Éclipse · Le journal

Le selfie avec l'éclipse en fond : pourquoi c'était le cadrage le plus risqué de la journée

Hier, pendant l'éclipse du 12 août 2026, les réseaux sociaux se sont couverts de selfies avec le croissant solaire en arrière-plan. Un geste qui paraît prudent, puisqu'on tourne le dos au Soleil. Sauf que les ophtalmologistes alertent depuis 2017 : c'est précisément ce cadrage qui multiplie les coups d'œil non protégés.

Groupe d'amis prenant un selfie en extérieur
Le selfie d'éclipse donne l'illusion de la sécurité : on tourne le dos au Soleil, mais les yeux, eux, y reviennent sans cesse. Photo : Unsplash.

Sur le papier, c'était la photo parfaite de l'été : soi-même au premier plan, et derrière l'épaule, le Soleil rongé par la Lune lors de l'éclipse du 12 août 2026, totale en Islande et dans le nord de l'Espagne, partielle à plus de 90 % sur la quasi-totalité de la France. Et sur le papier toujours, le selfie semblait être l'option prudente : puisqu'on tourne le dos au Soleil pour se photographier, on ne le regarde pas. Logique imparable ?

Pas pour les ophtalmologistes. Depuis l'éclipse américaine de 2017, et de nouveau avant celle d'avril 2024, les spécialistes de la rétine répètent que le selfie d'éclipse est l'un des gestes les plus piégeux de la journée. Non pas parce que le téléphone serait dangereux en lui-même, mais à cause de ce que ce cadrage fait faire à nos yeux : se retourner, vérifier, lever le regard « juste une seconde », recommencer. Si vous avez multiplié les selfies hier, voici ce qu'il faut comprendre, et surveiller. Cet article informe, il ne remplace évidemment pas un avis médical.

À retenir

  • Le danger du selfie d'éclipse ne vient pas de l'écran, mais des regards répétés à l'œil nu vers le Soleil pour vérifier le cadrage : ces expositions brèves s'additionnent.
  • Dès 2017, le rétinologue Tongalp Tezel (université Columbia) mettait en garde contre les selfies d'éclipse, rappelant qu'Isaac Newton se serait abîmé la vue en observant le reflet d'une éclipse dans un étang.
  • Tache centrale, flou, lignes déformées dans les jours qui viennent : consultez rapidement un ophtalmologiste. L'absence de douleur ne prouve rien.

Dos au Soleil, mais pas à l'abri : le paradoxe du selfie

Reconstituons la scène telle qu'elle s'est jouée le soir de l'éclipse sur des milliers de places, de plages et de balcons. Vous tendez le bras, écran face à vous, dos au Soleil. Premier essai : le croissant n'est pas dans le cadre. Vous vous retournez pour repérer sa position dans le ciel. Deuxième essai : il est caché par votre tête. Nouveau coup d'œil par-dessus l'épaule. Troisième essai : un nuage arrive, vite, on recommence. En deux minutes de séance photo, vos yeux ont fixé le Soleil cinq ou six fois, sans aucune protection.

C'est exactement le mécanisme que décrivaient les experts interrogés avant l'éclipse nord-américaine de 2024 : pendant qu'on compose l'image, on regarde par-dessus le bord de l'écran, on incline le visage pour améliorer le cadrage, et les yeux se retrouvent exposés avant même qu'on s'en aperçoive. Le téléphone donne un sentiment d'intermédiaire protecteur, alors qu'il ne contrôle en rien la lumière qui atteint directement la rétine. Et une éclipse partielle aggrave le piège : la baisse de luminosité rend le croissant fixable sans éblouissement insupportable, alors que sa surface reste aussi lumineuse que le Soleil ordinaire.

Ce que disent les ophtalmologistes depuis 2017

La mise en garde n'a rien de théorique. En août 2017, avant la grande éclipse américaine, le centre médical de l'université Columbia publiait un avertissement resté célèbre, signé du professeur de rétinologie Tongalp Tezel : beaucoup de gens pensent qu'un selfie est sans risque puisqu'ils ne regardent pas directement le Soleil, expliquait-il en substance, mais la séance expose malgré tout les yeux, et il rappelait qu'un regard vers l'éclipse pendant la composition peut provoquer une brûlure solaire de la rétine, avec à la clé vision floue, voire perte de la vision centrale.

Pour frapper les esprits, le même spécialiste convoquait un précédent historique : Isaac Newton se serait endommagé la vue en observant le reflet d'une éclipse à la surface d'un étang, « l'équivalent archaïque de l'écran de téléphone ». En 2024, avant l'éclipse du 8 avril, l'Académie américaine d'ophtalmologie et de nombreux confrères ont réitéré le message sous une autre forme : un coup d'œil isolé ne suffit généralement pas à léser la rétine, mais les regards répétés finissent par franchir le seuil critique, et nul ne sait à l'avance où se situe le sien.

Le selfie d'éclipse est une illusion d'optique comportementale : on croit tourner le dos au danger, alors qu'on s'invente dix bonnes raisons de le regarder en face.

Et le reflet de l'écran, dans tout ça ?

Un mot sur l'argument le plus discuté de l'alerte de 2017 : le professeur Tezel évoquait aussi la lumière du Soleil renvoyée par l'écran du téléphone vers le visage. Faut-il en conclure que le reflet sur l'écran peut brûler la rétine ? Sur ce point précis, les avis publiés depuis sont plus nuancés : un écran de smartphone ne réfléchit qu'une petite fraction de la lumière incidente, et l'image du Soleil qu'on y regarde, celle produite par la caméra, n'est jamais plus lumineuse que l'écran lui-même, donc sans danger.

Le consensus des messages de prévention de 2024 tient en une phrase : le vrai risque du selfie n'est pas dans le téléphone, il est autour du téléphone. C'est l'œil qui quitte l'écran pour chercher le Soleil dans le ciel, le regard qui déborde du cadre, la vérification « en vrai » entre deux clichés. Autrement dit, un problème de comportement plus que de physique. C'est d'ailleurs pour cela que la parade est si simple, comme on va le voir.

Comment faire un selfie d'éclipse sans risque

Bonne nouvelle pour l'éclipse du 2 août 2027, qui offrira à nouveau une belle phase partielle à la France : le selfie d'éclipse sûr existe. Il repose sur une discipline simple, résumée par les recommandations des sociétés d'ophtalmologie et des agences spatiales :

Vous avez multiplié les selfies hier : que surveiller maintenant ?

Si votre séance photo d'hier s'est faite dans les règles, ou si vos regards vers le ciel se comptent sur les doigts d'une main et ont duré une fraction de seconde, le scénario le plus probable est qu'il ne se passera rien. En revanche, si vous avez enchaîné les cadrages avec de vrais coups d'œil au Soleil, restez attentif quelques jours : la rétinopathie solaire est indolore, la rétine n'ayant pas de récepteurs de la douleur, et ses signes apparaissent souvent plusieurs heures à plusieurs jours après l'exposition.

Les symptômes qui doivent conduire à consulter rapidement un ophtalmologiste ou des urgences ophtalmologiques : une tache sombre ou floue au centre de la vision, une baisse de netteté pour lire, des lignes droites qui ondulent, des couleurs ternies, une gêne durable à la lumière. Testez chaque œil séparément, par exemple face à un quadrillage. Et en attendant un éventuel rendez-vous, pas d'automédication : aucun collyre ne répare une rétine. Encore une fois, cet article ne remplace pas un avis médical : au moindre doute, ce sont les professionnels de la vue qui tranchent.

Moralité pour 2027 : la meilleure photo d'éclipse n'est pas celle où l'on voit le mieux le Soleil, c'est celle qu'on peut regarder ensuite avec des yeux intacts. Lunettes certifiées vissées sur le nez, regard rivé à l'écran, et le selfie du siècle n'aura rien coûté à votre rétine.

Santé, argent, psychologie du quotidien : ce journal explore les questions que tout le monde se pose. Pour savoir qui l'écrit, direction ma page auteur.

Portrait de Julien Jimenez

L'auteur

Julien Jimenez

Éditeur de ce site, Julien Jimenez travaille dans le SEO et les médias en ligne depuis 2009. Créateur de NextLevel.link, il écrit ici sur la psychologie du quotidien, l'argent et les questions que tout le monde se pose.