Société · Le journal

Ces serpents de deux mètres s'installent près des lacs : ce qu'il faut savoir

Chaque été, les mêmes images circulent : un long serpent qui traverse un plan d'eau, tête dressée, sillage en V derrière lui. Derrière la frayeur, il y a presque toujours la même espèce, protégée, non venimeuse, et bien plus utile qu'on ne le croit. Voici comment la reconnaître et quoi faire si elle s'installe près de chez vous.

Couleuvre nageant à la surface d'un plan d'eau, tête hors de l'eau et corps ondulant
Les couleuvres d'eau nagent tête émergée, un sillage en V dans leur dos, ce qui les rend très visibles. Photo : Unsplash.

La scène revient chaque été, du lac du Bourget aux étangs de la Dombes, des gravières de la Loire aux retenues du Sud-Ouest : un baigneur aperçoit un long serpent qui file à la surface, tête hors de l'eau, et la photo part aussitôt dans les groupes de village. Suivent les commentaires alarmés, les estimations de taille qui gonflent d'un message à l'autre, et parfois la pire des réactions, celle qui consiste à vouloir le tuer.

Or le serpent en question n'a presque jamais rien d'un danger. En France métropolitaine, les grands serpents qui fréquentent les bords de lacs sont des couleuvres, non venimeuses, et l'espèce la plus concernée porte un nom que peu de gens connaissent depuis son changement récent : la couleuvre helvétique, longtemps appelée couleuvre à collier. Reprenons calmement ce que l'on sait d'elle, ce qui relève de la légende, et ce que dit très précisément la loi.

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À retenir

  • Les grands serpents des bords de lacs français sont des couleuvres non venimeuses, principalement la couleuvre helvétique, ex-couleuvre à collier.
  • Les plus grandes femelles peuvent approcher les deux mètres, mais la très grande majorité des adultes observés restent bien en dessous.
  • Tous les reptiles indigènes sont protégés par l'arrêté du 8 janvier 2021. Détruire un spécimen expose, selon l'article L415-3 du code de l'environnement, à trois ans d'emprisonnement et 150 000 euros d'amende.

Qui sont ces serpents que l'on voit nager

Deux espèces se partagent l'essentiel des observations en bord d'eau. La couleuvre helvétique, Natrix helvetica, est la plus grande et la plus repérable. L'Office français de la biodiversité la décrit comme une espèce des zones humides, bords de cours d'eau, mares et étangs, capable aussi de fréquenter des milieux plus secs comme les landes et les haies. Les adultes chassent surtout des vertébrés aquatiques, amphibiens et poissons d'eau douce, tandis que les jeunes se contentent de larves de tritons et de têtards.

La seconde est la couleuvre vipérine, Natrix maura, nettement plus petite et encore plus liée à l'eau. Son nom lui joue un très mauvais tour : elle porte des motifs dorsaux en zigzag qui imitent ceux d'une vipère, et c'est précisément la stratégie évolutive qui lui sert de défense. Elle n'est pas venimeuse non plus, et le bluff fonctionne si bien qu'elle est régulièrement tuée par erreur.

Aucune de ces deux espèces n'est dangereuse pour l'homme. Elles n'ont ni crochets à venin, ni comportement offensif. Ce qui frappe, chez elles, c'est uniquement la silhouette : un long corps qui ondule à la surface, la tête bien dressée, et un sillage en V qui donne l'impression d'un animal beaucoup plus imposant qu'il ne l'est réellement.

Deux mètres, vraiment ?

C'est le chiffre qui circule, et il mérite une nuance. La couleuvre helvétique compte effectivement parmi les plus grands serpents de France, avec des femelles qui dépassent largement le mètre et, pour les plus grands individus, peuvent approcher les deux mètres. Mais il s'agit d'un maximum, pas d'une moyenne. Les fiches de l'Office français de la biodiversité rappellent d'ailleurs que les mesures varient selon le climat, l'altitude et la latitude.

Deux biais gonflent les estimations sur le terrain. D'abord, un serpent qui nage paraît systématiquement plus long, parce que le corps ondule sur toute sa longueur au lieu d'être ramassé. Ensuite, la peur dilate les souvenirs : une couleuvre d'un mètre vingt aperçue trois secondes devient volontiers un serpent de deux mètres dans le récit du soir.

Sur un plan d'eau, la règle est simple : plus le serpent vous impressionne, plus il est probable que ce soit une couleuvre inoffensive plutôt qu'une vipère.

Couleuvre ou vipère : les critères que retiennent les naturalistes

La distinction se fait sur un faisceau d'indices, jamais sur un seul. Et surtout, aucun de ces critères ne se vérifie en s'approchant : ils s'observent à distance, ou sur une photo prise au zoom.

Critère Couleuvres d'eau Vipères
Taille adulte courante souvent au-delà du mètre généralement bien en dessous
Pupille ronde fendue verticalement
Dessus de la tête quelques grandes plaques régulières nombreuses petites écailles
Silhouette générale corps élancé, queue longue et effilée corps trapu, queue courte et nettement distincte
Rapport à l'eau nage volontiers et chasse dans l'eau peut nager mais ne vit pas dans l'eau

Un dernier repère vaut pour toutes les situations : en France, aucune espèce de serpent n'attaque spontanément un humain. Les rares morsures surviennent quand l'animal est saisi, écrasé ou acculé. Le meilleur geste de sécurité reste donc l'inverse de l'identification rapprochée, c'est-à-dire s'écarter tranquillement.

Pourquoi elles s'installent au bord des lacs

Rien de mystérieux : elles suivent leur garde-manger. Une couleuvre helvétique se nourrit essentiellement de grenouilles, de crapauds et de poissons. Un plan d'eau bordé de roseaux, un étang de pêche, une gravière réhabilitée ou une mare de jardin avec des amphibiens constituent pour elle un habitat de premier choix. Ajoutez-y une berge exposée au sud, un tas de bois, une pierre plate ou un tas de compost qui monte en température, et vous obtenez le site parfait : nourriture, cachettes et zones de thermorégulation au même endroit.

Leur présence est plutôt un indicateur favorable. Un serpent d'eau installé signale une zone humide fonctionnelle, avec des amphibiens en nombre suffisant pour nourrir un prédateur. C'est aussi un régulateur discret des populations de rongeurs sur certaines berges.

Leur arsenal de défense est un théâtre

Surprise, une couleuvre d'eau déploie un répertoire impressionnant et totalement inoffensif. Elle gonfle son corps, souffle bruyamment, et peut lancer des coups de tête bouche fermée, une intimidation sans morsure. Si cela ne suffit pas, elle libère par ses glandes cloacales un liquide à l'odeur particulièrement tenace, dissuasif pour un prédateur. Et si la menace persiste, elle peut se retourner sur le dos, bouche entrouverte et langue pendante, dans une simulation de mort connue sous le nom de thanatose.

Ce répertoire raconte l'essentiel : ces serpents ne disposent d'aucune arme réelle, et l'ensemble de leur stratégie consiste à convaincre qu'ils ne valent pas le déplacement. Une morsure défensive reste possible si l'animal est saisi à mains nues, mais elle se limite à des griffures superficielles sans injection de venin. Comme pour toute plaie, un nettoyage et un avis médical s'imposent en cas de doute, en particulier si la vaccination antitétanique n'est pas à jour. Cet article ne remplace évidemment pas un avis médical.

Ce que dit la loi, et elle est stricte

C'est le point le plus mal connu du grand public. En France, les reptiles indigènes bénéficient d'une protection réglementaire fixée par l'arrêté du 8 janvier 2021, pris en application de l'article L411-1 du code de l'environnement. La couleuvre helvétique et la couleuvre vipérine en font partie. Concrètement, il est interdit de les tuer, de les capturer, de les transporter, de les détenir, et souvent de dégrader leur habitat.

Les sanctions ne sont pas symboliques. L'article L415-3 du code de l'environnement punit de trois ans d'emprisonnement et de 150 000 euros d'amende les atteintes portées à des spécimens d'espèces protégées ou à leurs habitats. La jurisprudence est allée jusqu'à considérer que la destruction sans dérogation d'un seul spécimen suffit à caractériser l'infraction. Ce paragraphe informe et ne remplace pas un conseil juridique.

Que faire si vous en croisez une

Un mot sur la coexistence, enfin. Si vous ne souhaitez pas voir de serpents s'installer durablement, la solution n'est pas la destruction mais la gestion du terrain : tas de bois et compost éloignés de la maison, herbes hautes fauchées près des accès, abords de piscine dégagés. On agit sur l'attrait du lieu, pas sur l'animal.

En résumé : ces grands serpents de bord de lac impressionnent, mais ils sont non venimeux, protégés, et leur simulacre de menace est un pur bluff. La bonne réaction tient en trois mots : s'écarter, photographier, signaler.

Nature, argent, société : ce journal explore les questions que tout le monde se pose. Pour savoir qui l'écrit, direction ma page auteur.

Portrait de Julien Jimenez

L'auteur

Julien Jimenez

Éditeur de ce site, Julien Jimenez travaille dans le SEO et les médias en ligne depuis 2009. Créateur de NextLevel.link, il écrit ici sur la psychologie du quotidien, l'argent et les questions que tout le monde se pose.