Si vous lisez ces lignes ce vendredi matin, la Lune est déjà mordue par l'ombre de la Terre depuis 4 h 33, et vous êtes probablement en train de regarder l'arrière de votre boîtier en vous demandant si vous avez emporté la bonne focale. Réponse courte : non, à peu près personne ne l'a. Réponse honnête : ce n'est pas grave, à condition de savoir ce que chaque millimètre de focale peut réellement produire ce matin.
Le calendrier ne laisse pas beaucoup de place à l'hésitation. Le maximum de l'éclipse tombe à 6 h 12, heure de Paris, avec 96,2 % du diamètre du disque plongé dans l'ombre. Ensuite la Lune continue de descendre vers l'ouest-sud-ouest et se couche vers 7 h 09 à Paris, un peu plus tard sur la façade atlantique. Vous avez donc une fenêtre courte, un astre qui plonge et un ciel qui blanchit. Autant régler les questions de focale tout de suite.
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- Heures de Paris : phase partielle commencée à 4 h 33, maximum à 6 h 12, coucher de la Lune vers 7 h 09. Personne en France ne verra la fin de la partielle de 7 h 52.
- Pour que la Lune remplisse la hauteur d'un capteur 24x36, il faut environ 2 700 mm. Un 400 mm lui fait occuper à peu près 15 % de la hauteur du cadre.
- Ce matin, la Lune est un peu plus petite que d'habitude : 30,6 minutes d'arc, six jours après son apogée du 22 août.
- Aucun filtre, aucune protection. Une éclipse de Lune se photographie et s'observe à l'œil nu sans le moindre risque, contrairement à une éclipse de Soleil.
Où en est l'éclipse pendant que vous lisez
Les instants de contact sont les mêmes pour tous les observateurs, puisque c'est la Lune elle-même qui change d'aspect. Seule sa visibilité dépend de votre position. En heure légale française, l'heure d'été d'Europe centrale, soit UTC+2 :
| Étape | Heure de Paris | Visible en France ? |
|---|---|---|
| Entrée dans la pénombre | 3 h 23 | Oui, mais quasiment imperceptible |
| Début de la phase partielle | 4 h 33 | Oui, l'ombre mord franchement le disque |
| Maximum, 96,2 % du disque dans l'ombre | 6 h 12 | Oui, Lune très basse et ciel déjà clair |
| Fin de la phase partielle | 7 h 52 | Non, la Lune est couchée partout en France |
| Sortie de la pénombre | 9 h 01 | Non |
La conséquence pratique pour un photographe est simple : le créneau utile se referme entre 6 h 30 et 7 h selon votre longitude. Brest tient jusque vers 7 h 39, Paris jusqu'à 7 h 09 environ, avec un lever du Soleil aux alentours de 7 h 01 dans la capitale. À Marseille, la Lune n'est qu'à environ huit degrés de hauteur. Ne perdez pas dix minutes à changer d'objectif : commencez à déclencher avec ce que vous avez sur le boîtier.
La vraie réponse : environ 2 700 mm pour un capteur plein format
Le calcul tient en une ligne et il n'est pas négociable. La Lune couvre un demi-degré de ciel, ce qui, pour un si petit angle, donne une image au foyer égale à la focale multipliée par l'angle exprimé en radians. La règle empirique bien connue des astrophotographes consiste à diviser la focale par 109 pour obtenir le diamètre du disque en millimètres sur le capteur.
Ce matin, une petite correction s'impose. D'après les éphémérides publiées pour cette éclipse, le demi-diamètre apparent de la Lune est de 15 minutes et 18 secondes d'arc, soit un disque de 30,6 minutes d'arc. Elle est passée à l'apogée le 22 août et se trouve encore loin de la Terre. C'est donc une Lune légèrement rétrécie, et le bon diviseur ce matin n'est pas 109 mais plutôt 112. Une nuance de 3 %, invisible à l'œil, mais qui explique pourquoi votre cadrage semblera un peu plus vide que sur vos essais de pleine Lune.
Voici ce que cela donne concrètement sur un capteur 24x36, dont la hauteur mesure 24 mm, avec un fichier de 24 mégapixels en 6000 x 4000 pixels.
| Focale | Diamètre du disque sur le capteur | Part de la hauteur du cadre | Diamètre en pixels |
|---|---|---|---|
| 100 mm | 0,9 mm | 4 % | 150 px |
| 200 mm | 1,8 mm | 7 % | 295 px |
| 300 mm | 2,7 mm | 11 % | 445 px |
| 400 mm | 3,6 mm | 15 % | 595 px |
| 600 mm | 5,3 mm | 22 % | 890 px |
| 800 mm | 7,1 mm | 30 % | 1 185 px |
| 1 200 mm | 10,7 mm | 45 % | 1 780 px |
| 2 000 mm | 17,8 mm | 74 % | 2 965 px |
| 2 700 mm | 24 mm | 100 % | 4 000 px |
Lisez bien la dernière ligne. Remplir la hauteur du cadre, littéralement, demande une focale de l'ordre de 2 700 mm. C'est le domaine d'un télescope, pas d'un objectif photographique : un Maksutov de 1 500 mm avec une lentille de Barlow, ou un instrument équivalent. Aucun zoom du commerce n'y arrive, y compris les 200-800 mm apparus ces dernières années.
Remplir le cadre avec la Lune n'est pas une affaire d'objectif, c'est une affaire de télescope. Tout le reste du métier consiste à recadrer intelligemment un disque qui fait 600 pixels.
Le piège de l'APS-C et de la focale dite équivalente
Une confusion revient systématiquement dans les discussions de terrain. Monter un 400 mm sur un boîtier APS-C ne fabrique pas un 600 mm : l'image projetée sur le capteur garde exactement la même taille, 3,6 mm de diamètre pour la Lune. Le capteur, plus petit, en recadre simplement une portion. Le coefficient de recadrage est de 1,5 chez Nikon et Sony, de 1,6 chez Canon, et de 2 en micro 4/3.
Cela dit, ce recadrage n'est pas sans intérêt, pour une raison que le vocabulaire de la focale équivalente masque : ce qui compte pour le détail, c'est le nombre de pixels posés sur le disque lunaire, donc la finesse des photosites.
| Boîtier avec un 400 mm | Part de la hauteur du cadre | Diamètre du disque en pixels |
|---|---|---|
| Plein format 24 Mpx | 15 % | 595 px |
| Plein format 45 Mpx | 15 % | 810 px |
| APS-C 24 Mpx (1,5x) | 23 % | 905 px |
| Micro 4/3 20 Mpx (2x) | 27 % | 1 065 px |
Le micro 4/3 ressort en tête de ce tableau, et c'est un résultat parfaitement logique : ses photosites sont les plus fins. Mais attention au piège suivant. Poser davantage de pixels sur la Lune n'apporte du détail supplémentaire que si l'atmosphère laisse passer ce détail. Ce matin, elle ne le laissera pas passer.
Ce que votre 400 mm donnera réellement à 6 h du matin
Voici le point que les tableaux de focales ne disent jamais. Entre huit et dix degrés de hauteur, la hauteur à laquelle se trouve la Lune au moment du maximum, sa lumière traverse six à sept fois plus d'atmosphère qu'un astre au zénith. Cette épaisseur d'air a trois effets immédiats, et aucun ne se corrige avec des millimètres supplémentaires.
- La turbulence explose. Le bord de l'ombre, qui devrait être une ligne nette, se met à onduler. Une focale plus longue ne fait qu'agrandir cette bouillie.
- La réfraction déforme le disque. Près de l'horizon, l'atmosphère comprime verticalement l'image : la Lune prend une forme légèrement ovale, aplatie. Ce n'est pas un défaut de votre objectif.
- L'extinction assombrit tout. Une Lune déjà à 96 % dans l'ombre et vue à travers sept épaisseurs d'atmosphère devient un sujet réellement sombre.
La conclusion pratique va à rebours de l'intuition : au-delà de 600 à 800 mm ce matin, le gain de détail est largement théorique. Vous agrandirez surtout le tremblement. Si vous avez le choix entre un 400 mm net et un 800 mm mou, prenez le 400 mm et recadrez.
Une seule technique permet de récupérer un peu de piqué dans ces conditions : déclencher en rafale. La turbulence varie de seconde en seconde, et sur une série de trente images, deux ou trois seront nettement meilleures que les autres. Faites des salves de vingt à trente vues à chaque étape, vous trierez au calme.
Les réglages, et pourquoi la règle Looney 11 ne suffit pas ce matin
La règle Looney 11 est le point de départ classique : ouverture f/11 et vitesse égale à l'inverse de la sensibilité, donc 1/200 s à 200 ISO. Elle fonctionne très bien pour une pleine Lune haute dans le ciel. Ce matin, trois choses la mettent en échec en même temps : 96,2 % du disque est dans l'ombre et donc beaucoup plus sombre, la Lune est rasante, et le fond de ciel s'éclaircit à mesure que le lever du Soleil approche. Traitez-la comme un repère de départ, pas comme un réglage.
- Mode manuel, mise au point manuelle. L'autofocus décroche sur un disque sombre et bas, et il se raccroche à n'importe quoi.
- Faites le point sur le liseré. Le mince croissant resté hors de l'ombre est la seule zone franchement contrastée disponible. Zoomez dessus en visée écran, agrandissement maximal, et affinez à la bague.
- Ouverture : le meilleur cran de votre objectif, souvent f/8 sur un télézoom. Fermer davantage vous fait perdre de la lumière sans gagner en piqué.
- ISO : montez sans complexe, entre 800 et 3200. Un bruit propre se traite, une image floue ne se rattrape pas.
- Encadrez l'exposition. Aucune vitesse unique ne rend justice à la fois au liseré éclatant et à la partie cuivrée dans l'ombre. Faites la même vue du 1/500 s au 1/15 s.
- Stabilisation coupée sur trépied, retardateur de deux secondes ou déclencheur à distance, obturateur électronique si votre boîtier le propose.
Reste une limite dont peu de gens parlent : sur un trépied fixe, la Lune bouge. Elle dérive dans le ciel d'environ 14,5 secondes d'arc par seconde de temps, ce qui lui fait parcourir son propre diamètre en un peu plus de deux minutes. Sur un capteur plein format de 24 mégapixels, un pixel couvre 206 265 fois 0,006 divisé par la focale, en secondes d'arc. En combinant les deux, on obtient une durée maximale d'environ 85 divisé par la focale, en secondes, avant que le déplacement dépasse un pixel.
| Focale | Durée avant un pixel de filé | Vitesse à ne pas dépasser |
|---|---|---|
| 400 mm | 0,21 s | 1/5 s |
| 600 mm | 0,14 s | 1/8 s |
| 800 mm | 0,11 s | 1/10 s |
| 1 200 mm | 0,07 s | 1/15 s |
Ces plafonds sont larges tant que vous exposez pour le liseré brillant. Ils deviennent contraignants dès que vous cherchez à faire ressortir la partie assombrie, qui réclame des poses bien plus longues. C'est exactement à ce moment que la montée en ISO devient votre seule sortie de secours.
Doubleurs de focale : ce qu'ils rendent, ce qu'ils prennent
Le multiplicateur de focale est la tentation évidente quand on veut agrandir la Lune sans acheter un télescope. Le principe est honnête, le prix à payer aussi, et il est parfaitement connu : un multiplicateur 1,4x fait perdre une valeur de diaphragme, un 2x en fait perdre deux.
| Sur un 400 mm f/5,6 | Focale obtenue | Ouverture réelle | Lumière perdue |
|---|---|---|---|
| Sans multiplicateur | 400 mm | f/5,6 | Aucune |
| Multiplicateur 1,4x | 560 mm | f/8 | 1 diaphragme |
| Multiplicateur 2x | 800 mm | f/11 | 2 diaphragmes |
Deux diaphragmes sur une Lune presque entièrement dans l'ombre, très basse et vue à travers une atmosphère épaisse, cela se paie cash en ISO ou en vitesse. S'ajoute une perte de piqué et de contraste propre au 2x, plus marquée qu'avec un 1,4x. Beaucoup de boîtiers perdent en outre l'autofocus au-delà de f/8, mais comme vous serez en mise au point manuelle, ce n'est pas le problème principal ce matin.
Mon arbitrage, si vous avez le choix : montez le 1,4x, il passe presque toujours. Si vous n'avez qu'un 2x, faites une série avec et une série sans, puis comparez chez vous à taille d'affichage identique. Il n'est pas rare qu'un fichier propre pris à 400 mm et recadré batte une image molle prise à 800 mm.
Le plan B qui donne souvent la plus belle photo
Il faut le dire clairement : vous n'obtiendrez probablement pas ce matin le portrait lunaire chirurgical que vous voyez circuler. La Lune est trop basse, le ciel trop clair, l'atmosphère trop épaisse. En revanche, ces mêmes contraintes ouvrent une image que l'on ne peut pas faire les autres nuits.
À 6 h 12, vous avez une Lune éclipsée à quelques degrés au-dessus de l'horizon, dans un ciel d'aube coloré, posée juste au-dessus des toits, d'une crête, d'une ligne d'arbres ou de la mer. C'est une photo de paysage, pas une photo d'astronomie. Elle se fait entre 50 et 135 mm, elle raconte quelque chose, et surtout elle fonctionne encore à 6 h 45 quand la Lune frôlera l'horizon et que le téléobjectif ne donnera plus rien d'exploitable.
Trois points pratiques pour cette approche :
- À 100 mm, la Lune ne mesure que 150 pixels de diamètre sur un fichier de 24 mégapixels. C'est assez pour qu'on la reconnaisse et qu'on devine l'échancrure de l'ombre, pas pour montrer le bord de l'ombre en détail. Composez en conséquence.
- Exposez pour le ciel, pas pour la Lune, ou faites deux expositions et assemblez-les à la maison. En une seule vue, un ciel d'aube correct donne presque toujours une Lune surexposée.
- Repérez d'abord un premier plan, ensuite seulement le cadrage. Un clocher, une grue, une ligne de crête : c'est ce qui donnera l'échelle et la date à l'image.
Et si votre horizon ouest-sud-ouest est bouché par un immeuble, aucune focale au monde n'y changera quoi que ce soit. Dans ce cas précis, la meilleure décision photographique consiste à marcher cinq minutes vers un dégagement plutôt qu'à visser un multiplicateur. Le maximum est à 6 h 12, la Lune se couche vers 7 h 09 à Paris et vers 7 h 39 à Brest : il vous reste largement le temps de changer de place, et c'est de très loin le réglage le plus rentable de la matinée.
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