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Il croyait tenir une pépite d'or : c'était un fragment plus vieux que le système solaire

Une roche rougeâtre, anormalement lourde, ramassée au détecteur de métaux dans une ancienne région aurifère d'Australie. Son inventeur a passé des années à tenter de l'ouvrir pour en extraire l'or qu'il croyait dedans. Ce qu'elle contenait valait beaucoup plus cher que du métal précieux.

Fragment de météorite rocheuse à la surface sombre et croûtée, posé sur un fond neutre
Une météorite pierreuse ressemble souvent à un caillou banal, mais sa densité la trahit. Photo : Unsplash.

L'histoire commence en mai 2015 dans le parc régional de Maryborough, au nord-ouest de Melbourne, dans l'État australien de Victoria. Le secteur est un pèlerinage pour les chercheurs d'or amateurs : c'est là, au XIXe siècle, que la ruée vers l'or australienne a battu son plein, et les détectoristes continuent d'y ratisser les vieux terrains alluviaux avec l'espoir d'entendre le bon signal.

Ce jour-là, le prospecteur David Hole capte justement quelque chose. Il dégage d'une argile jaune une masse rougeâtre, extraordinairement dense pour sa taille. Dans un pays où l'on extrait encore des pépites de plusieurs kilos, la conclusion s'impose d'elle-même : il vient de mettre la main sur une roche qui emprisonne de l'or. Il rentre chez lui avec son trésor, bien décidé à l'ouvrir.

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À retenir

  • La roche pesait 17 kilos et résistait à la scie, à la meuleuse, à la perceuse et même à l'acide : rien à voir avec un quartz aurifère, qui se casse facilement.
  • Il a fallu attendre 2018 et une scie diamantée du musée de Melbourne pour en découper une tranche et identifier une météorite, décrite en 2019 dans les Proceedings of the Royal Society of Victoria.
  • C'est une chondrite ordinaire de type H5, âgée d'environ 4,6 milliards d'années : elle s'est formée avant que les planètes ne soient assemblées.

Une roche qui refusait de s'ouvrir

Pendant des années, David Hole s'acharne. Scie à roche, meuleuse d'angle, perceuse, masse : il essaie tout. Il va jusqu'à immerger l'objet dans de l'acide. Rien n'y fait, la masse ne se fend pas. Cet entêtement de la roche aurait dû mettre la puce à l'oreille, car un quartz aurifère est une roche cassante qui cède sous le marteau. Ce qui ne cède pas, en revanche, c'est un alliage métallique de fer et de nickel, tenace et ductile, capable d'encaisser les coups en se déformant à peine.

La densité aussi disait quelque chose. Un caillou de 17 kilos qui tient dans les mains n'est pas un caillou ordinaire. Les roches terrestres courantes, granites, grès, basaltes, tournent autour de 2,5 à 3 grammes par centimètre cube. Les chondrites ordinaires, elles, dépassent nettement ces valeurs à cause de leur teneur en métal. Ce simple écart de « poids ressenti » reste, aujourd'hui encore, le premier indice qui pousse un promeneur à faire examiner sa trouvaille.

La tranche qui a tout changé

Faute de parvenir à ses fins, le prospecteur finit par apporter sa roche au Melbourne Museum. Là, les géologues font ce qu'aucun outil de bricolage ne pouvait faire : ils la découpent à la scie diamantée. La tranche révèle un intérieur qui n'a rien de terrestre. Sur la surface fraîchement sciée apparaissent des grains métalliques brillants de fer et de nickel, et surtout de minuscules billes rondes, prises dans la matrice comme des perles dans du béton.

Ces billes portent un nom : les chondres. Ce sont des gouttelettes de silicates qui ont fondu puis se sont refroidies très vite, en apesanteur, dans le disque de gaz et de poussières qui entourait le jeune Soleil. Aucune roche formée sur Terre ne contient de chondres. Leur présence signe immédiatement une chondrite, c'est-à-dire une météorite pierreuse primitive, et ferme le débat.

Ce que veut dire « chondrite H5 »

Le classement des météorites ressemble à un code postal, et il se lit facilement une fois qu'on en connaît la grammaire. La lettre indique la famille chimique, le chiffre indique le degré de transformation subie par la roche au sein de son astéroïde d'origine.

Élément du classement Ce que cela signifie Ce que cela dit de la roche
Chondrite Météorite pierreuse contenant des chondres Matériau primitif, jamais fondu en totalité
Groupe H Teneur élevée en fer métallique Densité forte, attirée par un aimant
Type 5 Métamorphisme thermique marqué Les chondres sont encore visibles, mais aux contours adoucis
Âge de formation Environ 4,6 milliards d'années Contemporaine de la naissance du système solaire

Le spécimen de Maryborough est l'une des rares météorites recensées dans l'État de Victoria, et le deuxième plus gros bloc chondritique de cet État après une masse de 55 kilos identifiée en 2003. Autant dire que la probabilité de tomber dessus au détecteur relevait de l'accident heureux.

« Plus vieux que le système solaire » : la formule mérite une nuance

La phrase revient à chaque découverte de ce genre, et elle mérite d'être remise à sa place. Une chondrite comme celle de Maryborough s'est formée il y a environ 4,6 milliards d'années, c'est-à-dire au tout début de l'histoire du système solaire, à une époque où la Terre n'existait pas encore en tant que planète. Elle est donc plus ancienne que le sol sur lequel elle est tombée, plus ancienne que la Lune, plus ancienne que le moindre continent.

Remonte-t-elle pour autant au-delà du Soleil lui-même ? Dans les chondrites les plus primitives, celles qui n'ont pratiquement pas chauffé, les laboratoires isolent effectivement des grains présolaires : des poussières de carbure de silicium ou de graphite fabriquées par d'autres étoiles, mortes avant même que notre nébuleuse ne s'effondre. Leur signature isotopique ne ressemble à rien de solaire. Ces grains-là, oui, sont plus vieux que le système solaire. Mais ils sont fragiles : la chaleur les efface, et une chondrite de type 5, qui a été cuite dans son astéroïde parent, en conserve très peu. La formule journalistique fonctionne donc comme une image juste sur le fond, à condition de savoir ce qu'elle recouvre.

Une météorite n'est pas un souvenir de l'espace : c'est un morceau du chantier qui a servi à construire les planètes, resté à l'écart du chantier.

Depuis combien de temps traînait-elle dans l'argile ?

Une deuxième horloge intéresse les chercheurs : l'âge terrestre, c'est-à-dire la durée écoulée depuis la chute. On l'estime en mesurant la décroissance de certains isotopes produits dans la roche par les rayons cosmiques pendant son séjour dans l'espace, et qui cessent d'être renouvelés dès que l'objet est protégé par l'atmosphère et le sol. Pour la météorite de Maryborough, la datation au carbone 14 situe la chute entre une centaine et un millier d'années avant sa découverte.

Cette fourchette est instructive. Elle signifie que la roche a passé plusieurs siècles à s'oxyder tranquillement dans les argiles du Victoria, ce qui explique sa teinte rougeâtre et l'aspect banal de son extérieur. La croûte de fusion noire et vitreuse, formée par le freinage atmosphérique, avait eu le temps de s'altérer. Une météorite fraîchement tombée, elle, est franchement noire et lisse, avec parfois de petites cupules en creux qui rappellent des empreintes de pouce dans de la pâte à modeler.

Pourquoi un caillou vaut mieux qu'une pépite

Reste la question que tout le monde se pose : au fond, le prospecteur a-t-il gagné ou perdu au change ? Sur le plan strictement marchand, l'or est un métal coté chaque jour, et une pépite de plusieurs kilos se vend sans difficulté. Une météorite, elle, n'a pas de cours officiel. Sa valeur dépend de sa rareté, de son état, de son histoire et de l'intérêt que lui portent musées et collectionneurs.

Sur le plan scientifique, en revanche, la comparaison n'est même pas serrée. L'or terrestre est abondant à l'échelle de la planète et parfaitement documenté. Les chondrites, elles, sont les seules archives directes des matériaux qui ont servi à fabriquer les planètes rocheuses. Chaque exemplaire renseigne sur la composition du disque protoplanétaire, sur la température qui régnait dans telle région de la ceinture d'astéroïdes, sur les collisions qui ont fragmenté les corps parents. C'est ce raisonnement qui a conduit les géologues du musée à qualifier la trouvaille de bien plus rare, et donc de bien plus précieuse, qu'une pépite de taille équivalente.

Reconnaître une météorite sans se tromper

Les musées d'histoire naturelle reçoivent chaque année quantité de « météorites » qui n'en sont pas : scories de fonderie, concrétions ferrugineuses, morceaux de laitier de chemin de fer, cailloux simplement sombres. Quelques indices, à manier tous ensemble et jamais isolément, permettent de faire un premier tri.

Le seul verdict qui compte reste celui d'un laboratoire, qui examinera une lame mince et mesurera la composition du métal. En France comme en Australie, les muséums et les laboratoires universitaires acceptent d'expertiser les trouvailles. Et si le résultat est négatif, il n'y a rien de honteux : c'est le lot de l'écrasante majorité des candidats, et la démarche reste la bonne.

Il reste, dans cette histoire, une leçon tenace : ce que l'on cherche empêche souvent de voir ce que l'on trouve. Pendant des années, un homme a tenu dans ses mains l'un des objets les plus anciens accessibles à un être humain, et il a passé son temps à essayer de le casser pour en sortir autre chose.

Science, découvertes et curiosités du réel : ce journal explore les histoires que tout le monde a envie de raconter à table. Pour savoir qui l'écrit, direction ma page auteur.

Portrait de Julien Jimenez

L'auteur

Julien Jimenez

Éditeur de ce site, Julien Jimenez travaille dans le SEO et les médias en ligne depuis 2009. Créateur de NextLevel.link, il écrit ici sur la psychologie du quotidien, l'argent et les questions que tout le monde se pose.