C'est cette nuit. Dans la nuit du jeudi 27 au vendredi 28 août 2026, la Lune entre dans l'ombre de la Terre pour une éclipse partielle, mais une partielle qui frôle la totale : à son maximum, 96,2 % du diamètre apparent du disque lunaire seront dans l'ombre, pour une magnitude ombrale de 0,9299. Il restera un mince liseré éclairé sur le bord, et c'est précisément ce liseré qui empêche l'éclipse d'être totale. En heure de Paris, la phase partielle démarre à 4 h 33 et le maximum tombe à 6 h 12.
Et c'est là que la photo devient un exercice sportif. Au moment du maximum, la Lune ne sera qu'à quelques degrés au-dessus de l'horizon ouest-sud-ouest, dans un ciel déjà entré dans l'aube. Aucune personne en France métropolitaine ne verra la fin de la phase partielle, prévue à 7 h 52 : la Lune sera couchée bien avant. Autant le dire tout de suite, votre matériel comptera moins que votre balcon.
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- Horaires en heure de Paris, vendredi 28 août au matin : entrée dans l'ombre à 4 h 33, maximum à 6 h 12, fin de la phase partielle à 7 h 52 et sortie de la pénombre à 9 h 01.
- La meilleure fenêtre photo depuis la France se situe entre 4 h 33 et 6 h 30 environ : après, la Lune plonge sous l'horizon et le ciel est trop clair.
- Une éclipse de Lune s'observe et se photographie à l'œil nu, sans aucun filtre et sans le moindre danger. Rien à voir avec une éclipse de Soleil.
- Le facteur limitant n'est pas le téléphone mais l'horizon dégagé plein ouest-sud-ouest et la stabilité de l'appareil.
Ce que votre smartphone peut vraiment faire, et ce qu'il ne fera pas
Commençons par la donnée qui explique 90 % des photos ratées de Lune. Le diamètre apparent de la Lune est d'environ 0,5 degré, soit à peu près 31 minutes d'arc. L'appareil principal d'un smartphone couvre en général l'équivalent d'un 24 à 26 mm, avec un champ de l'ordre de 70 à 75 degrés dans la largeur. Faites le rapport : la Lune occupe moins d'un centième de la largeur de l'image. Sur l'écran, elle donne un petit point blanc, et tout le monde est déçu.
Les téléobjectifs des modèles récents améliorent la situation sans la transformer. Un iPhone 17 Pro propose un téléobjectif à grossissement optique 4x, un Galaxy S25 Ultra un périscope 5x ouvert à f/3,4. Même à 5x, la Lune reste modeste dans le cadre, disons la taille d'une pièce de monnaie tenue à bout de bras. Le zoom numérique au-delà ne fait qu'agrandir des pixels : selon le guide de prise de vue publié par Xiaomi, il faut s'en tenir au zoom optique, la dégradation du zoom numérique étant irréversible.
La conséquence pratique est simple. Avec un téléphone, deux photos sont réellement à votre portée cette nuit : le gros plan lunaire au téléobjectif, techniquement exigeant et modeste en taille, et la photo d'ambiance, la Lune éclipsée posée au-dessus d'une ligne d'horizon, d'un clocher ou d'une crête. La seconde est souvent la plus réussie, et personne ne vous dira le contraire au petit matin.
Les horaires et la vraie fenêtre de tir
Selon les éphémérides, le phénomène complet dure 5 h 38 min, dont 3 h 18 min de phase partielle. Mais depuis la France, une grande partie de ce programme se déroulera sous l'horizon. À Paris, la Lune se couche vers 7 h 09 et le Soleil se lève vers 7 h 01. À Brest, la Lune reste visible jusque vers 7 h 39 : l'ouest du pays est nettement avantagé, et cela vaut aussi pour la photo.
| Étape | Heure de Paris | Ce que ça donne en photo |
|---|---|---|
| Entrée dans la pénombre | 3 h 23 | Rien de photographiable, le disque est à peine grisé sur un bord |
| Entrée dans l'ombre, début de la phase partielle | 4 h 33 | La morsure devient franche, le ciel est encore noir : meilleur contraste de la nuit |
| Progression de l'ombre | 4 h 33 à 6 h 12 | La séquence la plus intéressante, à photographier toutes les dix minutes |
| Maximum, 96,2 % du diamètre dans l'ombre | 6 h 12 | Lune à quelques degrés de l'horizon, aube installée : la plus belle et la plus difficile |
| Fin de la phase partielle | 7 h 52 | Invisible depuis toute la France métropolitaine, la Lune est déjà couchée |
| Sortie de la pénombre | 9 h 01 | Sans objet chez nous, il fait grand jour |
Traduction pour le photographe : installez-vous avant 4 h 30, faites vos essais pendant que le ciel est encore noir, et considérez que tout ce qui est obtenu après 6 h 30 est du bonus. Cette éclipse ne pardonne pas les réglages improvisés à la dernière minute.
Les réglages qui marchent : passez en mode pro
Le mode automatique voit un grand rectangle noir avec un petit point brillant au milieu. Il expose pour le noir, ouvre la vitesse en grand, et vous obtenez une boule blanche sans le moindre détail. La seule façon de s'en sortir est le mode pro, manuel ou expert selon les marques, disponible en natif chez Samsung, Xiaomi, Huawei et Oppo, et accessible sur iPhone via une application tierce de prise de vue.
Le point de départ classique en photographie lunaire s'appelle la règle du Looney 11 : on ferme à f/11 et on règle la vitesse sur l'inverse de la sensibilité, soit 1/100 s à 100 ISO. Sur un téléphone, l'ouverture est fixe, autour de f/3,4 pour un périscope récent, ce qui représente environ trois diaphragmes de plus de lumière. La vitesse équivalente tombe donc dans la zone du millième de seconde, exactement ce que recommandent les guides de prise de vue lunaire : 100 à 200 ISO et 1/1000 à 1/2000 s pour une Lune brillante, avant l'entrée dans l'ombre.
| Moment | Sensibilité | Vitesse de départ | Remarque |
|---|---|---|---|
| Lune encore pleine, avant 4 h 33 | 100 à 200 ISO | 1/1000 à 1/2000 s | C'est le moment de faire vos essais et de mémoriser vos réglages |
| Phase partielle en cours | 100 à 400 ISO | 1/500 à 1/125 s | Exposez pour la partie encore éclairée, l'ombre restera sombre |
| Autour du maximum, 6 h 12 | 800 à 1600 ISO | 1/30 s à quelques dixièmes de seconde | Le liseré sera brûlé, c'est le prix à payer pour révéler l'ombre |
Ces valeurs sont des points de départ, pas des vérités. La bonne méthode est le bracketing : pour chaque situation, déclenchez à la valeur indiquée, puis un cran plus rapide et un cran plus lent. Vous trierez au chaud. Et gardez en tête le compromis central de cette éclipse : à 96,2 % d'obscuration, le mince croissant restant est aussi brillant qu'une Lune ordinaire, tandis que la partie éclipsée est des milliers de fois plus sombre. Aucun capteur de téléphone ne tient les deux dans la même image. Il faut choisir sa photo.
- Mise au point manuelle sur l'infini, jamais l'autofocus, qui pompe sans fin sur un petit point lumineux entouré de noir.
- Format RAW ou ProRAW si votre téléphone le propose : c'est ce qui vous laissera récupérer les hautes lumières au tri.
- Retardateur de 3 secondes ou déclenchement à la voix, pour ne pas transmettre au capteur le tremblement de votre doigt.
- Balance des blancs manuelle, autour de 4000 K, sinon l'automatique va corriger la teinte cuivrée qui fait tout l'intérêt de l'ombre terrestre.
- Zoom optique uniquement, 4x ou 5x selon les modèles, et recadrage ensuite si nécessaire.
Cette nuit, la vraie question n'est pas de savoir quel téléphone vous avez dans la poche, mais si vous avez un horizon dégagé plein ouest-sud-ouest.
Les réglages qui ratent, et il y en a plus qu'on ne croit
Le mode nuit arrive en tête. Conçu pour les scènes urbaines sombres, il empile plusieurs poses longues et fait la moyenne. Sur un sujet ponctuel et très brillant, le résultat est une tache blanche floue, d'autant que la Lune se déplace visiblement pendant une pose de plusieurs secondes. Même logique pour le HDR automatique : il cherche à équilibrer un ciel noir et un disque brillant, et écrase précisément le contraste que vous êtes venu chercher. Notez d'ailleurs, comme le rappelle la documentation d'Apple, que le mode nuit et certains réglages HDR ne cohabitent pas.
Deuxième piège, les modes Lune automatiques, présents chez plusieurs constructeurs. Ils sont entraînés à reconnaître un disque lunaire complet et à en renforcer les détails. Face à une Lune amputée de 96 % de son diamètre, la reconnaissance peut simplement échouer : l'assistance de Huawei documente d'ailleurs le cas où le mode Lune ne détecte pas le sujet. Si votre téléphone refuse de coopérer, coupez le mode dédié et revenez au manuel.
- Le flash, évidemment inutile à 384 000 kilomètres, mais il se déclenche seul si vous restez en automatique.
- Le zoom numérique poussé à 30x ou 100x : l'image est reconstituée, pas capturée, et le moindre tremblement devient un tremblement de terre.
- La photo à main levée au téléobjectif : à ce grossissement, un battement de cœur suffit à faire bouger le cadre.
- Les filtres solaires et lunettes d'éclipse posés devant l'objectif : totalement inutiles ici, ils ne laisseront strictement rien passer.
Ce dernier point mérite d'être dit clairement, parce que la confusion revient à chaque fois. Une éclipse de Lune s'observe à l'œil nu, sans filtre, sans protection, sans le moindre risque pour les yeux. Les lunettes achetées pour l'éclipse de Soleil du 12 août dernier sont non seulement superflues, elles vous empêcheraient de voir quoi que ce soit. Rangez-les pour 2027.
La stabilité, ce facteur que tout le monde néglige
À 5x de grossissement optique, l'angle de champ se réduit d'autant, et les vibrations sont multipliées dans les mêmes proportions. C'est la raison pour laquelle un trépied, même un modèle à quelques dizaines d'euros, change plus vos images que le passage d'un téléphone à l'autre. Un mini-trépied de table avec pince pour smartphone suffit largement, à condition de le poser sur une surface stable et non sur un rebord de fenêtre qui vibre.
Trois précautions valent d'être notées avant de sortir. D'abord, nettoyez l'objectif : une trace de doigt sur un téléobjectif face à une source brillante produit un halo qui ruine toute l'image. Ensuite, chargez la batterie à fond, car les poses longues et l'écran allumé pendant deux heures consomment beaucoup. Enfin, repérez votre lieu ce soir, avant d'aller dormir : une application de ciel vous montrera où pointer, mais seul un repérage sur place vous dira si un immeuble ou un arbre vous bouche l'ouest-sud-ouest.
Le cadrage qui sauve la soirée
Puisque la Lune sera basse, faites-en un atout. Une Lune à quelques degrés de l'horizon, c'est une Lune qui s'aligne naturellement avec les toits, les pylônes, les arbres, les collines. Ce type de cadrage, dit photo d'ambiance, résout d'un coup deux problèmes : il donne une échelle et un sujet à l'image, et il pardonne un disque lunaire petit dans le cadre.
Techniquement, il se pratique à l'appareil principal ou au téléobjectif modéré, avec une exposition intermédiaire entre le ciel de l'aube et la Lune, ce qui est beaucoup plus facile qu'un gros plan lunaire pur. Cherchez un premier plan à contre-jour, une silhouette suffit. Et pensez à la vidéo en accéléré : un timelapse posé sur trépied entre 5 h et 6 h 30 capte à la fois la progression de l'ombre et la descente de la Lune vers l'horizon, souvent avec plus de force qu'une photo isolée.
À quoi s'attendre honnêtement, et quand recommencer
Soyons francs, parce que c'est plus utile qu'un discours enthousiaste. Beaucoup de lecteurs ne verront rien du tout : une couverture nuageuse, un immeuble mal placé, un horizon urbain encombré suffisent à annuler la soirée. Ceux qui verront l'éclipse en ramèneront le plus souvent une image modeste, un croissant cuivré et pâle dans un ciel bleuissant, loin des gros plans spectaculaires publiés après les éclipses totales observées haut dans le ciel. Ce n'est pas un défaut de votre téléphone, c'est la géométrie de cette éclipse-là.
Cette éclipse est la quatrième d'une quasi-tétrade, après les éclipses totales du 14 mars 2025, du 7 septembre 2025 et du 3 mars 2026. Elle appartient au saros lunaire 138, dont elle est la trentième éclipse sur une série de 83, et son maximum se produit au zénith de la Rondônia, au Brésil. Autant dire que les plus belles images de la nuit viendront d'Amérique du Sud, où la Lune sera haute dans un ciel noir.
Si vous ratez celle-ci, le calendrier ne sera pas très généreux dans l'immédiat. La suite pour l'Europe passe par une éclipse par la pénombre le 20 février 2027, discrète au point d'être quasi invisible à l'œil nu, puis une éclipse partielle le 12 janvier 2028, avant une éclipse totale le 31 décembre 2028, elle aussi visible depuis l'Europe. Autrement dit, la vraie prochaine occasion de faire une belle photo de Lune rouge se situe à la fin de l'année 2028.
Ce qui, au fond, plaide pour sortir cette nuit même avec un horizon moyen. Une éclipse manquée ne se rattrape pas, et la meilleure photo reste toujours celle qu'on a prise.
Éclipses, ciel du mois et curiosités du quotidien : ce journal explore les questions que tout le monde se pose. Pour savoir qui l'écrit, direction ma page auteur.
