L'été 2026 restera comme celui des éclipses. Après l'éclipse de Soleil du 12 août, totale en Islande et dans le nord de l'Espagne, partielle et spectaculaire en France, c'est au tour de la Lune de passer dans l'ombre. Le vendredi 28 août 2026 au petit matin, notre satellite traverse le cône d'ombre de la Terre : une éclipse partielle de grandeur 0,93 selon l'Institut de mécanique céleste et de calcul des éphémérides (IMCCE), rattaché à l'Observatoire de Paris. Autrement dit, environ 93 % du diamètre lunaire sera plongé dans l'ombre au maximum. On frôle l'éclipse totale.
Il y a toutefois un piège, et il est de taille : vue de France, cette éclipse se joue en toute fin de nuit, avec une Lune très basse sur l'horizon ouest, qui se couche au moment où le Soleil se lève. Pas question, donc, d'improviser à la dernière minute. Voici les horaires précis, phase par phase et ville par ville, et les conseils pour ne pas rater le rendez-vous.
À retenir
- Vendredi 28 août 2026 : la Lune entre dans l'ombre de la Terre à 4 h 34, le maximum a lieu à 6 h 13 (heure de Paris), avec 93 % du diamètre éclipsé.
- La Lune sera très basse à l'ouest et se couchera vers 7 h : un horizon parfaitement dégagé est indispensable.
- La fin de l'éclipse (7 h 52) sera invisible depuis la France : la Lune sera déjà sous l'horizon, en plein lever du jour.
Une éclipse en fin de nuit, à ne pas confondre avec celle du 12 août
Première mise au point : contrairement à l'éclipse de Soleil du 12 août, qui se regardait en plein après-midi avec des lunettes spéciales, celle du 28 août est une éclipse de Lune. Elle s'observe de nuit, à l'œil nu, sans aucune protection. C'est la Terre qui s'intercale cette fois entre le Soleil et la Lune : notre planète projette son ombre dans l'espace, et la pleine Lune vient la traverser.
Le phénomène concerne, au moins en partie, toute la France métropolitaine. Mais la géométrie n'est pas généreuse avec nous : l'éclipse atteint son maximum alors que la Lune s'apprête à se coucher et que l'aube blanchit déjà le ciel. Les Amériques et le Pacifique, où la Lune sera haute en pleine nuit, seront mieux servis. En métropole, il faudra composer avec une fenêtre d'observation courte, entre 4 h 34 et le coucher de la Lune, autour de 7 h selon les villes.
Les horaires des phases, valables partout en France
Les instants des phases d'une éclipse de Lune sont les mêmes pour tous les observateurs, où qu'ils soient : c'est la Lune qui entre dans l'ombre, pas votre ville. Seule change l'heure locale. En heure légale française (UTC+2), les horaires calculés par l'IMCCE sont les suivants :
- 3 h 24 : entrée dans la pénombre. La Lune commence à perdre imperceptiblement de son éclat. À l'œil nu, on ne remarque presque rien avant 4 h.
- 4 h 34 : entrée dans l'ombre. Le vrai spectacle commence : une échancrure sombre grignote le bord de la pleine Lune, et grandit de minute en minute.
- 6 h 13 : maximum de l'éclipse (6 h 12 min 55 s précisément). Environ 93 % du diamètre lunaire est dans l'ombre ; seul un fin croissant du bord sud reste éclairé directement.
- 7 h 52 : sortie de l'ombre. Invisible depuis la France métropolitaine, la Lune étant couchée partout.
- 9 h 02 : sortie de la pénombre. Fin officielle du phénomène, très loin sous notre horizon.
La phase partielle dure au total 3 h 18, mais la France n'en verra que la première moitié, la plus intéressante : celle où l'ombre progresse et où la Lune change littéralement de visage au-dessus de l'horizon ouest.
Ville par ville : jusqu'à quelle heure pourra-t-on observer ?
Ce qui varie d'une ville à l'autre, c'est l'heure du coucher de la Lune et celle du lever du Soleil. Plus on habite à l'est, plus la Lune se couche tôt, mais plus elle se couche éclipsée profondément ; plus on habite à l'ouest, plus on gagne de minutes d'observation. Les valeurs ci-dessous, arrondies à la minute, donnent la situation au 28 août 2026 :
| Ville | Coucher de la Lune | Lever du Soleil | Part du diamètre encore dans l'ombre au coucher |
|---|---|---|---|
| Lille | vers 7 h 02 | vers 6 h 55 | environ 64 % |
| Paris | vers 7 h 08 | vers 7 h 01 | environ 57 % |
| Lyon | vers 7 h 02 | vers 6 h 56 | environ 64 % |
| Bordeaux | vers 7 h 26 | vers 7 h 19 | environ 35 % |
| Marseille | vers 7 h 03 | vers 6 h 58 | environ 62 % |
Deux enseignements. D'abord, partout en France, le maximum de 6 h 13 est théoriquement observable : la Lune est encore levée dans toutes les grandes villes à cet instant. Ensuite, la dernière heure se joue dans un ciel d'aube de plus en plus clair, avec une Lune à quelques degrés au-dessus de l'horizon : à Paris, elle culmine à environ 8 degrés au moment du maximum. Concrètement, les minutes les plus confortables se situent entre 4 h 34 et 6 h, quand le ciel est encore sombre et la Lune un peu plus haute.
Pourquoi la Lune sera si basse, et pourquoi ça change tout
Une éclipse de Lune se produit forcément à la pleine Lune, et une pleine Lune se couche par définition au lever du Soleil : les deux astres sont opposés dans le ciel. Le 28 août, ce mécanisme joue contre nous. À mesure que l'éclipse progresse, la Lune descend vers l'horizon ouest-sud-ouest, pendant que le ciel s'éclaircit côté est. Au maximum, elle ne sera qu'à une poignée de degrés de hauteur : l'équivalent d'une main tendue à bout de bras, poing fermé.
Cette faible hauteur a trois conséquences pratiques. Un : le moindre immeuble, la moindre colline ou rangée d'arbres suffit à masquer le spectacle. Deux : la lumière lunaire traverse une épaisse couche d'atmosphère, ce qui atténue son éclat et peut renforcer les teintes orangées. Trois : la Lune éclipsée, déjà très affaiblie, luttera contre la clarté croissante de l'aube. Autant le dire franchement : les dernières minutes avant le coucher relèveront du défi d'observation, jumelles fortement recommandées.
Le rendez-vous du 28 août tient en une consigne : réveil à 4 h 30, horizon ouest totalement dégagé, et tout se joue avant le lever du jour.
Où se placer : la check-list de l'horizon dégagé
Le choix du site d'observation compte davantage que pour n'importe quelle éclipse haute dans le ciel. L'idéal : un point de vue en hauteur ouvert vers l'ouest et le sud-ouest, sans obstacle jusqu'à l'horizon. Un littoral face à l'Atlantique ou à la Manche est parfait, tout comme une crête, un plateau, le toit-terrasse d'un immeuble ou la rive est d'un grand lac. En ville, fuyez les rues encaissées : montez.
- Repérez votre spot la veille, de jour, en vérifiant la direction ouest-sud-ouest avec la boussole de votre téléphone.
- Arrivez vers 4 h 15, avant l'entrée dans l'ombre, le temps d'habituer vos yeux à l'obscurité.
- Emportez des jumelles : même un modèle 8x40 transforme l'observation d'une Lune basse et assombrie.
- Prévoyez une couche chaude : même fin août, une fin de nuit immobile en extérieur refroidit vite.
- Vérifiez la météo la veille au soir et gardez un plan B à moins d'une heure de route si des nuages bas menacent.
Que verra-t-on exactement à 6 h 13 ?
Au maximum, la Lune n'aura plus rien d'une pleine Lune ordinaire. L'essentiel du disque sera plongé dans l'ombre, avec cette teinte cuivrée caractéristique des éclipses profondes, tandis qu'un mince liseré brillant subsistera sur le bord sud. L'ensemble, posé juste au-dessus de l'horizon dans un ciel d'aube, promet un tableau rare, très photogénique précisément parce que la Lune sera basse : elle se laissera cadrer avec un clocher, une ligne de crête ou la mer.
Ne partez pas trop tôt pour autant. Entre 4 h 34 et 6 h 13, le grignotage progressif du disque est un spectacle en soi, et c'est pendant cette montée en puissance que le ciel encore sombre offre le meilleur contraste. Après le maximum, la clarté du jour prendra rapidement le dessus : la plupart des observateurs perdront la Lune de vue quelques minutes avant son coucher réel.
Et si le ciel est couvert ?
Fin août, les nuits dégagées ne sont pas rares, mais rien n'est garanti. Si la météo trahit votre région, deux solutions. La première : rouler vers un ciel dégagé, les modèles météo de la veille au soir étant généralement fiables sur ce point. La seconde : suivre les retransmissions en direct proposées par les observatoires et les médias spécialisés, qui diffuseront l'éclipse depuis des régions mieux placées.
Et si vous ratez tout ? Consolez-vous : le calendrier céleste des prochaines années est bien rempli, avec notamment une grande éclipse de Soleil en août 2027 et une éclipse totale de Lune, confortablement visible en soirée cette fois, le 31 décembre 2028. Mais une partielle aussi profonde que celle du 28 août, à 93 %, reste un événement à ne pas laisser passer : réglez le réveil.
En résumé : entrée dans l'ombre à 4 h 34, maximum à 6 h 13, coucher de Lune autour de 7 h selon votre ville. L'éclipse du 28 août 2026 se mérite, mais une pleine Lune aux neuf dixièmes dévorée par l'ombre de la Terre, suspendue au ras de l'horizon dans les couleurs de l'aube, vaut largement un réveil aux aurores. Au sens propre.
Ciel, santé, argent, psychologie du quotidien : ce journal explore les questions que tout le monde se pose. Pour savoir qui l'écrit, direction ma page auteur.
