d'arbres, une crête, un bâtiment. Sans référence fixe, une Lune qui descend dans un ciel vide ne raconte rien.
Et si tout cela paraît beaucoup pour une matinée déjà bien entamée, retenez le minimum vital : un téléphone calé sur un muret, exposition verrouillée et légèrement sous-exposée, mode time-lapse lancé vers 5 h 45 et laissé tourner jusqu'au coucher de la Lune. Ce sera moins précis qu'une séquence en RAW, ce sera infiniment mieux que rien, et il n'y aura pas d'autre éclipse de Lune partielle visible depuis la France avant janvier 2028.
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