Éclipse · Le journal

Deux éclipses en un mois : pourquoi ce n'est pas un hasard, et quand ça se reproduira

Une éclipse de Soleil le 12 août, une éclipse de Lune le 28 : le ciel d'août 2026 semble faire du zèle. En réalité, ce doublé obéit à une mécanique réglée comme une horloge, connue depuis l'Antiquité : les saisons d'éclipses. Explication sans équations, et calendrier des prochaines paires à ne pas manquer.

Main photographiant un coucher de soleil au smartphone
Après l'éclipse de Soleil du 12 août, le ciel offre une éclipse de Lune le 28. Photo : Unsplash.

Le 12 août 2026, des millions de personnes ont suivi l'éclipse de Soleil, totale en Islande et dans le nord de l'Espagne, partielle et impressionnante en France. Seize jours plus tard, au petit matin du 28 août, le ciel remet ça : une éclipse de Lune partielle très profonde, visible depuis l'Hexagone en fin de nuit. Deux éclipses en un mois, coup de chance exceptionnel ?

Pas du tout. Ce rapprochement est la norme, pas l'exception : les éclipses voyagent presque toujours par paires, une solaire et une lunaire, séparées d'une quinzaine de jours. Le phénomène porte même un nom charmant : la saison des éclipses. Pour le comprendre, il suffit de suivre deux fils : l'orbite inclinée de la Lune, et deux points invisibles du ciel que les astronomes appellent les nœuds.

À retenir

  • Les éclipses ne se produisent que lorsque la Lune croise le plan de l'orbite terrestre, en deux points appelés nœuds : cela n'arrive que pendant des fenêtres d'environ un mois, les saisons d'éclipses, deux fois par an.
  • Dans chaque saison, nouvelle lune et pleine lune tombent près d'un nœud : d'où des paires éclipse de Soleil + éclipse de Lune à quinze jours d'écart, comme les 12 et 28 août 2026.
  • Prochaines paires notables : février 2027, l'été 2027 avec trois éclipses, et le duo 31 décembre 2028 + 14 janvier 2029.

Le vrai mystère : pourquoi n'y a-t-il pas une éclipse chaque quinzaine ?

Renversons la question, elle devient lumineuse. Une éclipse de Soleil, c'est la Lune qui passe devant le Soleil : cela ne peut arriver qu'à la nouvelle lune. Une éclipse de Lune, c'est la Lune qui traverse l'ombre de la Terre : cela ne peut arriver qu'à la pleine lune. Or il y a une nouvelle lune et une pleine lune chaque mois. Le vrai mystère n'est donc pas d'avoir deux éclipses en août 2026 : c'est de ne pas en avoir vingt-quatre par an.

La réponse tient à un détail d'architecture céleste : l'orbite de la Lune est inclinée d'environ 5 degrés par rapport au plan de l'orbite terrestre autour du Soleil, l'écliptique. Cinq degrés, cela semble peu ; à l'échelle du ciel, c'est énorme, environ dix diamètres lunaires. La plupart des mois, la nouvelle lune passe donc au-dessus ou en dessous du Soleil, et la pleine lune au-dessus ou en dessous de l'ombre terrestre. Alignement raté, pas d'éclipse : le mois lunaire ordinaire est un rendez-vous manqué perpétuel.

Les nœuds lunaires, gares de triage des éclipses

Puisque l'orbite lunaire est inclinée, elle coupe le plan de l'écliptique en exactement deux points, comme un anneau posé de travers sur un autre anneau. Ces deux points d'intersection sont les nœuds lunaires : le nœud ascendant, où la Lune passe vers le nord, et le nœud descendant, où elle repasse vers le sud. La Lune franchit un nœud environ tous les treize jours et demi ; la plupart du temps, il ne s'y passe rien de spécial.

Tout change quand la ligne qui joint les deux nœuds pointe vers le Soleil. Pendant quelques semaines, les alignements deviennent possibles : si une nouvelle lune survient près d'un nœud, la Lune masque réellement le Soleil, éclipse solaire ; si une pleine lune survient près de l'autre nœud, elle plonge réellement dans l'ombre de la Terre, éclipse lunaire. Cette fenêtre favorable dure 31 à 37 jours : c'est la saison des éclipses. Et comme un mois lunaire complet, de nouvelle lune à nouvelle lune, dure 29 jours et demi, chaque saison attrape forcément au moins une nouvelle lune et une pleine lune. D'où la règle : les éclipses marchent par deux, à environ quinze jours d'intervalle.

Une saison d'éclipses, c'est un mois pendant lequel le ciel ne peut plus rater ses alignements : chaque nouvelle lune éclipse le Soleil, chaque pleine lune traverse l'ombre de la Terre.

Août 2026 en est l'illustration parfaite : nouvelle lune le 12 août près d'un nœud, éclipse de Soleil totale ; pleine lune le 28 août près du nœud opposé, éclipse de Lune partielle de grandeur 0,93 selon l'IMCCE. Et ce n'était pas la première paire de l'année : en février et mars 2026, une éclipse annulaire de Soleil le 17 février avait déjà été suivie d'une éclipse totale de Lune le 3 mars. Deux saisons, deux paires : l'année 2026 a récité sa leçon de mécanique céleste sans une faute.

Pourquoi les saisons reviennent tous les 173 jours, et pas tous les six mois

Si les nœuds restaient fixes, les saisons d'éclipses tomberaient aux mêmes dates chaque année. Or elles glissent : environ 19 jours plus tôt d'une année sur l'autre. La faute à un lent mouvement de toupie : sous l'effet des marées gravitationnelles du Soleil, l'orbite lunaire pivote, et ses nœuds reculent le long de l'écliptique, bouclant un tour complet en 18,6 ans.

Conséquence : le Soleil, vu de la Terre, retrouve un nœud lunaire non pas tous les 182 jours et demi, un semestre, mais tous les 173 jours environ. Les saisons d'éclipses avancent donc dans le calendrier : février-mars puis août en 2026, janvier-février puis juillet-août en 2027, et ainsi de suite. Ce cycle de 346,6 jours, l'« année des éclipses », se combine au mois lunaire pour produire le fameux saros, un cycle de 18 ans et 11 jours au bout duquel une éclipse quasi identique se rejoue, décalée d'un tiers de tour de Terre. Les astronomes babyloniens l'avaient repéré il y a plus de 2 500 ans, sans télescope, à force de tablettes d'argile et de patience.

Quand le doublé se reproduira-t-il ?

Venons-en au calendrier pratique, vérifié auprès des catalogues d'éclipses de référence. La prochaine saison offre son doublé dès février 2027 : une éclipse annulaire de Soleil le 6 février, visible du Pacifique à l'Atlantique sud, suivie d'une éclipse de Lune par la pénombre le 20 février, discrète car sans passage dans l'ombre franche.

L'été 2027 fera beaucoup plus fort, avec une rareté : une saison à trois éclipses. Jugez plutôt :

Trois éclipses en une saison : le tour de passe-passe se produit quand la première éclipse tombe tout au début de la fenêtre de 31 à 37 jours, laissant le temps d'en caser deux autres avant la fermeture. Les éclipses des extrémités sont alors forcément modestes, loin des nœuds, mais celle du centre peut être majestueuse : ce sera le cas le 2 août 2027.

Et pour retrouver une paire vraiment spectaculaire vue de France, guettez le passage 2028-2029 : une éclipse totale de Lune le soir du 31 décembre 2028, entièrement visible depuis la France à une heure confortable, avec 72 minutes de totalité, suivie d'une éclipse partielle de Soleil le 14 janvier 2029, pour l'Amérique cette fois. Une éclipse totale de Lune un soir de réveillon du Nouvel An : le calendrier fait parfois de la mise en scène.

Ce que cette mécanique dit de notre chance

Il y a quelque chose de vertigineux à dérouler cette horlogerie : deux points invisibles qui reculent le long du ciel en 18,6 ans, des fenêtres d'un mois qui glissent dans le calendrier, des alignements au dixième de degré près. Et il y a un hasard authentique, lui, qui rend le spectacle possible : le Soleil est environ 400 fois plus large que la Lune, mais aussi environ 400 fois plus lointain. Vus de la Terre, les deux disques font la même taille apparente. Sans cette coïncidence, aucune éclipse totale de Soleil n'existerait, et les éclipses de Lune seraient notre seul spectacle d'ombres.

Alors le 28 août, en regardant la pleine Lune s'enfoncer dans l'ombre de la Terre au-dessus de l'horizon ouest, vous saurez exactement ce que vous voyez : la seconde moitié d'une paire, le dernier acte de la saison d'éclipses de l'été 2026, réglé depuis des millénaires et prédit à la seconde près. Ce n'est pas un hasard. C'est mieux qu'un hasard : c'est une horloge, et vous savez désormais la lire.

Ciel, santé, argent, psychologie du quotidien : ce journal explore les questions que tout le monde se pose. Pour savoir qui l'écrit, direction ma page auteur.

Portrait de Julien Jimenez

L'auteur

Julien Jimenez

Éditeur de ce site, Julien Jimenez travaille dans le SEO et les médias en ligne depuis 2009. Créateur de NextLevel.link, il écrit ici sur la psychologie du quotidien, l'argent et les questions que tout le monde se pose.