Pendant deux ans, les personnes nées entre 1964 et 1968 ont regardé approcher un calendrier qui les rapprochait, trimestre après trimestre, des 64 ans. La réforme de 2023 relevait l'âge légal de trois mois par génération, et ces cinq années de naissance en constituaient le cœur. Puis la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, promulguée le 30 décembre 2025, a suspendu une partie de ce calendrier.
Le résultat n'est pas un retour en arrière général. C'est un décalage, qui bénéficie précisément à ces générations et s'applique aux pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026. Pour les personnes nées en 1963 et avant, rien ne change. Pour celles nées à partir de 1969, l'âge légal reste fixé à 64 ans, sauf nouvelle loi. Précision indispensable : cet article informe, il ne remplace pas un conseil juridique ou fiscal, et seule votre caisse de retraite peut valider votre situation personnelle.
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- Les personnes nées jusqu'au 31 mars 1965 relèvent d'un âge légal de 62 ans et 9 mois et de 170 trimestres.
- Nées du 1er avril au 31 décembre 1965 : 63 ans et 171 trimestres.
- Générations 1966, 1967 et 1968 : respectivement 63 ans et 3 mois, 63 ans et 6 mois et 63 ans et 9 mois, avec 172 trimestres.
- Le taux plein reste acquis automatiquement à 67 ans, quel que soit le nombre de trimestres.
Ce que la suspension a changé, et à partir de quand
La réforme de 2023 avait posé une progression mécanique : trois mois d'âge légal supplémentaires par génération, jusqu'à 64 ans pour les personnes nées à partir de 1968. La loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 a interrompu cette montée pour cinq générations, en décalant le calendrier de l'équivalent d'environ une génération.
Deux points méritent l'attention. D'abord, la mesure ne s'applique pas rétroactivement : elle concerne les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026. Une personne partie avant cette date ne bénéficie pas du nouveau calendrier. Ensuite, le gain n'est pas identique pour tout le monde. Certaines générations gagnent à la fois sur l'âge et sur le nombre de trimestres exigés, d'autres uniquement sur l'âge. C'est cette asymétrie qui rend le sujet confus, et qui explique que deux personnes nées la même année, à quelques mois d'écart, ne partent pas dans les mêmes conditions.
L'âge légal, génération par génération
Voici le calendrier tel qu'il est publié par l'administration française. Ces valeurs correspondent à l'âge minimum à partir duquel il devient possible de demander la liquidation de sa pension dans le régime général, hors dispositifs de départ anticipé.
| Période de naissance | Âge légal de départ | Trimestres requis pour le taux plein |
|---|---|---|
| 1er janvier 1963 au 31 mars 1965 | 62 ans et 9 mois | 170 trimestres (42 ans et 6 mois) |
| 1er avril 1965 au 31 décembre 1965 | 63 ans | 171 trimestres (42 ans et 9 mois) |
| 1966 | 63 ans et 3 mois | 172 trimestres (43 ans) |
| 1967 | 63 ans et 6 mois | 172 trimestres (43 ans) |
| 1968 | 63 ans et 9 mois | 172 trimestres (43 ans) |
| À partir du 1er janvier 1969 | 64 ans | 172 trimestres (43 ans) |
Deux enseignements sautent aux yeux. Le premier : la génération 1964 est intégralement rattachée au palier des 62 ans et 9 mois, ce qui la place dans la même situation que les personnes nées en 1963. Le second : à l'intérieur de l'année 1965, une frontière passe au 1er avril. Un anniversaire décalé de quelques semaines suffit à changer de palier, sur l'âge comme sur la durée. Le calendrier officiel est consultable sur service-public.gouv.fr.
Dans ces cinq générations, la date de naissance ne se compte pas en années mais en trimestres : quelques semaines d'écart valent parfois trois mois de travail en plus.
La durée d'assurance, l'autre curseur
Atteindre l'âge légal ne suffit pas à partir dans de bonnes conditions. Il faut aussi réunir la durée d'assurance requise, exprimée en trimestres, pour obtenir le taux plein. À défaut, la pension subit une décote, dont l'effet est définitif : elle ne disparaît pas avec le temps.
C'est sur ce point que le bénéfice de la suspension est le plus tangible. Les personnes nées en 1964 et jusqu'au 31 mars 1965 relèvent désormais de 170 trimestres, alors que le calendrier issu de la réforme de 2023 les conduisait vers 171 ou 172. Un trimestre en moins représente trois mois de cotisation évités, ce qui peut se traduire par un départ avancé d'autant, à condition que l'âge légal soit atteint. Pour les générations 1966 à 1968, en revanche, la durée reste fixée à 172 trimestres : leur gain porte uniquement sur l'âge.
Un troisième repère complète le tableau, et il est souvent le plus décisif dans les carrières hachées : l'âge du taux plein automatique. À 67 ans, le taux plein est acquis quel que soit le nombre de trimestres validés. Ce filet de sécurité n'a pas été modifié. Pour une personne à qui il manque de nombreux trimestres, l'arbitrage ne se joue donc pas entre 63 et 64 ans, mais entre partir avec décote ou attendre 67 ans.
Carrière longue : la principale porte de sortie avant l'âge légal
Le dispositif de départ anticipé pour carrière longue reste le mécanisme le plus mobilisé pour partir avant l'âge légal. Son principe n'a pas changé : il s'adresse aux personnes ayant commencé à travailler jeune, avec plusieurs paliers d'entrée dans la vie active, et il repose sur deux conditions strictement cumulatives.
- Avoir validé un nombre minimal de trimestres avant un âge donné, en général cinq trimestres avant la fin de l'année civile du seizième, dix-huitième, vingtième ou vingt et unième anniversaire selon le palier visé.
- Réunir la durée d'assurance cotisée exigée pour sa génération. Remplir une seule des deux conditions ne suffit jamais.
- Une tolérance existe pour les personnes nées au dernier trimestre de l'année, pour lesquelles quatre trimestres suffisent au titre de la première condition.
La suspension du calendrier a également décalé les âges de départ anticipé, puisque ceux-ci sont construits par référence à l'âge légal. Les nouvelles bornes s'appliquent, comme le reste du dispositif, aux pensions prenant effet à partir du 1er septembre 2026. Les valeurs précises par génération et par palier étant fixées par voie réglementaire et régulièrement ajustées, mieux vaut les faire confirmer par sa caisse plutôt que se fier à un tableau trouvé en ligne : c'est le type d'information qui devient obsolète en quelques mois.
Les autres situations qui permettent de partir plus tôt
La carrière longue n'est pas la seule voie. Plusieurs dispositifs permettent un départ avant l'âge légal, chacun avec ses propres conditions d'ouverture. L'incapacité permanente reconnue à la suite d'un accident du travail ou d'une maladie professionnelle en ouvre une. L'inaptitude au travail, constatée médicalement, permet d'obtenir le taux plein sans remplir la condition de durée. Les assurés justifiant d'un taux d'incapacité permanente suffisant au titre du handicap, sur une durée d'assurance déterminée, disposent d'un régime spécifique. Enfin, certaines fonctions relevant de catégories actives dans le secteur public conservent des âges d'ouverture particuliers.
À noter également, dans la fiche officielle consacrée à l'âge de départ, une disposition qui concerne directement les générations visées ici : les personnes nées à partir du 1er avril 1965 justifiant d'au moins un trimestre de majoration de durée d'assurance au titre de la parentalité peuvent voir leur âge minimum de départ abaissé d'un an. Compte tenu de sa portée, c'est typiquement le point à faire vérifier auprès de sa caisse avant toute décision.
Les trimestres oubliés qui font gagner des mois
Dans la pratique, ce n'est pas la loi qui décide de la date de départ, c'est le relevé de carrière. Or ce relevé comporte fréquemment des manques, et chaque trimestre retrouvé peut rapprocher la date de plusieurs semaines, voire supprimer une décote. Les oublis les plus courants sont toujours les mêmes.
- Périodes d'apprentissage et de stages anciens, souvent mal reportées.
- Service militaire, jobs d'été et emplois saisonniers du début de carrière.
- Périodes de chômage indemnisé, d'arrêt maladie, de maternité ou d'invalidité.
- Majorations de durée d'assurance liées aux enfants, y compris pour l'éducation.
- Trimestres acquis à l'étranger, notamment dans un autre État de l'Union européenne.
La démarche à mener est toujours la même : télécharger son relevé de carrière depuis l'espace personnel de l'assurance retraite, le comparer aux bulletins de salaire et aux attestations conservées, puis demander une régularisation en fournissant les pièces. C'est fastidieux, mais c'est le seul levier qui produise un effet immédiat et vérifiable sur la date de départ.
Ce qui reste incertain au-delà de 1968
Le mot suspension mérite d'être pris au sérieux : il ne signifie pas abrogation. Le calendrier de la réforme de 2023 n'a pas disparu, il a été décalé pour cinq générations. Pour les personnes nées à partir de 1969, l'âge légal de 64 ans et la durée de 172 trimestres demeurent la règle en l'état du droit.
Cela signifie aussi que rien n'est définitivement figé pour les générations concernées. Une future loi de financement de la sécurité sociale peut prolonger la suspension, la modifier ou y mettre fin. Pour qui envisage un départ dans les mois qui viennent, la conséquence pratique est claire : la date d'effet de la pension compte autant que la date de naissance, puisque c'est elle qui détermine le régime applicable. Un départ demandé pour une prise d'effet antérieure au 1er septembre 2026 ne relève pas des nouvelles règles.
Dernier conseil de méthode, valable quelle que soit la génération : demandez une estimation indicative globale auprès de votre régime, testez plusieurs dates de départ dans le simulateur officiel, et comparez ce que chaque scénario donne en pension nette mensuelle. Trois mois d'écart sur la date changent parfois beaucoup moins le montant qu'on ne l'imagine, et parfois beaucoup plus.
En résumé : les générations 1964 à 1968 partent désormais entre 62 ans et 9 mois et 63 ans et 9 mois selon leur date de naissance, avec 170 à 172 trimestres requis, pour les pensions prenant effet à partir du 1er septembre 2026. Les chiffres cités ici proviennent des fiches officielles en vigueur à la date de publication ; ils peuvent évoluer, et cet article ne remplace pas un conseil juridique ou fiscal.
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