Ils forment le socle du secours en France. Selon les statistiques annuelles de la Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises, les sapeurs-pompiers volontaires étaient un peu moins de 201 000 en 2025, soit environ 78 % de l'ensemble des effectifs. Ces femmes et ces hommes exercent un métier ailleurs, puis partent en intervention le soir, la nuit, le week-end, sans que cet engagement n'ait jamais produit le moindre droit à la retraite.
C'est ce trou dans le dispositif que la réforme des retraites de 2023 avait entrepris de combler. Il aura fallu attendre près de trois ans pour que le texte d'application sorte. Il est là, et il fixe une règle claire : à partir de dix ans d'engagement, un trimestre de durée d'assurance est acquis. Voici le détail, sans emballement, car la mesure est réelle mais mesurée. Précision d'usage : cet article informe, il ne remplace pas un conseil juridique ou fiscal.
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- Le décret n° 2026-18 du 20 janvier 2026, publié au Journal officiel du 21 janvier, crée une majoration de durée d'assurance pour les sapeurs-pompiers volontaires.
- Le barème : 1 trimestre à partir de 10 ans d'engagement, 2 trimestres à partir de 20 ans, 3 trimestres à partir de 25 ans.
- La mesure s'applique aux pensions prenant effet à compter du 1er juillet 2026. Les retraites déjà liquidées avant cette date ne sont pas concernées.
- Ces trimestres augmentent la durée d'assurance, ils n'abaissent pas l'âge légal de départ.
Ce que dit exactement le décret
Le texte s'appelle décret n° 2026-18 du 20 janvier 2026 portant diverses mesures relatives aux sapeurs-pompiers volontaires et aux sapeurs-pompiers professionnels. Il a été publié au Journal officiel du 21 janvier 2026 et introduit dans le code de la sécurité sociale un article R. 173-4-6 entièrement consacré au sujet.
Sa mécanique est celle d'une majoration de durée d'assurance, c'est-à-dire de trimestres ajoutés au compteur qui sert à déterminer si un assuré atteint la durée requise pour le taux plein. Ce n'est ni une prime, ni une pension supplémentaire, ni un régime spécial : c'est du temps de cotisation reconnu au titre d'un engagement citoyen, sur le modèle de ce qui existe déjà pour d'autres situations non professionnelles.
Le barème, seuil par seuil
| Durée d'engagement comme sapeur-pompier volontaire | Majoration accordée |
|---|---|
| Au moins 10 années | 1 trimestre |
| Au moins 20 années | 2 trimestres |
| Au moins 25 années | 3 trimestres |
Il faut lire ce tableau comme un plafond par palier, et non comme un cumul : un volontaire justifiant de vingt-huit années d'engagement obtient trois trimestres, pas six. Le compteur s'arrête au troisième trimestre, quelle que soit la durée au-delà de vingt-cinq ans. C'est l'un des points qui a nourri la déception d'une partie des intéressés, pour qui une carrière de volontaire de trente ou trente-cinq ans méritait davantage.
Trois trimestres, c'est neuf mois de cotisation reconnus pour une vie entière d'astreintes : une reconnaissance symbolique forte, un effet financier volontairement contenu.
Comment se compte la durée d'engagement
C'est la bonne surprise du texte, et elle change beaucoup de choses en pratique. La durée retenue correspond à la durée totale de services, calculée de date à date, continue ou non. Autrement dit, les interruptions ne remettent pas le compteur à zéro.
Concrètement, une personne engagée six ans dans un centre de première intervention, arrêtée pendant une mutation professionnelle, puis réengagée cinq ans dans un autre département atteint bien le seuil des dix ans. C'était loin d'être acquis, et cela concerne un profil très répandu : le volontaire dont la vie professionnelle ou familiale a imposé une pause. Le décret prévoit d'ailleurs un mécanisme de coordination entre régimes, de sorte que la majoration puisse être servie quel que soit le régime de base d'affiliation du volontaire, régime général, régime agricole ou régimes de la fonction publique.
Ce que ces trimestres changent, et ce qu'ils ne changent pas
Il faut être précis, car la confusion est fréquente et coûteuse. Un trimestre de majoration de durée d'assurance ne fait pas partir plus tôt. L'âge légal d'ouverture des droits reste fixé par les règles générales, indépendamment de l'engagement de sapeur-pompier volontaire. Ce que ces trimestres font, c'est remplir le compteur de la durée d'assurance.
La conséquence est nette pour une catégorie précise d'assurés : ceux qui atteignent l'âge légal sans avoir la durée requise pour le taux plein. Pour eux, un, deux ou trois trimestres supplémentaires réduisent la décote appliquée à la pension, voire la suppriment si la durée requise est atteinte. Pour un assuré qui a déjà tous ses trimestres, l'effet est différent et souvent nul, sauf s'il continue à travailler au-delà et peut jouer sur la surcote.
- Assuré incomplet : gain réel, la décote diminue, la pension augmente.
- Assuré au taux plein : effet généralement neutre sur le montant.
- Âge de départ : inchangé, la majoration n'agit pas sur la date d'ouverture des droits.
- Retraité avant le 1er juillet 2026 : hors du champ, aucune révision n'est prévue.
La démarche : un document à demander au SDIS
Rien n'est automatique, et c'est le point le plus important à retenir pour les volontaires proches du départ. Aucun régime de retraite ne dispose de l'historique de vos engagements : il faut le lui apporter. Le décret prévoit que l'assuré produise un état des services établi par le dernier service d'incendie et de secours dans lequel il a été engagé, mentionnant la durée et la période de cet engagement.
La marche à suivre tient en quatre étapes.
- Rassemblez vos périodes : dates d'engagement et de fin d'engagement, centre par centre, département par département.
- Écrivez au dernier SDIS où vous avez été engagé, en demandant un état des services complet, y compris les périodes accomplies ailleurs si vous en avez la trace.
- Joignez ce document à votre demande de retraite, ou transmettez-le à votre caisse si la demande est déjà déposée mais que la pension ne prend pas encore effet.
- Vérifiez la date d'effet : la majoration ne joue que pour les pensions prenant effet à compter du 1er juillet 2026.
Un conseil de bon sens pour les anciens volontaires : demandez ce document dès maintenant, même si votre départ n'est prévu que dans plusieurs années. Les archives des centres de secours sont inégales, et retrouver une période d'engagement des années 1990 peut prendre du temps.
Pourquoi il a fallu près de trois ans
Le principe de cette majoration figure dans la loi n° 2023-270 du 14 avril 2023 de financement rectificative de la sécurité sociale, celle qui portait la réforme des retraites. Le décret d'application, lui, s'est fait attendre au point de faire l'objet de plusieurs questions écrites au Sénat, dont une réponse gouvernementale publiée en juin 2026 confirmant l'entrée en vigueur au 1er juillet.
Ce retard n'était pas seulement administratif. Selon les informations de la Banque des Territoires, l'exécutif avait envisagé un seuil d'entrée fixé à quinze années d'engagement plutôt que dix, ce qui aurait écarté une part importante des volontaires. Le Conseil d'État a demandé que le texte de 2023 soit respecté, le seuil de dix ans étant plus favorable. C'est cette version qui a été publiée. Entretemps, la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France avait dénoncé publiquement la lenteur du processus, et le Syndicat des sapeurs-pompiers volontaires de France avait engagé une action pour faire aboutir le texte.
Ne pas confondre avec la prestation de fidélisation
Dernier point, souvent source de malentendus. La bonification de trimestres n'a rien à voir avec la nouvelle prestation de fidélisation et de reconnaissance, la NPFR, qui existe depuis 2016. Cette dernière est une prestation versée après la cessation définitive de l'engagement, à partir de 55 ans et sous condition d'une durée minimale d'engagement, ramenée à dix ans en cas d'inaptitude opérationnelle médicalement constatée et imputable au service. Son montant dépend de la durée d'engagement et elle est exonérée d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux.
Les deux dispositifs se cumulent et répondent à des logiques différentes : la NPFR verse de l'argent, la bonification ajoute du temps de cotisation. Pour connaître le barème de la NPFR applicable à votre situation, l'interlocuteur reste le service d'incendie et de secours dont vous dépendez, seul en mesure de vous communiquer les montants en vigueur et de vérifier vos droits.
Une reconnaissance de principe attendue depuis des décennies, un barème modeste mais concret, une condition d'ancienneté généreuse dans son mode de calcul, et une démarche à ne pas oublier : voilà ce que change le décret du 20 janvier 2026 pour les volontaires. Si vous approchez du départ et que vous avez donné dix ans, vingt ans ou plus à un centre de secours, le réflexe à avoir tient en une ligne : demandez votre état des services, et joignez-le à votre dossier avant la liquidation.
Retraite, argent, maison, psychologie du quotidien : ce journal explore les questions que tout le monde se pose. Pour savoir qui l'écrit, direction ma page auteur.
