Après l'éclipse partielle de Lune du 28 août 2026, très profonde et très commentée, beaucoup de lecteurs se demandent déjà ce que réserve l'année suivante. La réponse tient en un chiffre flatteur et une nuance décevante : 2027 comptera trois éclipses de Lune, ce qui est le maximum possible sur une année civile, mais aucune ne sera ni totale ni même partielle.
Les trois seront pénombrales, la catégorie la plus subtile du genre, celle où la Lune se contente de traverser l'ombre diffuse de la Terre sans jamais entrer dans son cône d'ombre véritable. C'est une information qu'il vaut mieux avoir en tête avant de bloquer une soirée : les catalogues de référence de la NASA et d'EclipseWise sont formels sur ce point, et plusieurs calendriers en ligne annoncent à tort des éclipses partielles. Voici le détail, date par date.
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- 2027 compte trois éclipses de Lune, les 20 février, 18 juillet et 17 août, et toutes les trois sont pénombrales : pas de Lune rouge, pas de morsure dans le disque.
- Une seule est réellement observable depuis la France métropolitaine : celle du 20 février 2027, avec une grandeur pénombrale de 0,93, de 22 h 12 à 2 h 13.
- Aucune protection n'est nécessaire pour observer une éclipse de Lune : l'œil nu suffit, les jumelles aident.
Trois éclipses de Lune en 2027, et pas une seule totale
Commençons par écarter une confusion fréquente. Les moteurs de recherche et plusieurs sites de calendrier annoncent pour 2027 des éclipses lunaires « partielles » en juillet et en août. C'est inexact. Les catalogues officiels, celui de la NASA comme celui d'EclipseWise établi par l'astronome Fred Espenak, classent les trois éclipses de 2027 dans la catégorie pénombrale, avec des grandeurs d'ombre négatives, ce qui est la façon technique de dire que la Lune ne touche jamais le cône d'ombre.
Concrètement, cela veut dire qu'aucune éclipse de 2027 ne donnera l'image classique du disque lunaire rongé par une échancrure noire, ni celle de la Lune cuivrée qui a fait le tour des réseaux sociaux ces dernières années. Ce sera, au mieux, un assombrissement gris sur un bord du disque. Après une année 2026 riche, avec une éclipse totale en mars et la partielle à 93 % du 28 août, 2027 marque une pause.
20 février 2027 : la seule vraiment observable depuis la France
C'est le rendez-vous à retenir. Dans la nuit du samedi 20 au dimanche 21 février 2027, la Lune traversera la pénombre terrestre avec une grandeur pénombrale de 0,929, c'est-à-dire qu'au maximum, près de 93 % de son diamètre se trouvera dans l'ombre diffuse de la Terre. Elle frôlera le cône d'ombre sans y entrer.
En heure légale française, l'entrée dans la pénombre a lieu à 22 h 12, le maximum à 0 h 13 dans la nuit, et la sortie à 2 h 13, soit quatre heures et une minute de phénomène. La Lune sera haute dans le ciel d'hiver, dans d'excellentes conditions d'observation, et l'éclipse est visible depuis toute l'Europe, l'Afrique et une large partie de l'Asie.
À quoi s'attendre ? À un assombrissement réel mais graduel du bord nord de la Lune, comparable à une photo légèrement sous-exposée d'un côté. Le meilleur moment se situe dans la demi-heure qui encadre le maximum. Un conseil qui change tout : photographiez la Lune vers 22 h 15 puis vers 0 h 15 avec les mêmes réglages, et comparez les deux clichés. La différence saute alors aux yeux, alors qu'elle échappe souvent à l'observation directe.
Les deux éclipses de l'été : une invisible, une réservée aux Antilles
L'éclipse du dimanche 18 juillet 2027 est un cas d'école, et presque une curiosité de catalogue. La Lune ne fera qu'effleurer le bord extérieur de la pénombre, avec une grandeur pénombrale de 0,003, pendant 17 minutes et 40 secondes seulement, entre 15 h 54 et 16 h 12 en temps universel. Aucun instrument au monde ne permettra de distinguer quoi que ce soit : la baisse d'éclat est de l'ordre de l'imperceptible. Certains catalogues la comptabilisent d'ailleurs à peine. Depuis la France, la question ne se pose même pas : à 17 h 54 heure légale, la pleine Lune est encore sous l'horizon.
L'éclipse du mardi 17 août 2027 est plus consistante, avec une grandeur pénombrale de 0,548, et une durée de 3 heures 39 minutes, de 5 h 24 à 9 h 03 en temps universel. Mais la géométrie place cette fois le spectacle du côté du Pacifique et des Amériques. En France métropolitaine, cela correspond à un créneau de 7 h 24 à 11 h 03 heure d'été, quand la Lune est déjà couchée : rien à voir. En revanche, les Antilles françaises et la Guyane, situées dans la zone de visibilité américaine, pourront suivre le phénomène en pleine nuit. Une consolation qui vaut d'être signalée, d'autant que cette éclipse encadre, avec celle de juillet, l'événement de l'année : l'éclipse totale de Soleil du 2 août 2027.
Le tableau des trois éclipses lunaires de 2027
| Date | Type et grandeur pénombrale | Horaires (heure de Paris) | Visible depuis la France ? |
|---|---|---|---|
| Samedi 20 février 2027 | Pénombrale, 0,929 | 22 h 12 à 2 h 13, maximum à 0 h 13 | Oui, en métropole, dans de bonnes conditions |
| Dimanche 18 juillet 2027 | Pénombrale rasante, 0,003 | 17 h 54 à 18 h 12, durée 17 min 40 s | Non : Lune sous l'horizon, et invisible partout en pratique |
| Mardi 17 août 2027 | Pénombrale, 0,548 | 7 h 24 à 11 h 03, maximum à 9 h 14 | Non en métropole ; oui aux Antilles et en Guyane |
Pénombrale, partielle, totale : où passe la frontière
Pour comprendre pourquoi 2027 est une année en demi-teinte, il faut se représenter l'ombre que la Terre projette dans l'espace. Elle a deux étages. Au centre, le cône d'ombre proprement dit, appelé ombre ou umbra : là, le Soleil est entièrement caché par la Terre. Tout autour, une zone de transition beaucoup plus large, la pénombre, où le Soleil n'est masqué que partiellement.
- Éclipse totale. La Lune entre en entier dans l'ombre. Elle prend alors sa fameuse teinte cuivrée, due à la lumière solaire filtrée et déviée par l'atmosphère terrestre. C'est le grand spectacle.
- Éclipse partielle. Une partie seulement de la Lune entre dans l'ombre. On voit nettement une échancrure noire progresser sur le disque, comme le 28 août 2026 à 93 %.
- Éclipse pénombrale. La Lune traverse la pénombre sans jamais atteindre l'ombre. Aucun contour net, seulement un voile gris.
Il existe même un seuil de perception documenté : d'après les observations de Fred Espenak, il faut une grandeur pénombrale supérieure à environ 0,6 pour qu'un observateur expérimenté distingue l'assombrissement à l'œil nu. Les trois éclipses de 2027 se répartissent de part et d'autre de cette limite : 0,929 pour février, largement au-dessus ; 0,548 pour août, tout juste en dessous ; 0,003 pour juillet, sans aucun espoir.
Une éclipse pénombrale ne se regarde pas, elle se compare. Deux photos prises à deux heures d'intervalle avec les mêmes réglages en révèlent davantage qu'une heure passée le nez en l'air.
Pourquoi 2027 aligne trois éclipses de Lune
Trois éclipses lunaires sur une même année n'a rien d'un hasard, et tout d'un effet de calendrier. Les éclipses ne se produisent que pendant des fenêtres d'environ un mois, les saisons d'éclipses, qui reviennent deux fois par an lorsque la ligne Terre-Soleil croise le plan de l'orbite lunaire. Chaque saison contient au minimum une éclipse de Soleil et une éclipse de Lune, séparées d'une quinzaine de jours.
En 2027, la seconde saison est particulièrement longue et bien placée : elle démarre juste à temps pour attraper la pleine Lune du 18 juillet à son extrême bord, enchaîne avec la nouvelle Lune du 2 août, celle de l'éclipse totale de Soleil, et se referme sur la pleine Lune suivante du 17 août. Trois éclipses dans une seule saison, dont deux lunaires : c'est cette configuration en sandwich qui gonfle le total de l'année à cinq éclipses.
Et c'est aussi elle qui explique leur médiocrité. Pour qu'une éclipse lunaire soit totale, il faut que la pleine Lune tombe très près du nœud de son orbite. Or, dans une saison qui en héberge trois, les deux éclipses lunaires se placent forcément aux extrémités de la fenêtre, donc loin du nœud, donc à la marge de l'ombre. L'abondance se paie en qualité.
Le matériel : aucune protection, et c'est déjà beaucoup
Voici la meilleure nouvelle de cet article, et le point qui distingue radicalement une éclipse de Lune d'une éclipse de Soleil : aucune protection n'est nécessaire. Aucune. Une éclipse de Lune s'observe à l'œil nu, sans le moindre risque, aussi longtemps qu'on le souhaite. Les lunettes ISO 12312-2 achetées pour le 12 août n'ont ici aucune utilité, et seraient même contre-productives : elles noircissent tellement l'image qu'elles rendraient la Lune totalement invisible.
Ce qui aide réellement, en revanche, tient en trois choses. Une paire de jumelles, même modeste, qui accentue le contraste et rend l'assombrissement pénombral bien plus perceptible. Un endroit sombre, loin des lampadaires, le temps que l'œil s'adapte, ce qui demande une bonne vingtaine de minutes. Et un appareil photo ou un simple smartphone posé sur un support stable, en mode manuel avec des réglages figés d'un cliché à l'autre, pour documenter la progression.
Reste enfin à savoir vers quoi se tourner ensuite, car après cette parenthèse pénombrale, les rendez-vous redeviennent intéressants : une partielle très légère le 12 janvier 2028, une autre le 6 juillet 2028, puis une éclipse totale de Lune le 31 décembre 2028, avec une totalité de 1 heure 11 visible depuis la France en début de soirée. La Lune rouge du réveillon vaudra bien deux ans de patience.
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