Posez la question autour d'une table et vous obtiendrez toujours les mêmes réponses : l'humour arrive en tête, suivi du physique, puis de l'intelligence, avec parfois une mention pour la « complicité ». Ce sont les critères que l'on énonce spontanément, ceux que l'on écrit sur les profils de rencontre, ceux que les magazines répètent depuis quarante ans.
Quand les chercheurs contraignent les gens à choisir, en revanche, le classement change. Depuis une trentaine d'années, une méthode particulière est utilisée pour dépasser les déclarations de façade : au lieu de demander ce que l'on trouve important, on distribue un budget limité de points à répartir entre plusieurs qualités. Il faut alors arbitrer, comme dans la vraie vie. Et un trait rafle systématiquement la mise, à travers les cultures, les générations et les orientations sexuelles : la gentillesse.
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- Dans une étude transculturelle publiée en 2019 dans le Journal of Personality, la gentillesse arrive en tête chez les hommes comme chez les femmes, dans les pays occidentaux comme en Asie du Sud-Est.
- Les participants y consacrent environ un quart de leur budget de points, loin devant l'apparence physique, les perspectives financières et l'humour.
- Une recherche brésilienne publiée en 2023 aboutit au même sommet, avec l'intelligence, et cela quelle que soit l'orientation sexuelle des participants.
- La gentillesse dont il est question n'est pas la complaisance : c'est une fiabilité affective qui se juge sur les actes, pas sur les intentions déclarées.
Pourquoi les classements habituels sont trompeurs
Le problème de la question « qu'est-ce qui compte pour vous ? » est qu'elle ne coûte rien. Interrogé sans contrainte, presque tout le monde répond que l'honnêteté, l'humour, l'intelligence, la beauté et la générosité comptent, et personne ne ment. Le résultat est un classement plat, où tout est important, donc rien ne l'est.
La psychologie a résolu ce défaut par ce que l'on appelle les tâches à budget contraint. Le principe est simple : on remet au participant un nombre fixe de points, souvent appelés « dollars de partenaire », et on lui demande de composer son partenaire idéal en répartissant ces points entre plusieurs caractéristiques. Vouloir beaucoup de beauté oblige à sacrifier ailleurs. On observe alors non plus ce qui est désirable, mais ce qui est prioritaire, ce qui n'a rien à voir.
Ce dispositif reproduit d'ailleurs assez bien la réalité, puisque personne ne rencontre de partenaire parfait sur toutes les dimensions. Le choix amoureux est un arbitrage, et c'est précisément l'arbitrage que ces protocoles mesurent.
L'étude qui a mis tout le monde d'accord
Le travail le plus cité sur le sujet a été publié en septembre 2019 dans le Journal of Personality par Andrew Thomas, de l'université de Swansea, et ses collègues. Environ 2 500 jeunes adultes issus de plusieurs pays, dont l'Australie, la Norvège et le Royaume-Uni d'un côté, Singapour, la Malaisie et Hong Kong de l'autre, devaient répartir un budget entre huit caractéristiques d'un partenaire de long terme.
Les huit propositions étaient l'apparence physique, les perspectives financières, la gentillesse, l'humour, la chasteté, la religiosité, le désir d'enfants et la créativité. Le résultat, robuste d'un pays à l'autre :
- La gentillesse arrive première, avec de l'ordre de 22 à 26 % du budget total, un écart net avec la suivante.
- L'apparence physique occupe la deuxième place, davantage investie par les hommes.
- Les perspectives financières suivent, davantage investies par les femmes.
- L'humour arrive derrière, et surtout il varie fortement selon les cultures, nettement plus valorisé dans les pays occidentaux.
- La créativité et la chasteté ferment la marche, sous les 10 % du budget.
Deux enseignements méritent d'être isolés. Le premier est que les différences entre hommes et femmes existent bel et bien, mais qu'elles portent sur la deuxième place, pas sur la première. Le second est que l'humour, si spontanément cité dans les conversations et les annonces, se révèle un critère culturellement variable et secondaire dès qu'il faut arbitrer.
Interrogés sans contrainte, nous citons l'humour et le physique. Obligés de choisir, nous achetons de la gentillesse.
Un résultat qui traverse les décennies et les continents
Ce classement n'est pas une nouveauté de 2019. Il prolonge une lignée de travaux commencée avec l'enquête internationale conduite par David Buss à la fin des années 1980, menée auprès de plusieurs milliers de participants dans trente-sept cultures. Déjà, à l'époque, les qualités relationnelles, l'attirance réciproque, la fiabilité du caractère et la gentillesse, dominaient les critères de statut ou d'apparence, y compris là où les différences entre les sexes étaient les plus marquées.
Une recherche brésilienne publiée en 2023 dans Archives of Sexual Behavior a repris la méthode du budget auprès de 778 participants de 18 à 64 ans, en incluant plusieurs orientations sexuelles. Ses auteurs rapportent que l'intelligence et la gentillesse constituent les traits prioritaires pour l'ensemble des groupes, devant l'apparence physique, la santé et le statut socio-économique, la préférence pour ces deux qualités devenant même plus nette lorsque le budget disponible augmente.
| Recherche | Échantillon | Traits prioritaires |
|---|---|---|
| Buss et collaborateurs, fin des années 1980 | Plusieurs milliers de participants, 37 cultures | Attirance réciproque, fiabilité du caractère, gentillesse |
| Thomas et collaborateurs, 2019 | Environ 2 500 jeunes adultes, Occident et Asie du Sud-Est | Gentillesse (22 à 26 % du budget), puis physique et ressources |
| Takayanagi et collaborateurs, 2023 | 778 Brésiliens de 18 à 64 ans, orientations variées | Intelligence et gentillesse, devant physique, santé et statut |
La convergence de ces travaux, menés à des époques et avec des méthodes différentes, est ce qui donne du poids au résultat. Elle n'en fait pas pour autant une loi universelle : ces échantillons restent largement composés d'étudiants ou de volontaires en ligne, et une préférence déclarée en laboratoire ne prédit pas mécaniquement les choix réels, sujet sur lequel la littérature reste d'ailleurs prudente.
Gentillesse ne veut pas dire complaisance
Reste le malentendu principal, et il est de taille. En français, « gentil » traîne une connotation tiède, presque disqualifiante : le gentil garçon, la gentille fille, celui ou celle que l'on apprécie sans jamais en tomber amoureux. Ce n'est pas de cela qu'il s'agit.
Ce que mesurent ces protocoles ressemble davantage à une fiabilité affective : la capacité à traiter l'autre correctement, y compris quand cela coûte quelque chose. On peut la traduire par quelques comportements observables, bien plus utiles qu'une définition.
- Le comportement envers ceux qui ne servent à rien. La façon dont quelqu'un parle à un serveur, à un agent d'accueil ou à un inconnu qui demande son chemin en dit long, précisément parce qu'aucun bénéfice n'est en jeu.
- La réaction face à la mauvaise nouvelle. Beaucoup de gens sont agréables quand tout va bien. La gentillesse se mesure le jour où vous annoncez un échec, une maladie ou une bêtise.
- Le maintien du respect dans le désaccord. Se disputer sans mépriser, sans humilier, sans ressortir les confidences des mois passés.
- La capacité à dire non. Contrairement à la complaisance, la vraie gentillesse suppose des limites. Quelqu'un qui accepte tout finit par accumuler du ressentiment, ce qui est l'inverse d'une relation apaisée.
À l'inverse, ce que la gentillesse n'est pas : l'absence de caractère, l'accord permanent, la disponibilité illimitée, ou cette forme d'attention démonstrative des premières semaines qui s'évapore aussitôt la relation installée.
Pourquoi ce critère prend de la valeur avec le temps
Une hypothèse revient dans la littérature pour expliquer la domination de ce trait : sur un horizon long, il prédit mieux que les autres la qualité du quotidien. L'apparence évolue, la situation financière fluctue, l'humour finit par être connu par cœur. La façon dont on est traité un mardi soir ordinaire, elle, se répète des milliers de fois.
C'est cohérent avec un autre constat, cette fois du côté de la psychologie de la santé : la qualité perçue des relations proches figure parmi les facteurs les plus régulièrement associés au bien-être et à divers indicateurs de santé. Vivre auprès de quelqu'un dont on ne redoute pas les réactions n'est pas un confort accessoire, c'est un environnement. Ces travaux décrivent toutefois des préférences moyennes, pas des prescriptions : cet article ne remplace ni un avis médical ni l'accompagnement d'un thérapeute.
Un dernier mot, qui vaut pour ceux qui cherchent et pour ceux qui ont trouvé. Ce critère a la particularité d'être le seul de la liste sur lequel chacun peut agir directement. On ne décide pas de sa taille ni de son salaire, mais on décide de la façon dont on répond à quelqu'un qui vient d'échouer. Si la recherche dit vrai, c'est aussi le critère sur lequel on est le plus attentivement observé.
Santé, argent, psychologie du quotidien : ce journal explore les questions que tout le monde se pose. Pour savoir qui l'écrit, direction ma page auteur.
