Éclipse · Le journal

La règle des 500 et la Lune : pourquoi elle ne s'applique pas ici

L'éclipse partielle a commencé à 4 h 33 et atteint son maximum à 6 h 12, heure de Paris. Si vous êtes dehors avec un trépied et que vous vous apprêtez à appliquer la règle des 500 pour calculer votre temps de pose, arrêtez tout : sur la Lune, cette règle est six fois trop permissive, et elle répond à une question que vous ne vous posez même pas.

Gros plan au téléobjectif sur une Lune presque pleine aux teintes gris bleuté, ses mers sombres bien visibles, isolée sur un ciel noir
Une image de Lune au téléobjectif se joue en une fraction de seconde, pas en plusieurs secondes. C'est exactement l'inverse de ce que suggère la règle des 500. Photo : Unsplash.

Il est tôt, la Lune est mordue par l'ombre de la Terre depuis 4 h 33, et vous avez un appareil sur trépied pointé vers l'ouest-sud-ouest. Réflexe naturel pour quiconque a appris la photo de nuit : sortir la règle des 500, diviser, obtenir un temps de pose, déclencher. C'est le meilleur moyen de rentrer avec une bouillie blanche à la place d'un disque lunaire.

La règle des 500 n'est pas fausse. Elle est simplement hors sujet ici. Elle a été pensée pour un ciel étoilé photographié au grand-angle, où le problème est de capter assez de lumière avant que la rotation de la Terre ne transforme les étoiles en petits traits. Devant la Lune, la question ne se pose jamais dans ce sens : l'astre est beaucoup trop brillant pour que vous ayez un jour besoin d'aller chercher le plafond que cette règle vous autorise.

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À retenir

  • Horaires de Paris, ce vendredi 28 août : phase partielle commencée à 4 h 33, maximum à 6 h 12 avec 96,2 % du disque dans l'ombre, fin de la partielle à 7 h 52 mais la Lune sera couchée avant, partout en France.
  • La règle des 500 donne un plafond anti-filé pour les étoiles, pas un réglage. Sur la Lune, la bonne référence est la règle dite du f/11 lunaire : f/11 et une vitesse égale à l'inverse des ISO.
  • Le ciel tourne d'environ 15 secondes d'arc par seconde de temps. La Lune parcourt son propre diamètre en à peu près deux minutes devant un appareil fixe.
  • Aucune protection nécessaire pour observer : une éclipse de Lune se regarde à l'œil nu, sans filtre. Rien à voir avec une éclipse de Soleil.

Ce que dit vraiment la règle des 500, et à quelle question elle répond

La formule tient en une ligne : temps de pose maximal en secondes = 500 divisé par la focale en millimètres. Un 24 mm autorise donc un peu moins de 21 secondes, un 50 mm dix secondes. Sur un capteur APS-C, il faut d'abord multiplier la focale par le coefficient du boîtier, 1,5 chez Nikon et Sony, 1,6 chez Canon, ce qui raccourcit d'autant le résultat.

Cette règle répond à un besoin très précis : capter la Voie lactée ou un champ d'étoiles sans monture motorisée, en posant le plus longtemps possible avant que les points ne s'allongent visiblement. C'est un plafond de tolérance, pas une recommandation. Personne n'a jamais prétendu que poser 500 divisé par la focale donnait une bonne photo, seulement que dépasser cette durée donnait des étoiles filées.

La communauté astrophoto l'a d'ailleurs largement remplacée par la règle NPF, plus fine, qui intègre l'ouverture et la taille des photosites. Sa formule courante s'écrit temps de pose = (35 × ouverture + 30 × taille du photosite en microns) divisé par la focale. Elle donne systématiquement des durées plus courtes que la règle des 500, précisément parce que celle-ci a été calibrée à une époque où les capteurs étaient bien moins définis.

Le chiffre caché derrière la règle des 500 : 36 microns de bavure

Voici le point que presque personne ne calcule, et qui règle la question en une fois. La Terre tourne de 360 degrés en 24 heures, soit 15 degrés par heure, soit encore 15 secondes d'arc par seconde de temps. C'est la vitesse à laquelle tout le ciel défile devant un appareil posé sur un trépied fixe.

Sur le capteur, ce déplacement se traduit en millimètres, et il dépend de la focale. Quand on applique la règle des 500, il se produit une chose amusante : la focale disparaît de l'équation. Une pose de 500 divisé par la focale laisse toujours filer la même longueur sur le capteur, environ 0,036 millimètre, soit 36 microns. Au 24 mm comme au 400 mm, la règle tolère exactement la même bavure physique.

Reste à savoir ce que représentent 36 microns. Un capteur plein format mesure 36 millimètres de large. Réparti sur les 6 000 pixels d'un boîtier de 24 millions de pixels, cela donne des photosites d'environ 6 microns. Autrement dit, la règle des 500 accepte un filé de six pixels. Sur un capteur APS-C de même définition, où le photosite tombe sous les 4 microns, on dépasse les neuf pixels.

Six pixels de bavure sur une étoile, c'est un petit trait qu'on ne remarque pas sur un tirage modeste. Six pixels de bavure sur un cratère lunaire, c'est une image irrécupérable. Voilà toute l'affaire : la règle n'est pas trop permissive par accident, elle l'est par construction, parce qu'elle a été écrite pour des points lumineux sans détail interne.

La Lune est trop brillante pour que le plafond serve un jour

Deuxième raison, plus terre à terre encore. La partie de la Lune encore éclairée par le Soleil est un paysage désertique en plein jour. Sa luminosité n'a rien à voir avec celle d'une nébuleuse, et c'est ce qui a donné naissance à la règle du f/11 lunaire, connue en anglais sous le nom de Looney 11 : pour photographier la surface de la Lune, on ferme à f/11 et on règle la vitesse sur l'inverse de la sensibilité. À 100 ISO, cela donne 1/100 s. À 200 ISO, 1/200 s.

Comparez maintenant les deux mondes. Au 400 mm, la règle des 500 vous autorise une pose de 1,25 seconde. Le f/11 lunaire vous demande 1/125 s. Il y a un facteur cent cinquante entre les deux, à peu près sept diaphragmes. Le plafond que vous calculez si soigneusement se situe très loin au-dessus du réglage dont vous avez réellement besoin. Utiliser la règle des 500 pour photographier la Lune revient à consulter la limite de vitesse d'une autoroute pour se garer.

La règle des 500 vous dit combien de temps vous avez le droit de poser. La Lune, elle, ne vous demandera jamais cette permission : elle vous supplie de poser court.

Une précision utile ce matin, et elle vient des conditions mêmes du f/11 lunaire : cette règle suppose une Lune haute dans un air propre. À 6 h 12, la Lune sera à quelques degrés de l'horizon ouest-sud-ouest, et sa lumière traversera une épaisseur d'atmosphère sans commune mesure avec celle du zénith. Elle sera donc sensiblement plus terne que d'habitude. Comptez un à deux diaphragmes de plus que la valeur théorique, en ouvrant à f/8 ou en ralentissant la vitesse, et vérifiez sur l'écran plutôt que de faire confiance au calcul.

Le calcul qui remplace vraiment la règle des 500 sur la Lune

Si vous voulez un plafond de netteté qui ait un sens sur un astre à surface, il suffit de reprendre le même raisonnement avec une exigence honnête : que le filé reste sous un pixel, et non sous six. Le tableau ci-dessous applique ce calcul à un boîtier plein format de 24 millions de pixels, dont les photosites font environ 6 microns.

Focale Plafond règle des 500 Filé par seconde de pose Pose pour rester sous 1 pixel
200 mm2,5 senviron 2,4 pixelsenviron 1/2 s
300 mm1,7 senviron 3,6 pixelsenviron 1/4 s
400 mm1,25 senviron 4,9 pixelsenviron 1/5 s
600 mm0,83 senviron 7,3 pixelsenviron 1/8 s
800 mm0,63 senviron 9,7 pixelsenviron 1/10 s

Ce n'est pas une règle avec un nom, c'est une simple division, et elle donne systématiquement six fois moins que la règle des 500 sur un plein format de 24 millions de pixels, neuf fois moins sur un APS-C de même définition. Sur la partie encore éclairée du disque, vous serez de toute façon très en dessous de ces valeurs, puisque le f/11 lunaire vous emmène autour du 1/125 s. C'est sur la partie sombre que ce plafond commence à mordre pour de bon.

Le vrai piège du 28 août : deux luminosités, et un horizon qui tremble

Ce matin, la difficulté n'est pas de choisir un temps de pose, c'est qu'il en faudrait deux. Au maximum de 6 h 12, la magnitude ombrale de 0,9299 place 96,2 % du diamètre apparent dans l'ombre, mais il subsiste un mince liseré resté en pleine lumière solaire. Ce liseré est aussi brillant qu'une pleine lune ordinaire. La zone cuivrée, elle, est plusieurs diaphragmes plus sombre. Aucun réglage unique ne rend justice aux deux.

C'est exactement à ce moment que la tentation de la pose longue revient, et avec elle le mauvais réflexe de la règle des 500. Si vous montez à une seconde au 400 mm pour faire ressortir la partie sombre, vous obtenez une zone d'ombre correctement exposée mais bavée sur cinq pixels, un liseré totalement cramé, et une image inutilisable. Le bracketing est la seule réponse propre : trois poses rapprochées, à des vitesses très différentes, sur lesquelles vous choisirez plus tard, voire que vous fusionnerez.

Ce que vous visez Point de départ Le risque
Le liseré resté éclairé f/8 à f/11, 1/125 s, 100 à 200 ISO Le reste du disque sort presque noir
La zone d'ombre cuivrée Ouverture maximale, 1/8 s à 1/2 s, 800 à 3200 ISO Liseré cramé, filé si vous dépassez le plafond du tableau
Le disque entier Trois poses en bracketing, écart de deux diaphragmes Le ciel de l'aube bouge vite entre les vues
Le paysage avec la Lune Grand-angle, 1/30 s ou plus court à l'aube, 100 à 400 ISO La Lune ne fait que quelques pixels de large

Il faut être franc sur un point : à cette heure, le ciel de l'aube est déjà clair, et il est possible que la partie éclipsée ne ressorte tout simplement pas sur vos images. Elle sera noyée dans un fond de ciel bleuissant, à quelques degrés au-dessus de l'horizon. Ce n'est pas une erreur de réglage, c'est la contrainte de cette éclipse vue depuis la France. La photo réaliste ce matin, c'est le croissant clair très échancré, pas un globe rouge détaché sur du noir.

Il serait tout aussi malhonnête de laisser croire que respecter le plafond du tableau garantit une image nette ce matin. À quelques degrés au-dessus de l'horizon, un tout autre facteur prend le dessus, et il ne dépend d'aucun réglage : la turbulence. Vous regardez à travers une couche d'air brassée par les différences de température au ras du sol, et l'image ondule. Le bord du disque tremble, les détails se brouillent, et cela se voit à l'œil dans le viseur.

Concrètement, cela veut dire trois choses. La première : inutile de sacrifier votre exposition pour gagner un demi-pixel de dérive, l'atmosphère vous en fera perdre bien davantage. La deuxième : la rafale devient votre meilleure alliée, parce que sur vingt vues consécutives, deux ou trois tomberont sur un instant de calme relatif. La troisième : ne jugez rien sur l'écran arrière au petit matin, prenez large et triez chez vous.

Cette turbulence explique aussi pourquoi une focale démesurée n'aide pas forcément. Au 600 mm sur plein format, la Lune occupe déjà environ un cinquième de la hauteur du cadre, ce qui est très confortable. Au delà, vous grossissez surtout le tremblement.

Les réglages à faire maintenant, dans l'ordre

Si vous lisez ceci dehors, voici la séquence la plus courte pour être opérationnel avant le maximum de 6 h 12.

Et si vous n'avez pas d'appareil sous la main, ne passez pas le maximum le nez sur un écran de réglages. Une éclipse de Lune s'observe très bien à l'œil nu, sans aucun filtre ni protection, et celle-ci descend vers l'horizon pendant que le jour se lève. La fenêtre est courte.

Le cas particulier où la règle des 500 redevient utile ce matin

Il existe malgré tout une image, ce vendredi matin, pour laquelle la règle des 500 garde un sens, à condition de savoir ce qu'elle protège. C'est la photo d'ambiance au grand-angle : un horizon, une silhouette de ville ou d'arbres, et la Lune échancrée posée dessus. Là, vous cadrez large, la Lune ne fait que quelques pixels, et le sujet devient le paysage.

Sauf que la règle ne vous servira toujours pas à grand-chose, pour une raison différente : à 5 h 35 comme à 6 h 12, le ciel est en pleine aube. Vous exposerez au 1/30 s, au 1/60 s, parfois plus court encore, très loin des vingt secondes que la règle autoriserait au 24 mm. Le seul moment où elle aurait vraiment pesé, c'était avant le début de la phase partielle de 4 h 33, dans un ciel encore noir. Cette fenêtre est passée.

Un dernier détail que beaucoup découvrent en post-traitement : la Lune ne se contente pas de suivre la rotation du ciel, elle se déplace aussi sur son orbite, ce qui décale lentement sa position par rapport aux étoiles. Sur une pose de vingt secondes dans un ciel noir, des étoiles parfaitement ponctuelles peuvent donc côtoyer une Lune légèrement floue. Deux mouvements différents dans la même image, et une seule règle pour les deux : cela ne pouvait pas marcher.

La conclusion tient en une phrase. La règle des 500 est un outil de photographe d'étoiles, calibré pour tolérer une bavure de 36 microns sur des points sans détail. La Lune est un objet brillant, résolu, plein de reliefs, et ce matin en plus bas sur l'horizon et à moitié dans l'ombre. Elle demande des poses courtes, du bracketing et de la rafale, pas une division.

Sciences, société, questions du quotidien : ce journal explore ce que tout le monde se demande. Pour savoir qui l'écrit, direction ma page auteur.

Portrait de Julien Jimenez

L'auteur

Julien Jimenez

Éditeur de ce site, Julien Jimenez travaille dans le SEO et les médias en ligne depuis 2009. Créateur de NextLevel.link, il écrit ici sur la psychologie du quotidien, l'argent et les questions que tout le monde se pose.