La villa Celimontana est un parc public du centre de Rome, sur le mont Caelius, l'une des sept collines historiques de la ville. On y monte pour l'ombre des pins et la vue, à quelques centaines de mètres du Colisée. Au sommet se dresse une résidence de la Renaissance, la villa Mattei, dont le versant est retenu depuis des siècles par un mur de soutènement.
Ce mur menaçait de céder. Un chantier de consolidation a donc été engagé, financé dans le cadre du plan national italien de relance et de résilience, alimenté par les fonds européens de l'après-Covid. À Rome, ce genre de travaux s'accompagne obligatoirement d'un suivi archéologique. Bien lui en a pris : en inspectant la partie supérieure de l'ouvrage, les intervenants ont constaté que le mur n'en était pas un, mais deux, et que la paroi la plus intérieure masquait un bâtiment antique.
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- Un bâtiment de huit pièces, daté du IIe siècle et réaménagé au IIIe, a été mis au jour dans le parc de la villa Celimontana, à Rome. Cinq pièces ont été entièrement dégagées.
- Le décor comprend une mosaïque marine avec dauphin, poisson, langouste et crabe, des fragments d'un sol plus ancien, un plafond peint et des panneaux d'opus sectile.
- Cette mosaïque ressemble à celle d'une caserne de vigiles fouillée à Ostie, ce qui a fait naître l'hypothèse d'un poste de la Ve cohorte. L'interprétation reste à confirmer.
Un mur qui en cachait un autre
Le point de départ est parfaitement banal : un ouvrage de soutènement fatigué qu'il faut reprendre avant qu'il ne lâche. Sur une colline urbanisée depuis vingt-cinq siècles, ce type d'intervention ressemble toujours à une opération à cœur ouvert, car chaque terrassement traverse des couches d'occupation successives.
C'est en examinant la partie haute de la paroi la plus intérieure que les archéologues ont reconnu, prises dans la maçonnerie, les structures d'un bâtiment romain. Le mur du XVIe siècle avait été construit contre lui, l'englobant en partie, et c'est probablement ce qui l'a préservé : au lieu d'être démoli pour récupérer les matériaux, comme tant d'édifices antiques, il a été utilisé comme appui.
La datation retenue place la construction au IIe siècle de notre ère, avec une réorganisation au IIIe. Le bâtiment a donc vécu, changé d'usage, puis disparu du paysage visible, sans que personne ne soupçonne sa présence sous les allées du parc.
Huit pièces, un plafond peint et des crustacés
Huit pièces ont été identifiées. Cinq ont pu être fouillées intégralement, trois ne sont conservées que partiellement. La qualité du décor a immédiatement retenu l'attention, car elle dépasse largement ce qu'on attendrait d'un bâtiment utilitaire.
- Une grande mosaïque marine représentant un dauphin, un poisson, une langouste et un crabe disposés autour d'un vase à mélanger, motif classique des salles de réception et des thermes.
- Des fragments d'un sol de mosaïque antérieur, rattaché à l'époque antonine, preuve que le bâtiment a connu au moins deux campagnes de décoration.
- Des portions de plafond peint, éléments rares car ce sont les premiers à s'effondrer et à disparaître.
- Des panneaux d'opus sectile, cette technique de placage en plaques de marbre découpées, coûteuse, réservée aux espaces que l'on voulait montrer.
Autrement dit, on n'a pas affaire à un entrepôt. Le bâtiment était soigné, et c'est précisément ce qui rend son identification délicate.
Une mosaïque de crustacés ne prouve pas une caserne. Elle indique une piste, et c'est déjà beaucoup pour un édifice resté invisible pendant quinze siècles.
Les vigiles, premiers pompiers professionnels de l'Histoire
Pour comprendre pourquoi la piste des vigiles est prise au sérieux, il faut savoir de quoi il s'agit. Rome brûlait, souvent, et le feu y était le risque urbain majeur : immeubles de rapport en bois, ateliers, braseros, lampes à huile, densité extrême et rues étroites.
Une première organisation est mise en place par Auguste en 21 avant notre ère, avec environ six cents esclaves publics placés sous l'autorité des édiles. Le dispositif se révèle insuffisant. Après un grand incendie en l'an 6, Auguste crée un corps permanent et professionnel, les vigiles, structuré en sept cohortes dont les effectifs sont estimés autour du millier d'hommes chacune.
Le découpage est administratif autant qu'opérationnel : chaque cohorte avait la charge de deux des quatorze régions de Rome, ce qui suppose des casernes et des postes avancés répartis dans toute la ville. Leur travail se faisait surtout de nuit, avec un outillage rudimentaire mais méthodique.
- Seaux et chaînes humaines pour acheminer l'eau depuis les fontaines et les citernes.
- Crocs, haches et pics pour abattre les cloisons et créer des coupures dans la propagation du feu.
- Échelles et cordes pour l'évacuation et l'accès aux étages.
- Pompes à eau, des machines à piston qui permettaient de projeter un jet au-delà de la portée d'un seau.
- Couvertures imbibées de vinaigre et matelas, utilisés pour étouffer les foyers et amortir les sauts.
Le métier était dur mais il offrait un statut : une solde régulière, une distribution de blé, et pour beaucoup une voie d'accès à la citoyenneté romaine. Au IIe siècle, le modèle est exporté et des corps de vigiles apparaissent notamment à Ostie, Pouzzoles, Carthage et Lyon.
Pourquoi la piste de la Ve cohorte
L'argument central est un argument de comparaison. La mosaïque marine découverte sur le Caelius ressemble de près à un pavement mis au jour dans la caserne des vigiles d'Ostie, le port de Rome situé à une trentaine de kilomètres. Or cette caserne d'Ostie est l'un des rares bâtiments de vigiles clairement identifiés et fouillés, ce qui en fait le point de comparaison de référence.
S'y ajoute un argument de localisation. Les sources anciennes situent sur le Caelius le siège d'une des sept cohortes, la cinquième, sans que son emplacement exact ait jamais été retrouvé. Un bâtiment public du IIe siècle, dans ce secteur précis, entre donc dans une case qui attendait d'être remplie.
| Indice | Ce qu'il suggère | La réserve |
|---|---|---|
| Mosaïque marine proche de celle d'Ostie | Un décor comparable à une caserne de vigiles avérée | Le répertoire marin est très répandu dans le décor romain |
| Localisation sur le Caelius | Secteur attribué à la Ve cohorte par les sources | La colline abritait aussi de vastes demeures privées |
| Datation au IIe siècle | Cohérente avec l'apogée de l'organisation des vigiles | Cohérente aussi avec de nombreux autres usages |
| Décor coûteux, opus sectile et plafond peint | Un bâtiment public de prestige est envisageable | Un tel luxe évoque d'abord une résidence aristocratique |
| Absence d'inscription | Rien ne contredit l'hypothèse | Rien ne la démontre non plus |
L'hypothèse concurrente : une riche demeure
Les responsables de la fouille ne tranchent pas, et ils ont raison de ne pas le faire. La seconde lecture possible est celle d'une domus aristocratique, ou d'un ensemble résidentiel de haut standing. Elle s'appuie sur le décor lui-même.
Une caserne de vigiles n'était pas un bâtiment sinistre, on le sait par Ostie : il y avait des salles de réunion, des sanctuaires impériaux, des thermes et des espaces de représentation, donc du décor. Mais l'accumulation constatée ici, plafond peint, placages de marbre découpé, deux générations de mosaïques, penche du côté de l'habitat privilégié. Le Caelius, précisément, est connu pour avoir accueilli de vastes propriétés patriciennes et, plus tard, des résidences liées à la sphère impériale.
La difficulté est classique en archéologie urbaine : un plan partiel ne suffit pas à identifier une fonction. Trois pièces sur huit restent incomplètes, et la logique de circulation du bâtiment, cours, couloirs, accès depuis la rue antique, n'est pas encore lisible.
Ce que la suite du chantier devra établir
D'après la surintendance spéciale de Rome, qui pilote l'opération, la phase la plus délicate commence maintenant, celle de l'analyse : étude des maçonneries, datation des mortiers et des briques, examen du mobilier archéologique, comparaison systématique avec les édifices connus.
Trois éléments feraient basculer l'interprétation. Une inscription, d'abord, mentionnant la cohorte ou un de ses officiers, ce qui serait décisif. Un aménagement caractéristique ensuite, comme un bassin de réserve d'eau, une écurie ou un dortoir collectif, difficilement compatible avec une résidence. Enfin le plan général, si l'extension de la fouille révèle une organisation autour d'une cour à portiques, schéma bien attesté dans les casernes.
Le cas rappelle surtout à quel point le sous-sol romain reste incomplètement connu. Une ville qui accueille des millions de visiteurs par an, cartographiée depuis la Renaissance, continue de livrer des bâtiments entiers à l'occasion de travaux de voirie ou de consolidation. Ici, il aura suffi qu'un mur menace de tomber.
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