On les appelle les polluants éternels, et le surnom est mérité. Les substances per et polyfluoroalkylées, ou PFAS, forment une immense famille de composés de synthèse utilisés depuis les années 1950 dans les revêtements antiadhésifs, les textiles déperlants, les emballages alimentaires, les cosmétiques et les mousses anti-incendie. Leur liaison carbone-fluor est l'une des plus solides de la chimie organique, ce qui les rend quasiment indestructibles dans l'environnement, et très persistants dans le corps humain une fois absorbés.
D'où l'intérêt d'un résultat venu de Suède. Des chercheurs de l'Académie Sahlgrenska, à l'université de Göteborg, ont testé un médicament que les cardiologues connaissent depuis des décennies pour faire baisser le cholestérol : la cholestyramine. Leur essai, publié dans la revue Environment International en 2025 sous la signature d'Axel Andersson et de ses collègues, montre que ce traitement accélère nettement l'élimination de certains PFAS du sang. Précision indispensable avant d'aller plus loin : cet article informe, il ne remplace pas un avis médical, et aucun des médicaments cités ne doit être pris en automédication.
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- L'essai a porté sur dix participants âgés de 25 à 47 ans, chacun servant de témoin à lui-même, sur des périodes alternées de douze semaines.
- Sans traitement, les taux de PFAS mesurés baissaient de quelques pour cent. Avec traitement, la baisse atteignait jusqu'à 40 % pour l'une des substances suivies.
- L'étude a mesuré une vitesse d'élimination, pas un bénéfice de santé : rien ne démontre encore que faire baisser ces taux améliore la santé.
- La cholestyramine et le colesevelam sont des médicaments sur ordonnance, avec effets indésirables et interactions. Aucune indication de ce type n'est autorisée.
Pourquoi les PFAS s'accrochent au corps humain
La plupart des polluants organiques sont métabolisés par le foie, transformés en molécules plus solubles et évacués par l'urine ou les selles. Les PFAS échappent largement à cette mécanique. Leur squelette fluoré résiste aux enzymes de détoxification, et beaucoup d'entre eux se lient fortement aux protéines du sang, en particulier à l'albumine. Résultat : au lieu de circuler librement jusqu'aux reins, ils restent arrimés dans le compartiment sanguin.
Ils empruntent par ailleurs un circuit qui les ramène sans cesse à leur point de départ, la circulation entérohépatique. Le foie sécrète en continu de la bile dans l'intestin pour digérer les graisses. Une partie des PFAS part avec cette bile, arrive dans l'intestin, puis est réabsorbée par la paroi intestinale et repart dans le sang. Le corps croit les éliminer, il les recycle. C'est ce mécanisme qui explique des demi-vies exprimées non pas en heures ou en jours, comme pour la plupart des médicaments, mais en années pour plusieurs composés de la famille.
L'essai suédois : dix volontaires, douze semaines, un vieux médicament
Le protocole retenu est celui d'un essai croisé contrôlé, une méthode adaptée aux petits effectifs. Chaque participant a suivi une période de douze semaines sous traitement et une période de douze semaines sans, ce qui permet de comparer chaque personne à elle-même et d'éliminer les différences interindividuelles. Dix personnes ont été incluses, âgées de 25 à 47 ans, et les molécules testées étaient la cholestyramine et le colesevelam, deux chélateurs des acides biliaires.
Le contexte n'est pas anodin. La Suède connaît depuis 2013 un épisode de contamination documenté à Ronneby, dans le sud du pays, où l'eau potable d'une partie de la commune a été polluée par des mousses anti-incendie utilisées sur une base aérienne. Les habitants concernés présentent des concentrations sanguines de PFAS très supérieures à celles de la population générale, ce qui en fait, malgré eux, une population de référence pour la recherche sur l'élimination de ces composés.
Le mécanisme : couper la boucle intestinale
La cholestyramine n'agit pas sur le cholestérol de façon directe. C'est une résine échangeuse d'ions, une grosse molécule qui n'est pas absorbée par l'intestin et qui traverse le tube digestif en fixant sur son passage les acides biliaires. Privé de son stock d'acides biliaires réabsorbés, le foie en fabrique de nouveaux, et pour cela il puise dans le cholestérol circulant. C'est ainsi que le taux sanguin diminue.
L'hypothèse des chercheurs suédois est que ce même piège fonctionne sur les PFAS. Chimiquement, un PFAS à longue chaîne ressemble à un acide biliaire par plusieurs aspects : une tête acide et une longue queue hydrophobe. La résine le capture donc au passage dans l'intestin, l'empêche d'être réabsorbé et l'entraîne vers les selles. La boucle entérohépatique est interrompue, et le corps se met enfin à éliminer ce qu'il recyclait.
Ce médicament ne détruit pas les polluants éternels. Il les empêche simplement de revenir en arrière, et transforme un circuit fermé en sortie de secours.
Ce que montrent les chiffres, et jusqu'où ils portent
| Élément | Ce que rapporte l'étude |
|---|---|
| Participants | 10 personnes, de 25 à 47 ans, servant de témoins à elles-mêmes |
| Durée | Périodes alternées de 12 semaines avec puis sans traitement |
| Molécules testées | Cholestyramine et colesevelam, deux chélateurs des acides biliaires |
| Sans traitement | Baisse de quelques pour cent des PFAS suivis |
| Avec traitement | Baisse allant jusqu'à 40 % pour l'une des substances mesurées |
| Critère évalué | Vitesse d'élimination uniquement, pas de critère clinique de santé |
Une baisse pouvant atteindre 40 % sur douze semaines est loin d'être négligeable quand on la compare à l'évolution spontanée, qui se compte en quelques pour cent sur la même durée. Mais deux limites sautent aux yeux. Dix participants, c'est peu, et cela suffit à établir un signal, pas à quantifier précisément un effet dans la population générale. Surtout, la réduction annoncée concerne l'une des substances suivies, pas l'ensemble de la famille : les PFAS ne se comportent pas tous de la même manière selon la longueur de leur chaîne carbonée.
Ce que l'étude ne dit pas, et c'est essentiel
Le point le plus important de cette publication est aussi le plus souvent oublié dans les reprises. Les auteurs eux-mêmes soulignent que le travail a porté sur la vitesse d'élimination, et non sur un bénéfice de santé. Autrement dit, on sait maintenant qu'il est possible d'accélérer la sortie de certains PFAS du sang. On ignore si cette accélération change quoi que ce soit à l'état de santé des personnes concernées, à court comme à long terme.
La différence n'est pas rhétorique. Une partie des effets sanitaires attribués aux PFAS pourrait résulter d'expositions anciennes dont les conséquences biologiques sont déjà engagées. Réduire la concentration circulante ne les efface pas nécessairement. Il faudrait pour le savoir des essais avec des critères cliniques, sur de plus grands effectifs et sur des durées longues.
Enfin, ces molécules ne sont pas anodines. Les chélateurs des acides biliaires provoquent fréquemment des troubles digestifs, gênent l'absorption des vitamines liposolubles et interfèrent avec l'absorption de nombreux médicaments pris au même moment. Toute mise en balance des risques et des bénéfices relève d'une décision médicale, pas d'une initiative personnelle.
L'ironie du cholestérol
Il y a une boucle presque comique dans cette histoire. Parmi les effets associés à l'exposition aux PFAS, l'agence sanitaire américaine ATSDR cite une augmentation des taux de cholestérol, aux côtés d'une réponse vaccinale diminuée, de modifications des enzymes hépatiques, d'hypertension gravidique et de prééclampsie, de poids de naissance plus faibles et, pour le PFOA, d'un excès de cancers du rein et du testicule.
L'Autorité européenne de sécurité des aliments avait d'ailleurs retenu l'élévation du cholestérol comme effet critique dans son évaluation de 2018, avant de lui préférer, dans son avis adopté le 17 septembre 2020, la diminution de la réponse immunitaire à la vaccination. C'est sur cette base que l'agence a fixé une dose hebdomadaire tolérable de 4,4 nanogrammes par kilogramme de poids corporel pour la somme de quatre composés : PFOA, PFOS, PFNA et PFHxS. Autrement dit, des polluants soupçonnés de faire monter le cholestérol se retrouvent aujourd'hui piégés par un médicament conçu pour le faire baisser.
Que faire, à l'échelle individuelle, en attendant
La conclusion la plus solide de ce champ de recherche reste, paradoxalement, celle qui n'a rien de médical : la meilleure façon de ne pas avoir de PFAS dans le sang est de ne pas en absorber. Les leviers individuels sont limités mais réels, et ils ne dépendent d'aucune ordonnance.
- L'eau : se renseigner auprès de sa commune sur les analyses disponibles, particulièrement à proximité de sites industriels, d'aéroports ou de centres d'entraînement des pompiers.
- Les revêtements : remplacer les poêles antiadhésives dégradées et rayées, qui n'assurent plus l'intégrité de leur revêtement.
- Les emballages : limiter les contenants alimentaires traités contre le gras, en particulier pour les plats chauds.
- Les textiles : regarder si les vêtements déperlants achetés portent une mention d'absence de PFAS, de plus en plus fréquente.
Le reste relève de la réglementation, pas du comportement individuel : c'est à ce niveau que se décide la présence ou non de ces molécules dans la chaîne de production. Le résultat suédois ouvre néanmoins une porte intéressante pour les populations les plus exposées, celles des zones contaminées ou de certains métiers. À condition de garder en tête ce qu'il est : un signal précoce, obtenu chez dix personnes, qui demande confirmation. Pour toute situation personnelle, seul un médecin peut évaluer ce qui est pertinent.
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