Cuisine · Le journal

Thon, sardine ou maquereau en conserve : lequel est vraiment le plus sain

Les trois boîtes sont alignées dans le même rayon, au même prix ou presque, et passent pour interchangeables. Elles ne le sont pas du tout. Sur les oméga-3, sur le mercure et sur le sel, l'écart entre elles est considérable, et il ne va pas dans le sens que l'on croit.

Boîtes de conserve de poisson ouvertes, sardines et filets de maquereau à l'huile
Trois conserves du même rayon, trois profils nutritionnels qui n'ont presque rien en commun. Photo : Unsplash.

Dans les placards français, ces trois boîtes se disputent la même étagère. Le thon domine largement les ventes, la sardine résiste, le maquereau reste le troisième homme. Interrogé sur celui qui serait « le meilleur pour la santé », presque tout le monde répond spontanément le thon, sans doute parce qu'il est le plus consommé et le plus associé à l'image du repas léger. Les tables de composition alimentaire racontent une histoire très différente.

Trois critères permettent de trancher sérieusement : la teneur en oméga-3 à longue chaîne, l'exposition au mercure, et ce que la mise en conserve ajoute au produit brut, sel et matière grasse en tête. Sur ces trois plans, le thon en conserve arrive systématiquement dernier, et le maquereau termine premier avec une avance qui n'est pas mince. Voici les chiffres et le raisonnement derrière ce classement. Précision utile d'emblée : cet article ne remplace pas un avis médical.

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À retenir

  • Sur les oméga-3, l'écart est massif : la table Ciqual publiée par l'ANSES situe le maquereau autour de 2 600 mg d'EPA et DHA pour 100 g, la sardine autour de 1 800 mg, et le thon en conserve égoutté autour de 200 mg.
  • Le thon est un prédateur sauvage : l'ANSES recommande d'en limiter la consommation en raison du méthylmercure, tandis que la sardine et le maquereau ne font l'objet d'aucune restriction de ce type.
  • Les différences entre marques d'un même poisson peuvent dépasser l'écart entre deux espèces. L'étiquette nutritionnelle mérite un coup d'œil.
  • L'ANSES recommande de manger du poisson deux fois par semaine, dont un poisson gras, et cite la sardine et le maquereau parmi ceux-là.

Oméga-3 : un classement sans appel

C'est le critère qui motive l'essentiel de l'intérêt nutritionnel des conserves de poisson. Les oméga-3 à longue chaîne, l'EPA et le DHA, sont des acides gras que l'organisme ne synthétise qu'en très faible quantité et qu'il faut donc trouver dans l'alimentation. Les poissons gras en sont la source alimentaire principale.

Les valeurs issues de la table de composition Ciqual, publiée par l'ANSES, donnent des ordres de grandeur qui ne prêtent pas à discussion.

Poisson EPA et DHA pour 100 g Lipides totaux
MaquereauEnviron 2 600 mgEnviron 13 g
HarengEnviron 2 000 mgEnviron 9 g
SardineEnviron 1 800 mgEnviron 10 g
Saumon atlantiqueEnviron 1 500 mgEnviron 12 g
Thon fraisEnviron 500 mgEnviron 7 g
Thon en conserve égouttéEnviron 200 mgMoins de 2 g

L'écart entre le maquereau et le thon en conserve est de l'ordre d'un facteur dix. Pour situer ces valeurs par rapport aux besoins, l'EFSA retient un apport de 250 mg d'EPA et de DHA par jour pour le maintien d'une fonction cardiaque normale. Une seule boîte de maquereau couvre donc largement plusieurs jours de ce repère, là où il faudrait en avaler une quantité considérable en thon au naturel pour atteindre le même total.

Pourquoi le thon en conserve en contient si peu

La raison n'est pas que le thon serait un poisson maigre par nature : le thon frais en contient déjà nettement moins que le maquereau, mais pas dix fois moins. Deux facteurs se cumulent au moment de la mise en boîte.

Le premier tient au procédé. Le thon destiné à la conserve est cuit avant d'être mis en boîte, et une partie de sa fraction lipidique, donc de ses oméga-3, part avec les jus de cuisson. Le maquereau et la sardine, eux, sont le plus souvent mis en boîte crus puis stérilisés dans le contenant fermé : le gras qui sort du poisson reste dans la boîte, mêlé à l'huile ou à la sauce, et se retrouve dans l'assiette.

Le second tient à ce qu'on jette. Un thon au naturel s'égoutte, et l'eau de couverture emporte le peu de matière grasse qui avait migré. Une sardine à l'huile, si l'on garde un peu de son huile pour assaisonner une salade ou tartiner du pain, restitue davantage de sa richesse initiale. Ce détail explique une partie du gouffre observé dans les tables de composition.

Mercure : la ligne de partage la plus nette

C'est ici que la comparaison cesse d'être une affaire de préférence. Le méthylmercure se concentre le long de la chaîne alimentaire marine : plus un poisson est gros, vieux et prédateur, plus il en accumule. Un thon chasse d'autres poissons pendant des années ; une sardine se nourrit de plancton et vit peu de temps.

L'ANSES traduit ce mécanisme en recommandations concrètes. Elle invite à limiter la consommation de poissons prédateurs sauvages, et cite explicitement le thon aux côtés de la bonite, de la raie, de la dorade, du bar, de la lotte, de l'empereur et du brochet. Elle recommande par ailleurs d'éviter certaines espèces, requin, lamproie, espadon, marlin et siki. La sardine et le maquereau ne figurent dans aucune de ces deux listes : au contraire, ils apparaissent parmi les poissons gras riches en oméga-3 dont l'agence recommande la consommation.

La vigilance est renforcée pour trois publics : les femmes enceintes, les femmes allaitantes et les enfants de moins de trois ans, pour lesquels l'agence recommande de limiter les prédateurs sauvages, d'éviter totalement les grands prédateurs et de diversifier les espèces comme les lieux d'approvisionnement. Toute question personnelle sur ce point relève d'un professionnel de santé.

Entre deux boîtes du même poisson, l'écart de teneur en oméga-3 peut dépasser celui qui sépare deux espèces différentes : l'étiquette compte autant que le nom sur le couvercle.

Une variabilité entre marques que personne ne soupçonne

Le classement par espèce donne la tendance, mais il masque une réalité déroutante. L'organisation britannique de consommateurs Which? a analysé plus de quatre-vingt-dix conserves de poisson et relevé des écarts spectaculaires à l'intérieur d'une même catégorie.

La conclusion pratique est simple : une conserve de sardine bien choisie peut battre une conserve de maquereau mal choisie. Le tableau nutritionnel obligatoire figure sur toutes les boîtes ; la ligne « acides gras oméga-3 », lorsqu'elle est mentionnée, mérite plus d'attention que le prix.

Ce que la boîte ajoute : sel, huile et arêtes

Au-delà du poisson lui-même, la conserve apporte ses propres variables, et celles-ci se lisent toutes sur l'étiquette.

Le sel est la première d'entre elles. La stérilisation n'exige pas de salage important, mais les recettes du commerce en ajoutent volontiers pour le goût, et les préparations aromatisées, sauces tomate, escabèche, marinades, en contiennent souvent davantage. C'est le point sur lequel une conserve peut perdre en quelques secondes tout le bénéfice de sa richesse en oméga-3, en particulier pour les personnes qui surveillent leur tension. La comparaison de deux étiquettes suffit à écarter les produits les plus salés.

La matière grasse de couverture est la deuxième. Une sardine à l'huile d'olive vierge extra apporte une huile intéressante ; une sardine à l'huile de tournesol ou à l'huile végétale non spécifiée apporte une huile beaucoup plus banale. Le « au naturel » n'est pas automatiquement supérieur : il réduit l'apport calorique, mais il ne conserve pas mieux les oméga-3 du poisson, et il rend la chair plus sèche.

Les arêtes constituent le troisième point, et c'est un avantage propre à la sardine et, dans une moindre mesure, au maquereau. La stérilisation les attendrit au point de les rendre parfaitement comestibles, et les tables de composition attribuent de ce fait aux sardines consommées entières une teneur en calcium sans équivalent dans le rayon poisson. C'est un argument nutritionnel réel, et il disparaît entièrement si l'on prend la peine de les retirer.

Le verdict, usage par usage

Un classement général a peu de sens si l'on ne dit pas à quoi sert chaque boîte. Voici la synthèse pratique.

La stratégie la plus solide consiste donc à inverser les habitudes du rayon : faire du maquereau et de la sardine les conserves du quotidien, et du thon la conserve occasionnelle, celle qu'on garde pour une salade de pâtes ou un sandwich. L'ANSES recommande de manger du poisson deux fois par semaine, dont un poisson gras riche en oméga-3, et cite la sardine et le maquereau parmi les espèces à privilégier. Autant suivre la liste plutôt que l'habitude.

Un dernier mot pour remettre les choses en proportion. Aucune de ces trois conserves n'est un mauvais aliment, et toutes valent mieux que l'absence totale de poisson dans une semaine. Le classement présenté ici sert à orienter un choix au rayon, pas à instaurer une hiérarchie morale entre des produits qui ont tous leur place. Pour toute question liée à un régime particulier, à une grossesse ou à un traitement en cours, un professionnel de santé reste l'interlocuteur : cet article ne remplace pas un avis médical.

Cuisine, maison, argent, psychologie du quotidien : ce journal explore les questions que tout le monde se pose. Pour savoir qui l'écrit, direction ma page auteur.

Portrait de Julien Jimenez

L'auteur

Julien Jimenez

Éditeur de ce site, Julien Jimenez travaille dans le SEO et les médias en ligne depuis 2009. Créateur de NextLevel.link, il écrit ici sur la psychologie du quotidien, l'argent et les questions que tout le monde se pose.