Éclipse · Le journal

Après le 28 août : la prochaine éclipse de Lune visible en France, et celle qu'il ne faut pas rater

Cette nuit, la Lune se couche en pleine éclipse et prive toute la France de la fin du spectacle. La question suit aussitôt : et la prochaine ? La réponse tient en quatre dates, dont trois sont des fausses joies. La bonne, elle, est à noter tout de suite.

Composition en arc de cercle montrant les phases successives d'une éclipse de Lune, du disque gris entier au disque cuivré de la totalité
Une éclipse de Lune s'observe à l'œil nu, sans le moindre filtre. Photo : Unsplash.

Le rendez-vous est pris pour cette nuit. Dans la nuit du jeudi 27 au vendredi 28 août 2026, la Lune traverse l'ombre de la Terre. Selon les éphémérides de l'IMCCE : entrée dans la pénombre à 3 h 23, entrée dans l'ombre à 4 h 33, maximum à 6 h 12, heure de Paris. À cet instant précis, 96,2 % du diamètre du disque lunaire baigne dans l'ombre de notre planète, pour une magnitude ombrale de 0,9299. Il ne reste qu'un liseré éclairé sur un bord, et c'est exactement ce fil de lumière qui empêche l'éclipse d'être totale.

Sauf qu'en France, le spectacle s'arrête avant la fin. La Lune se couche pendant l'éclipse, vers 7 h 09 à Paris, alors que le Soleil se lève à 7 h 01, et personne en France métropolitaine ne verra la sortie de l'ombre prévue à 7 h 52. D'où la question qui revient toujours au petit matin, une fois le ciel refermé : c'est quand, la prochaine ? La réponse est moins réjouissante que prévu, et elle demande de sortir l'agenda sur trois ans.

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À retenir

  • Cette nuit : entrée dans l'ombre à 4 h 33, maximum à 6 h 12, et Lune couchée avant la fin de la phase partielle partout en France.
  • La prochaine visible de France : la nuit du 20 au 21 février 2027. Elle sera pénombrale, donc invisible à l'œil nu.
  • La prochaine totale : le 31 décembre 2028, totalité de 17 h 16 à 18 h 28, avec une Lune très basse au-dessus de l'horizon est.
  • Celle qu'il ne faut pas rater : la nuit du 20 au 21 décembre 2029, totale, visible du début à la fin, Lune à plus de 60 degrés de hauteur.
  • Une éclipse de Lune s'observe à l'œil nu, sans aucun filtre. Les lunettes d'éclipse solaire sont ici parfaitement inutiles.

Cette nuit : ce que la France voit, et ce qu'elle ne voit pas

Commençons par l'événement en cours, puisqu'il conditionne la suite. Cette éclipse partielle est la quatrième d'une série que les amateurs appellent une quasi-tétrade, après les éclipses totales du 14 mars 2025, du 7 septembre 2025 et du 3 mars 2026. Elle appartient au saros lunaire 138, dont elle est la 30e sur 83, et son maximum se produit au zénith de la Rondônia, au Brésil. Autrement dit, les mieux servis ce matin ne sont pas en Europe.

Phase Heure de Paris Visible depuis la France ?
Entrée dans la pénombre 3 h 23 Oui, mais rien de perceptible à l'œil nu
Entrée dans l'ombre, début de la phase partielle 4 h 33 Oui, partout en métropole
Maximum de l'éclipse 6 h 12 Oui, mais Lune très basse et ciel déjà clair
Fin de la phase partielle 7 h 52 Non, la Lune est couchée partout en France
Sortie de la pénombre 9 h 01 Non

La phase partielle dure 3 h 18 min, le phénomène complet 5 h 38 min, mais la France n'en attrape qu'une moitié. Au maximum, la Lune n'est plus qu'à moins d'une dizaine de degrés au-dessus de l'horizon ouest-sud-ouest, et l'aube est déjà bien engagée. La vraie difficulté de cette nuit n'est donc pas le matériel : c'est de trouver un horizon parfaitement dégagé vers l'ouest-sud-ouest, ce qui exclut la plupart des balcons urbains. L'ouest du pays est nettement avantagé, la Lune y restant visible plus longtemps, jusque vers 7 h 39 à Brest.

Les deux prochaines seront des faux départs : février 2027, puis janvier 2028

Sur le papier, l'attente paraît courte. La prochaine éclipse de Lune visible depuis la France a lieu dans la nuit du samedi 20 au dimanche 21 février 2027 : entrée dans la pénombre vers 22 h 12, maximum vers 0 h 13, sortie vers 2 h 13, heure de Paris. Horaires idéaux, Lune haute dans le ciel, entre 38 et 49 degrés au-dessus de l'horizon. Tout semble parfait.

Tout, sauf le principal. Cette éclipse est pénombrale : la Lune frôle le cône d'ombre sans jamais y entrer. Sa magnitude pénombrale atteint 0,929, ce qui est élevé pour ce type d'événement, mais sa magnitude ombrale reste négative. Concrètement, il n'y a aucune morsure sur le disque, aucune ligne courbe qui grignote la Lune, seulement un très léger assombrissement grisâtre sur un bord, que la plupart des observateurs ne détectent pas sans comparer deux photographies. Les deux autres éclipses de 2027, le 18 juillet et le 17 août, sont elles aussi pénombrales, et aucune des deux n'est visible depuis l'Europe.

Le 12 janvier 2028, on retrouve enfin une vraie phase partielle, avec la Lune qui entre dans l'ombre. Mais à peine. D'après le catalogue d'éclipses de la NASA, la magnitude ombrale ne dépasse pas 0,068, soit moins de 7 % du diamètre lunaire mordu par l'ombre, pour une phase partielle d'environ 56 minutes. Depuis Paris, l'entrée dans l'ombre est calculée vers 4 h 45, le maximum vers 5 h 13 avec la Lune à 33 degrés de hauteur, et la sortie vers 5 h 41. C'est une encoche discrète en bord de disque, pas une éclipse dont on parle au petit déjeuner. Quant à l'éclipse partielle du 6 juillet 2028, plus marquée avec une magnitude de 0,39, elle se déroule intégralement sous notre horizon : en France, la Lune se lève une fois la phase d'ombre terminée.

La bonne question n'est jamais quand tombe la prochaine éclipse de Lune, mais quand tombe la prochaine qui sera à la fois totale, entièrement visible, et assez haute dans le ciel pour se passer d'un horizon parfait.

Le 31 décembre 2028 : la première Lune rousse, juste avant le réveillon

Il faut donc attendre le dimanche 31 décembre 2028 pour retrouver, depuis la France métropolitaine, une éclipse totale de Lune, celle qui donne à notre satellite cette teinte cuivrée souvent qualifiée de Lune rousse ou de Lune de sang. Les chiffres sont beaux : magnitude ombrale de 1,2479, soit une Lune profondément enfoncée dans l'ombre, et 71 minutes de totalité.

Le déroulé français est particulier, et il vaut mieux le connaître à l'avance. La Lune se lève déjà éclipsée, en pleine phase partielle. La totalité commence à 17 h 16, alors que la Lune n'est qu'à 2 degrés au-dessus de l'horizon est. Le maximum est atteint à 17 h 52, la Lune à 7 degrés. La totalité se termine à 18 h 28, la Lune ayant grimpé à 12 degrés, et la sortie de l'ombre intervient vers 19 h 36, à 22 degrés de hauteur. Traduction pratique : la partie la plus spectaculaire se joue à nouveau très près de l'horizon, avec la même exigence que cette nuit, un dégagement total, mais cette fois vers l'est, et une nuit d'hiver précoce qui joue en notre faveur puisque le ciel sera parfaitement noir.

Le calendrier, lui, a de l'humour : ce 31 décembre, la totalité s'achève à 18 h 28, largement avant l'heure de l'apéritif. Rien n'oblige donc à choisir entre la Lune rousse et le réveillon.

La nuit du 20 au 21 décembre 2029 : celle qu'il ne faut pas rater

Voici la date à noter, celle qui justifie de refermer l'agenda tout de suite après. Dans la nuit du jeudi 20 au vendredi 21 décembre 2029, la France assiste à une éclipse totale de Lune de bout en bout, sans qu'aucune phase ne soit rognée par l'horizon. C'est la configuration idéale, et elle est rare.

La totalité dure 53 minutes et 44 secondes, pour une magnitude ombrale de 1,1190. Tout l'intérêt est dans la hauteur : à plus de 60 degrés, la Lune domine les toits, les arbres et les immeubles. Un jardin de banlieue, une fenêtre orientée au sud, une rue dégagée suffisent. Il n'y a plus de course contre le lever du Soleil, plus d'horizon à négocier, plus de compromis géographique entre Brest et Strasbourg. Et l'événement tombe en pleine soirée d'hiver, quand la nuit est la plus longue de l'année.

Un seul paramètre reste hors de contrôle : la météo de décembre. C'est le prix à payer pour une éclipse confortable sous nos latitudes.

Le calendrier complet des éclipses de Lune jusqu'en 2030

Voici, d'après le catalogue d'éclipses de la NASA et les circonstances calculées pour Paris, ce que réserve la fin de la décennie. Les horaires sont donnés en heure locale française.

Date Type Depuis la France
28 août 2026 Partielle, magnitude 0,930 Début et maximum visibles, fin manquée, Lune couchée
20 au 21 février 2027 Pénombrale Visible en théorie, imperceptible à l'œil nu
18 juillet et 17 août 2027 Pénombrales Non visibles depuis l'Europe
12 janvier 2028 Partielle, magnitude 0,068 Visible vers 5 h du matin, mais morsure minuscule
6 juillet 2028 Partielle, magnitude 0,391 Non, la Lune se lève après la phase d'ombre
31 décembre 2028 Totale, magnitude 1,248 Totalité visible de 17 h 16 à 18 h 28, Lune très basse
26 juin 2029 Totale, magnitude 1,845 Début de la totalité visible, puis Lune couchée
20 au 21 décembre 2029 Totale, magnitude 1,119 Visible intégralement, Lune haute, la meilleure de la décennie
15 juin 2030 Partielle, magnitude 0,503 Non, la Lune se lève après la fin de la phase d'ombre

Une précision sur le 26 juin 2029, qui pourrait faire naître de faux espoirs : cette éclipse est bien totale, et même très profonde, mais depuis la France elle rejoue le scénario de cette nuit. La totalité commence vers 4 h 31 avec la Lune à 8 degrés, le maximum survient vers 5 h 22 à 3 degrés seulement, et notre satellite se couche avant la fin de la totalité, en plein crépuscule de juin. Belle sur le papier, frustrante sur le terrain.

Pourquoi il n'y a pas d'éclipse de Lune tous les mois

La Lune est pleine environ tous les 29 jours et demi, mais elle ne s'éclipse pas à chaque fois. La raison tient à une inclinaison : l'orbite lunaire est penchée d'environ cinq degrés par rapport à celle de la Terre autour du Soleil. La plupart des pleines Lunes passent donc au-dessus ou en dessous du cône d'ombre terrestre, sans le toucher. Il faut que la pleine Lune coïncide avec le passage par un nœud, l'un des deux points où les deux plans se croisent, ce qui n'arrive que pendant des fenêtres d'environ un mois, deux fois par an.

Ce n'est que la moitié de l'explication. Même quand une éclipse a lieu, elle n'est visible que depuis la face nocturne de la Terre au moment du phénomène. Une éclipse magnifique peut donc se produire pendant qu'il fait grand jour en France, comme le 6 juillet 2028. En croisant les deux contraintes, la géométrie et la rotation terrestre, on comprend pourquoi une éclipse totale de Lune parfaitement placée pour la France reste un rendez-vous de fin de décennie plutôt que de fin de mois. Les séries saros, qui regroupent les éclipses se répétant à peu près à l'identique tous les dix-huit ans et onze jours, décalent chaque fois le spectacle d'environ un tiers de tour de planète.

Ce qu'il faut prévoir d'ici là, et ce qui ne sert à rien

Un point mérite d'être répété, parce qu'il est la source de confusion la plus fréquente après chaque éclipse solaire : une éclipse de Lune s'observe à l'œil nu, sans aucun danger et sans le moindre filtre. Ce n'est pas le Soleil qu'on regarde, c'est un caillou éclairé à 384 000 kilomètres. Les lunettes d'éclipse solaire, si vous en avez gardé une paire depuis le 12 août dernier, sont ici totalement inutiles : elles sont conçues pour ne laisser passer qu'une fraction infime de la lumière, et à travers elles vous ne verrez strictement rien.

Ce qui compte vraiment, dans l'ordre :

Reste le plus important, ce soir : la première de ces quatre dates, c'est cette nuit même. Si le ciel est dégagé chez vous, l'entrée dans l'ombre à 4 h 33 et le maximum à 6 h 12 valent largement un réveil. La suivante digne de ce nom est à plus de deux ans, et la vraie, la belle, celle qu'on regardera confortablement le nez en l'air, est à trois ans et quatre mois.

Ciel, sciences du quotidien, questions que tout le monde se pose : ce journal cherche des réponses vérifiables. Pour savoir qui l'écrit, direction ma page auteur.

Portrait de Julien Jimenez

L'auteur

Julien Jimenez

Éditeur de ce site, Julien Jimenez travaille dans le SEO et les médias en ligne depuis 2009. Créateur de NextLevel.link, il écrit ici sur la psychologie du quotidien, l'argent et les questions que tout le monde se pose.