Science · Le journal

Une adolescente devient la première patiente au monde à recevoir ce pacemaker sans sonde

Depuis dix ans, il existe des stimulateurs cardiaques réduits à une capsule posée directement dans le cœur, sans boîtier sous la peau et sans le moindre fil. Ils étaient réservés aux adultes. Des publications parues en 2025 documentent les premières poses de ces dispositifs chez des adolescents, par une voie d'abord inhabituelle : la veine du cou.

Matériel médical de cardiologie disposé sur un plan de travail hospitalier
Un stimulateur sans sonde tient dans une capsule fixée à l'intérieur même du cœur. Photo : Unsplash.

Poser un stimulateur cardiaque chez un adulte de soixante-dix ans est une opération bien rodée. Poser le même appareil chez un enfant de dix ans est un problème d'une tout autre nature, et pour une raison très simple : l'enfant va grandir. Son thorax va s'allonger, ses veines vont changer de calibre, et le matériel implanté, lui, restera de la même longueur.

C'est là que le stimulateur classique montre sa faiblesse. Ce n'est pas le boîtier qui pose problème, c'est le fil. Depuis 2025, plusieurs publications de cardiologie décrivent la pose, chez des adolescents, de stimulateurs sans aucune sonde, glissés directement à l'intérieur du cœur par un cathéter. Un cas rapporté dans la revue Pacing and Clinical Electrophysiology concerne un patient de 13 ans porteur d'un bloc auriculo-ventriculaire complet congénital, chez qui un dispositif double chambre sans sonde a été implanté par la veine jugulaire interne droite, une première selon les auteurs. Précision d'emblée : cet article informe, il ne remplace pas un avis médical.

1 Premier de la Classe.lol Le classement acheté des startups françaises. Ton rang = ce que tu verses. dès 0,30 € → en direct·1 294,80 € versés·40 startupsvoir les stats → Publicité

À retenir

  • Un stimulateur sans sonde est une capsule autonome fixée à l'intérieur du cœur, sans boîtier sous la peau, sans poche cicatricielle et sans fil traversant les veines.
  • Chez l'enfant et l'adolescent, la sonde est historiquement le point faible du montage : croissance, fractures, obstruction veineuse et retraits difficiles après des années.
  • Les séries publiées en cardiologie pédiatrique montrent que la pose se fait très majoritairement par la veine jugulaire interne plutôt que par la voie fémorale habituelle chez l'adulte.
  • Le recul reste court et les effectifs faibles : ces travaux relèvent du cas rapporté et de la petite série, pas de l'essai randomisé.

Pourquoi la sonde est le talon d'Achille d'un pacemaker

Un stimulateur cardiaque conventionnel se compose de deux parties. Un boîtier, qui contient la pile et l'électronique, logé dans une poche creusée sous la peau, généralement sous la clavicule. Et une ou plusieurs sondes, des fils isolés qui descendent par une veine jusque dans les cavités du cœur, où ils délivrent l'impulsion électrique.

Ce montage fonctionne remarquablement bien, mais chaque élément a son revers. La poche sous-cutanée est une porte d'entrée possible pour l'infection et laisse une bosse visible, ce qui n'est jamais anodin à quinze ans. Les sondes, elles, subissent des millions de flexions au rythme des battements et des mouvements du bras : elles peuvent se fracturer, perdre leur isolant, ou provoquer avec le temps un rétrécissement de la veine qu'elles occupent.

Chez un patient jeune, ces inconvénients changent d'échelle, parce que l'horizon n'est pas de dix ans mais de plusieurs décennies. Une sonde posée à douze ans devra probablement être remplacée, et l'extraction d'un fil resté des années dans une veine, où il s'est entouré de tissu fibreux, est une intervention réputée délicate. C'est cette perspective, autant que le confort immédiat, qui a poussé la cardiologie pédiatrique à s'intéresser aux dispositifs sans sonde.

Chez l'adulte, on choisit un stimulateur pour les années qui restent. Chez l'adolescent, on le choisit pour les décennies qui commencent, et pour tout ce qu'il faudra changer ensuite.

Ce qu'est un stimulateur sans sonde

Le principe consiste à supprimer les deux points faibles d'un coup : plus de poche, plus de fil. L'ensemble, pile comprise, est intégré dans une capsule que l'on achemine par un cathéter à travers une veine jusqu'à l'intérieur du cœur, où elle est ancrée directement contre la paroi musculaire. Aucune cicatrice thoracique, rien de visible, rien qui bouge quand on lève le bras.

Deux familles de dispositifs se partagent aujourd'hui ce terrain, développées respectivement par Medtronic et par Abbott. Les modèles les plus récents présentent deux évolutions qui comptent pour un patient jeune. La première est la possibilité de retirer la capsule par voie percutanée, ce que la littérature désigne par le terme de dispositif récupérable, un point capital quand on sait qu'il faudra intervenir de nouveau dans le futur. La seconde est l'apparition de systèmes double chambre, où deux capsules implantées séparément, l'une dans l'oreillette et l'autre dans le ventricule, communiquent entre elles pour restituer la synchronisation naturelle des deux étages du cœur.

Pourquoi les enfants en ont longtemps été écartés

Si ces appareils existent depuis le milieu des années 2010, leur usage chez l'enfant est resté marginal pendant longtemps, pour des raisons purement mécaniques.

Chez l'adulte, la capsule est acheminée par la veine fémorale, à l'aine, à travers un introducteur de gros calibre qui remonte jusqu'au cœur. Or le calibre d'un vaisseau ne se négocie pas : chez un enfant ou un adolescent de petit gabarit, la veine fémorale peut être trop étroite pour accepter un tel matériel sans risque de lésion.

À cela s'ajoutait une question d'espace intracardiaque. Un cœur d'enfant est plus petit, et une part importante des patients pédiatriques appareillés présente une cardiopathie congénitale, souvent déjà opérée, avec une anatomie remaniée par la chirurgie. Placer et ancrer une capsule dans ce contexte demande une évaluation au cas par cas.

La voie du cou, l'astuce qui a débloqué la situation

La solution décrite dans les publications récentes est d'une logique élégante : puisque la route par le bas est trop étroite, on emprunte la route par le haut. La veine jugulaire interne, dans le cou, offre un trajet plus court et plus direct vers l'oreillette droite, et un calibre souvent plus favorable chez les patients jeunes.

Ce n'est pas une exception isolée. Dans une série multicentrique consacrée à un dispositif récupérable chez les patients jeunes, publiée en 2024 dans Pacing and Clinical Electrophysiology, l'accès jugulaire interne représentait 90 % des poses, contre 10 % pour la voie fémorale, avec des paramètres de stimulation restés satisfaisants à une médiane de neuf mois de suivi. C'est cette voie d'abord qui a été utilisée pour la première implantation pédiatrique d'un système double chambre sans sonde rapportée en 2025.

Sonde ou pas de sonde : ce qui change concrètement

Stimulateur classique Stimulateur sans sonde
Boîtier Poche sous la peau, visible et palpable Aucun, tout est dans le cœur
Fils Une à trois sondes dans les veines Aucun
Voie d'abord Incision sous la clavicule Ponction veineuse, fémorale chez l'adulte, jugulaire chez le jeune patient
Limites principales Fracture de sonde, obstruction veineuse, extraction difficile Calibre veineux requis, recul limité chez l'enfant, gestion du remplacement à long terme
Vie quotidienne Précautions sur les mouvements du bras après la pose Pas de cicatrice thoracique ni de relief sous la peau

Ce que les publications documentent, et ce qu'elles ne disent pas

Un mot sur la nature de ces informations, car il évite bien des malentendus. Les articles médicaux qui rapportent ces interventions identifient les patients par leur âge et leur pathologie, jamais par leur identité, et le détail de leur histoire personnelle n'y figure pas. Ce que l'on peut affirmer avec certitude tient donc à la technique, à l'indication et au résultat immédiat.

Sur le fond, la littérature indexée sur PubMed dessine une trajectoire nette. Des premiers cas isolés à la fin des années 2010, on est passé à des séries pédiatriques rétrospectives, puis à une étude collaborative multicentrique publiée en 2023 dans Circulation: Arrhythmia and Electrophysiology, avant les premières poses de systèmes double chambre en 2025. C'est le cheminement classique d'une technique qui descend progressivement en âge.

Restent les inconnues, et elles sont réelles. Le recul se compte en mois ou en quelques années, pas en décennies, alors même que l'argument central en faveur de ces dispositifs porte justement sur le très long terme. La stratégie à adopter quand la pile arrive en fin de vie fait encore l'objet de discussions : retirer la capsule, ou en ajouter une nouvelle et laisser la précédente en place. Enfin, les effectifs publiés restent modestes, ce qui interdit d'établir des taux de complication fiables.

Ce que cela change pour les familles

Pour les parents d'un enfant porteur d'un trouble du rythme, l'intérêt ne se résume pas à une prouesse technique. Il tient à trois choses très concrètes : l'absence de cicatrice et de relief visible, ce qui compte énormément à l'adolescence, l'absence de restriction durable sur les mouvements du bras et donc sur le sport, et surtout la perspective de ne pas hypothéquer le capital veineux d'un patient qui aura besoin d'être appareillé toute sa vie.

Cela ne fait pas du stimulateur sans sonde la réponse universelle. Le choix dépend de l'indication précise, de la taille du patient, de son anatomie cardiaque et de l'expérience du centre. Certaines situations continuent de relever d'un stimulateur épicardique posé chirurgicalement, notamment chez les plus petits. La décision se prend en équipe, au cas par cas, et c'est le cardiologue qui suit l'enfant qui a le dernier mot.

Science, santé, argent, psychologie du quotidien : ce journal explore les questions que tout le monde se pose. Pour savoir qui l'écrit, direction ma page auteur.

Portrait de Julien Jimenez

L'auteur

Julien Jimenez

Éditeur de ce site, Julien Jimenez travaille dans le SEO et les médias en ligne depuis 2009. Créateur de NextLevel.link, il écrit ici sur la psychologie du quotidien, l'argent et les questions que tout le monde se pose.