Le Journal officiel du 31 juillet 2026 a publié deux textes qui portent le même intitulé, à un chiffre près : les décrets n° 2026-699 et n° 2026-700 du 29 juillet 2026 prévoyant diverses mesures relatives aux pensions de retraite des parents. Ils appliquent l'article 104 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, adoptée fin décembre 2025.
Leur entrée en vigueur est fixée au lendemain de la publication, mais l'essentiel de leurs dispositions ne concerne que les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026. C'est cette date de bascule qui rend le sujet brûlant pour les assurés qui déposent leur dossier en ce moment : quelques semaines d'écart sur la date d'effet changent le calcul. Précision d'usage : cet article informe, il ne remplace pas un conseil juridique ou fiscal.
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- Deux décrets du 29 juillet 2026 s'appliquent aux pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026.
- Carrière longue : jusqu'à deux trimestres liés aux enfants sont désormais réputés cotisés. Le plafond est de deux trimestres par assuré, pas par enfant.
- Calcul de la pension : le revenu annuel moyen est établi sur les 24 meilleures années avec une majoration pour un enfant, sur les 23 meilleures à partir de deux enfants, dans les régimes qui calculent ainsi.
- Rien n'est rétroactif : une pension déjà liquidée avant septembre 2026 ne sera pas recalculée.
Pourquoi les générations nées avant 1971
La mention revient partout, et elle mérite une explication. Ces décrets ne comportent aucune condition d'année de naissance. Ce sont les publics concernés qui, mécaniquement, appartiennent à ces générations.
La mesure la plus commentée porte sur la retraite anticipée pour carrière longue, celle qui permet de partir avant l'âge légal quand on a commencé à travailler jeune. Compte tenu du calendrier de montée en charge des âges, les assurés qui peuvent utiliser ce dispositif dans les mois qui viennent sont ceux des générations 1964 à 1970. Les personnes nées à partir de 1971 relèvent, elles, du régime de croisière de la réforme de 2023 et n'en sont pas au moment de liquider. D'où le raccourci « nés avant 1971 », qui décrit une réalité de calendrier, pas une règle inscrite dans le texte.
Ces décrets ne créent pas un droit nouveau pour une génération : ils réparent un défaut de calcul qui pénalisait depuis des années les carrières interrompues par la naissance d'un enfant.
Mesure n° 1 : jusqu'à deux trimestres enfants pour la carrière longue
C'est l'apport du décret n° 2026-700. Jusqu'ici, pour ouvrir droit au départ anticipé pour carrière longue, seuls comptaient les trimestres effectivement cotisés ou assimilés à des trimestres cotisés selon une liste limitative. Les trimestres accordés au titre des enfants en étaient exclus, ce qui produisait un effet pervers bien identifié : des femmes ayant commencé à travailler très tôt échouaient d'un ou deux trimestres à remplir la condition, précisément à cause des interruptions liées à leur maternité.
Désormais, les trimestres de bonification ou de majoration de durée d'assurance attribués au titre des enfants entrent dans le décompte des trimestres réputés cotisés, dans la limite de deux par assuré. Sont visés les trimestres au titre de la maternité, de l'adoption, de l'éducation des enfants et du congé parental.
Deux précisions, car elles sont la source de la plupart des malentendus. D'abord, la limite de deux trimestres s'apprécie par assuré, pas par enfant : une mère de quatre enfants gagne au maximum deux trimestres dans ce décompte, pas huit. Ensuite, ce gain n'ajoute rien au montant de la pension par lui-même : il sert uniquement à franchir la condition d'accès au départ anticipé. Le gain de temps se traduit au mieux par une avance de six mois sur la date de départ.
Le champ est large : le mécanisme joue dans le régime général, dans les régimes de la fonction publique, chez les salariés et non-salariés agricoles, chez les professionnels libéraux et les avocats, ainsi que dans plusieurs régimes spéciaux.
Mesure n° 2 : 24 ou 23 meilleures années au lieu de 25
Le décret n° 2026-699 s'attaque à un autre étage du calcul, celui du revenu annuel moyen. Dans les régimes qui déterminent la pension à partir des meilleures années de salaire, la référence est de vingt-cinq ans. Le texte réduit ce nombre pour les assurés qui bénéficient d'une majoration ou d'une bonification de durée d'assurance au titre de leurs enfants, en pratique très majoritairement des mères.
- Un enfant ouvrant droit à une majoration : le revenu annuel moyen est calculé sur les 24 meilleures années.
- Au moins deux enfants : il est calculé sur les 23 meilleures années.
L'intérêt est arithmétique et il est réel. Retirer une ou deux années du calcul revient à écarter les plus faibles, celles des débuts de carrière, du temps partiel subi ou des périodes de reprise après une naissance. La moyenne monte, donc la pension aussi. L'ampleur du gain dépend entièrement du profil de carrière : très net quand deux années sont franchement décrochées, quasi nul quand les revenus sont réguliers.
Les régimes concernés sont ceux qui calculent par meilleures années : le régime général, les salariés agricoles, le fonds spécial des ouvriers des établissements industriels de l'État, la caisse des clercs et employés de notaires, ainsi que le régime de Saint-Pierre-et-Miquelon. Les fonctionnaires d'État, dont la pension se calcule sur le traitement des six derniers mois, ne sont pas concernés par cette mesure précise.
Mesure n° 3 : un trimestre de plus pour certaines agentes publiques
Le même décret crée une bonification d'un trimestre pour les femmes affiliées à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales et au fonds spécial des ouvriers des établissements industriels de l'État, au titre des enfants nés à compter du 1er janvier 2004, sous réserve d'avoir été recrutées avant l'accouchement. La mesure vise les agentes des fonctions publiques territoriale et hospitalière, longtemps traitées différemment de leurs collègues du privé sur ce point.
Le récapitulatif des trois mesures
| Mesure | Qui est concerné | Effet |
|---|---|---|
| Trimestres enfants réputés cotisés (décret n° 2026-700) | Candidats au départ anticipé pour carrière longue, tous régimes de base visés | Jusqu'à 2 trimestres pris en compte, soit au mieux 6 mois d'avance sur la date de départ |
| 24 ou 23 meilleures années (décret n° 2026-699) | Assurés avec majoration ou bonification pour enfants, dans les régimes calculant par meilleures années | Revenu annuel moyen mécaniquement plus élevé, donc pension plus élevée |
| Un trimestre de bonification (décret n° 2026-699) | Femmes affiliées à la CNRACL ou au FSPOEIE, enfants nés à compter du 1er janvier 2004 | Un trimestre supplémentaire de durée d'assurance |
Ce qu'il faut faire, concrètement
Ces mesures ne nécessitent pas de démarche spécifique : elles s'appliquent au moment de la liquidation, à partir des informations dont dispose votre caisse. Mais c'est précisément là qu'il faut être vigilant, car une caisse ne peut appliquer que ce qu'elle voit dans votre dossier.
- Vérifiez votre relevé de carrière dans votre espace personnel, ligne par ligne, en particulier les trimestres attribués au titre de chaque enfant.
- Contrôlez que tous vos enfants figurent bien au dossier, y compris ceux nés à l'étranger, adoptés, ou dont l'état civil a changé.
- Faites attention à la date d'effet de la pension, et non à la date de dépôt du dossier : c'est elle qui déclenche ou non l'application des nouvelles règles.
- Signalez les anomalies avant de liquider : une correction demandée après coup est toujours plus lente et plus incertaine.
Un dernier point mérite d'être dit sans détour, parce qu'il déçoit beaucoup de lecteurs : rien de tout cela n'est rétroactif. Les pensions ayant pris effet avant le 1er septembre 2026 ne seront pas recalculées, même si l'assuré remplit toutes les conditions. Pour ceux qui liquident dans les semaines qui viennent, quelques jours peuvent donc peser lourd, et il est utile de faire simuler les deux hypothèses de date d'effet avant de trancher.
En résumé
Trois mesures, deux décrets, une seule date à retenir : le 1er septembre 2026. Elles ne bouleversent pas le système, elles corrigent des angles morts qui pénalisaient les carrières interrompues par les enfants, et leur effet cumulé peut représenter plusieurs dizaines d'euros par mois pendant toute la retraite, plus une avance possible de six mois sur la date de départ. Assez pour prendre une heure et relire son relevé de carrière avant d'envoyer son dossier.
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