Cent euros par semaine, cela fait un peu plus de quatre cents euros par mois pour se déplacer, se nourrir, se laver et vivre. Le repère revient sans cesse dans les conversations sur la vie en camionnette, et il agit comme un test de sincérité : selon ce que l'on met derrière, il décrit une frugalité réaliste ou une comptabilité qui oublie la moitié des factures.
Le problème n'est pas le chiffre, c'est le périmètre. Un budget hebdomadaire de vie en van dit rarement s'il inclut l'assurance, l'entretien, le contrôle technique, la mutuelle, le téléphone ou l'amortissement du véhicule. Cet article remet ces postes à leur place, montre comment ils s'articulent et pourquoi le carburant commande tout le reste. Il informe et ne remplace pas un conseil juridique ou fiscal.
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- Un budget de 100 € par semaine ne tient que s'il s'agit d'un budget de vie courante, hors assurance, entretien et amortissement du véhicule.
- Avec un gazole autour de 2,20 € le litre en août 2026, chaque plein consomme une part considérable de l'enveloppe hebdomadaire.
- Le vrai levier n'est pas la privation, c'est le kilométrage : rester plus longtemps au même endroit divise mécaniquement la dépense.
- Stationner plus de 7 jours au même endroit sur la voie publique constitue un stationnement abusif, sanctionné par une amende forfaitaire de 35 €.
Ce que contiennent vraiment ces 100 €
Première clarification, et elle change tout : dans l'immense majorité des témoignages, l'enveloppe hebdomadaire couvre les dépenses courantes, c'est-à-dire l'alimentation, le carburant, l'eau, la laverie, le gaz et les petites dépenses de la vie quotidienne. Elle ne couvre ni l'assurance du véhicule, ni le contrôle technique, ni les réparations, ni la mutuelle, ni le forfait téléphonique, ni l'achat de la camionnette et son aménagement.
Ce périmètre n'est pas malhonnête, il est simplement partiel. Un locataire qui annonce dépenser 100 € de courses par semaine ne compte pas son loyer dedans. Le camping-cariste, lui, n'a pas de loyer, mais il a un véhicule qui s'use, se répare et s'assure. La bonne manière de raisonner consiste donc à tenir deux colonnes : le budget hebdomadaire, souple, et le budget annuel de véhicule, rigide, que l'on provisionne chaque mois.
Le carburant, le poste qui décide de tout
C'est là que se joue la faisabilité. Les relevés de prix à la pompe placent le gazole autour de 2,20 € le litre en moyenne nationale en août 2026, et les carburants essence ont repassé la barre des 2 € le litre. Autrement dit, une enveloppe de 100 € représente moins de cinquante litres de gazole. Un seul grand trajet suffit à absorber une semaine entière de budget.
La conséquence pratique est contre-intuitive pour qui découvre ce mode de vie : la vanlife bon marché n'est pas une vanlife qui roule beaucoup, c'est une vanlife qui s'arrête. Les personnes qui tiennent durablement des budgets bas ne parcourent pas la France en tous sens, elles s'installent dix jours ici, deux semaines là, et ne déplacent le véhicule que pour l'eau, les courses et le changement de région. Le kilomètre est la seule dépense qui ne se négocie pas.
Une grille de répartition, à recalculer chez soi
Le tableau ci-dessous n'est pas une moyenne relevée sur un panel : c'est un cadre de travail, une façon de répartir une enveloppe donnée en fonction de ce qui est compressible et de ce qui ne l'est pas. À vous de le remplir avec vos propres tickets, sur quatre semaines, avant d'en tirer la moindre conclusion.
| Poste | Compressible ? | Ce qui le fait déraper |
|---|---|---|
| Carburant | Oui, mais uniquement en réduisant les kilomètres | Un changement de région, un aller-retour familial, l'autoroute |
| Alimentation | Partiellement | Les achats du jour faute de stockage, les commerces de dépannage |
| Eau, gaz, laverie | Peu | L'hiver, la cuisson longue, l'absence de point d'eau gratuit |
| Nuitées et sanitaires | Oui, par alternance | La haute saison, les zones touristiques, les besoins de douche |
| Assurance et entretien | Non | Une panne mécanique, un contrôle technique à repasser |
| Téléphonie et santé | Non | Le besoin de connexion pour travailler, une consultation imprévue |
L'alimentation sans congélateur ni grand frigo
Manger pour trois fois rien dans dix mètres cubes relève d'un savoir-faire particulier. La contrainte n'est pas l'argent, c'est le volume de stockage et l'énergie disponible. Sans congélateur, impossible d'acheter en gros et de lisser. Sans frigo puissant, la viande et les produits laitiers deviennent des achats du jour, donc des achats plus chers au kilo.
Les stratégies qui fonctionnent sont toujours les mêmes : privilégier les denrées sèches qui se conservent sans électricité, cuisiner en une seule casserole pour économiser le gaz, faire ses courses dans les enseignes à bas prix des zones commerciales plutôt que dans les commerces de bord de mer, et accepter une alimentation moins variée en hiver. C'est une frugalité choisie, pas une privation, mais elle demande une organisation qu'aucun budget ne montre.
En camionnette, on ne réduit pas ses dépenses en se privant davantage, on les réduit en roulant moins.
Le stationnement, ce coût qu'on ne voit pas venir
Dormir gratuitement n'est pas un droit acquis, c'est une tolérance encadrée. Une camionnette garée sur la voie publique reste soumise aux règles générales du stationnement. Le stationnement devient abusif dès lors que le véhicule reste au même endroit plus de 7 jours consécutifs, et les communes peuvent abaisser ce seuil par arrêté municipal. L'infraction relève d'une contravention de 2e classe : 35 € d'amende forfaitaire, 75 € en cas de majoration, sans retrait de points, avec une mise en fourrière possible.
À l'échelle d'un budget serré, une seule amende représente plus d'un tiers de la semaine, et une mise en fourrière un mois entier. Le poste stationnement n'est donc pas nul, même quand il paraît gratuit : il se paie en vigilance, en déplacements réguliers et en connaissance des arrêtés locaux, particulièrement stricts dans les communes littorales et touristiques.
L'adresse, le poste invisible
Vivre en véhicule n'exclut pas d'avoir des droits, mais il faut une adresse pour les exercer. Le droit français prévoit l'élection de domicile pour les personnes sans domicile stable, ce qui inclut explicitement celles qui vivent en résidence mobile. La demande se fait auprès du centre communal ou intercommunal d'action sociale, ou d'un organisme agréé par le préfet, sous réserve d'un lien avec la commune : y résider, y travailler, y avoir engagé des démarches sociales, y avoir des attaches familiales ou un enfant scolarisé.
Le dispositif est cadré : un entretien lors de la demande, une décision rendue dans un délai de deux mois, une attestation valable un an et renouvelable, et une obligation de se manifester régulièrement, la domiciliation prenant fin après trois mois sans contact. Elle ouvre l'accès aux papiers d'identité, à l'inscription sur les listes électorales, à l'aide juridictionnelle et aux prestations sociales. C'est une démarche gratuite, mais elle a un coût en temps et en régularité, et beaucoup de projets s'y heurtent la première année.
Ce que le chiffre ne dit pas
Un budget hebdomadaire donne une image nette d'une semaine ordinaire et une image fausse d'une année entière. Les postes qui pèsent le plus lourd sont ceux qui n'arrivent jamais la semaine où on les attend.
- L'usure mécanique : un véhicule habité roule chargé en permanence, ce qui sollicite pneus, freins et suspensions.
- L'hiver : chauffage, gaz, condensation, jours courts, énergie solaire quasi nulle sous nos latitudes en décembre.
- Les frais de santé : ils ne disparaissent pas, ils se compliquent quand on change souvent de département.
- La sortie du dispositif : revenir à un logement classique suppose une caution, un dossier et des justificatifs de domicile.
Cent euros par semaine en camionnette est donc un objectif crédible, à condition d'être honnête sur le périmètre et sur le rythme. Ce mode de vie ne coûte pas cher quand il est lent, et il devient rapidement plus cher qu'un studio quand il roule. Le chiffre à surveiller n'est pas celui du ticket de caisse : c'est le compteur kilométrique. Cet article informe et ne remplace pas un conseil juridique ou fiscal, notamment sur la domiciliation et les droits sociaux.
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