Il est 5 h 35 et l'éclipse a déjà commencé. La Lune est entrée dans l'ombre de la Terre à 4 h 33, elle atteindra son maximum à 6 h 12, heure de Paris, avec 96,2 % de son diamètre plongé dans l'ombre. Si vous lisez ces lignes depuis Lyon, en train d'enfiler des chaussures ou déjà sur le trottoir, la vraie question n'est plus de savoir s'il faut sortir. Elle est de savoir où vous placer, et vite.
Parce qu'à Lyon, la difficulté n'a rien d'astronomique. Elle est topographique. Au moment du maximum, la Lune éclipsée se tiendra à 7,3 degrés seulement au-dessus de l'horizon, dans une direction très précise, l'ouest-sud-ouest, qui est exactement celle que barre la colline de Fourvière quand on regarde depuis la Presqu'île ou depuis la rive gauche. Un Lyonnais mal placé ne verra rien du tout, avec un ciel parfaitement dégagé au-dessus de sa tête.
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- Maximum à 6 h 12, heure de Paris, avec 96,2 % du diamètre lunaire dans l'ombre de la Terre.
- À Lyon, la Lune sera alors à 7,3 degrés de hauteur, azimut 248 degrés, soit plein ouest-sud-ouest.
- Coucher de la Lune à 7 h 02, six minutes après le lever du Soleil, prévu à 6 h 56. Personne à Lyon ne verra la fin de l'éclipse.
- Aucun filtre, aucune lunette. Une éclipse de Lune se regarde à l'œil nu, sans le moindre danger. C'est l'inverse exact d'une éclipse de Soleil.
- Le seul critère qui compte : être à l'ouest de la colline de Fourvière, ou assez haut pour la dominer.
Les heures qui comptent à Lyon, et rien d'autre
Les instants de contact de l'éclipse sont les mêmes pour toute la planète, puisque c'est la Lune elle-même qui s'assombrit. Ce qui change d'une ville à l'autre, c'est la hauteur à laquelle on la voit et l'heure à laquelle elle disparaît sous l'horizon. Voici le déroulé traduit en données lyonnaises, d'après les éphémérides calculées pour la latitude et la longitude de Lyon.
| Heure de Paris | Ce qui se passe | Hauteur de la Lune à Lyon |
|---|---|---|
| 4 h 33 | Début de la phase partielle, l'ombre mord le disque | 21,1 degrés |
| vers 5 h 35 | L'échancrure est déjà large et évidente à l'œil nu | de l'ordre de 12 à 13 degrés, estimation |
| 6 h 12 | Maximum, 96,2 % du disque dans l'ombre | 7,3 degrés, azimut 248 degrés |
| 6 h 56 | Lever du Soleil à Lyon | environ 1 degré, estimation |
| 7 h 02 | Coucher de la Lune, encore 64 % du diamètre dans l'ombre | 0 degré, c'est fini |
| 7 h 52 | Fin officielle de la phase partielle | Invisible, la Lune est couchée depuis 50 minutes |
Deux précisions d'honnêteté sur ce tableau. Les valeurs de 21,1 degrés, 7,3 degrés, 248 degrés d'azimut, 7 h 02 et 6 h 56 proviennent de circonstances locales calculées pour Lyon, que j'ai recoupées sur deux sources différentes, lesquelles donnent 7,3 et 7,4 degrés au maximum. Les deux lignes marquées estimation, en revanche, sont de simples interpolations entre ces repères : la Lune perd environ 8 à 9 degrés de hauteur par heure ce matin-là. Ce sont des ordres de grandeur, pas des éphémérides.
La conséquence pratique est nette. Plus vous sortez tôt, plus la Lune est haute et plus elle est facile à trouver. À 5 h 35, elle est encore à une douzaine de degrés, soit un peu plus qu'un poing tendu à bout de bras. À 6 h 12, elle sera deux fois plus basse. Autrement dit, le maximum de l'éclipse est aussi le moment le plus difficile de la matinée à Lyon.
La direction exacte : 248 degrés, et pas un autre quart du ciel
Sortez la boussole de votre téléphone et cherchez 248 degrés. C'est l'ouest-sud-ouest presque parfait, l'ouest étant à 270 degrés et le sud-ouest à 225. Concrètement, si vous êtes place Bellecour, cela pointe vers la colline de Fourvière. Si vous êtes à Villeurbanne, cela pointe vers la Presqu'île puis vers cette même colline. Si vous êtes à Vaise, cela pointe vers les hauteurs d'Écully et de Tassin.
Un mot sur la mécanique du ciel, parce qu'elle aide à repérer l'astre. Depuis le début de la phase partielle, la Lune glisse du sud-ouest vers l'ouest en descendant. Elle ne monte plus, elle ne remontera pas, elle plonge. Une règle empirique bien connue des astronomes amateurs permet de mesurer tout cela sans instrument : bras tendu, le poing fermé couvre environ 10 degrés de ciel, un doigt environ 1 degré. À 6 h 12, la Lune sera donc à trois quarts de poing au-dessus de l'horizon lyonnais.
Le vrai problème lyonnais s'appelle Fourvière
Voilà l'information que ne donnera aucun guide national. Le fond de vallée du Rhône et de la Saône, où vit l'essentiel de l'agglomération, se situe entre 160 et 170 mètres d'altitude. À l'ouest immédiat de ce fond de vallée se dresse une ligne de hauteurs presque continue, qui atteint 300 mètres et s'échelonne de Fourvière au nord jusqu'à Millery au sud. La colline de Fourvière culmine à 318 mètres au fort de Sainte-Foy, et l'esplanade de la basilique se tient à 287 mètres, soit environ 120 mètres au-dessus du Vieux-Lyon.
Faisons le calcul le plus simple du monde. Depuis la place Bellecour, à environ 170 mètres d'altitude, la crête de Fourvière se trouve un peu plus d'un kilomètre à l'ouest et culmine environ 120 mètres plus haut. Cela donne une élévation apparente de l'ordre de 5 à 6 degrés. À comparer aux 7,3 degrés de la Lune au maximum. La colline mange donc l'essentiel de la hauteur disponible, et ce calcul ne tient pas encore compte des immeubles qui la coiffent.
Le piège est d'autant plus vicieux que les deux belvédères les plus célèbres de Lyon regardent tous les deux du mauvais côté. L'esplanade de Fourvière, avec sa table d'orientation, est tournée vers l'est : on y admire la ville, les deux cours d'eau, le Bugey et, par temps clair, le mont Blanc. Le Gros Caillou, à la Croix-Rousse, est littéralement décrit comme le belvédère est du plateau, avec le Rhône, la plaine et les Alpes à l'horizon. Superbes vues. Rigoureusement inutiles ce matin.
À Lyon, ce matin, la ligne de partage ne passe pas entre ceux qui ont du matériel et ceux qui n'en ont pas. Elle passe entre ceux qui sont à l'ouest de la crête de Fourvière et ceux qui sont derrière.
Où aller maintenant, par ordre de temps de trajet
Si vous êtes en rive gauche, à Villeurbanne, Bron, Vaulx-en-Velin, Décines ou du côté du Grand Parc de Miribel Jonage, le relief joue contre vous : toute la ligne de crête vous sépare de la Lune. Traverser la Saône n'est pas une option de confort, c'est la condition pour voir quelque chose.
- Le plateau ouest, à quinze minutes du centre. Sainte-Foy-lès-Lyon culmine à 322 mètres pour une altitude moyenne autour de 300 mètres, Tassin-la-Demi-Lune s'étage entre 186 et 309 mètres. Une fois sur ce plateau, le terrain redescend vers l'ouest et vous êtes du bon côté de la crête. Craponne, Francheville et Chaponost offrent la même géométrie.
- Saint-Genis-Laval. Ce n'est pas un hasard si l'observatoire de Lyon y a été installé en 1878, à 266 mètres d'altitude, sur les hauteurs et non dans la cuvette. La logique du choix de 1878 reste la bonne aujourd'hui.
- Le site du Plat de l'Air, à Chaponost. Les arches de l'aqueduc romain du Gier, 92 arches dont 70 encore debout sur plus de 550 mètres, traversent un plateau agricole ouvert à environ quinze kilomètres du centre de Lyon. L'accès y est libre, sans horaires ni billet, ce qui compte beaucoup à 5 h du matin.
- Les Monts d'Or, au nord-ouest. Le mont Cindre monte à 469 mètres, le mont Thou à 611 mètres avec une table d'orientation au sommet, le mont Verdun à 626 mètres. Attention pour ce dernier : le sommet est occupé par une emprise militaire, l'accès n'est pas libre. Le mont Thou domine la Saône de près de 500 mètres, ce qui règle définitivement la question de la hauteur.
- Les Monts du Lyonnais. C'est le point de vue que recommandait la presse locale lyonnaise pour cette éclipse. Le revers de la médaille est réel : depuis le plateau ouest, ces mêmes reliefs, dont le point culminant est le crêt Malherbe à 946 mètres, relèvent l'horizon d'environ un à deux degrés selon la distance. C'est une estimation de ma part à partir des altitudes et des distances publiées, pas un relevé de terrain. Ce n'est pas rédhibitoire face à 7,3 degrés, mais cela raccourcit la fin du spectacle.
Si rien de tout cela n'est atteignable dans les minutes qui viennent, le repli le plus efficace reste un pont. Les ponts de la Saône et du Rhône offrent le seul dégagement horizontal vraiment large du centre de Lyon. Vers l'aval de la Saône, la perspective s'ouvre bien mieux que depuis n'importe quelle rue en damier de la Presqu'île.
Ce que vous allez réellement voir, sans enjoliver
Autant le dire franchement : ce ne sera pas la grande lune de sang haut perchée dans une nuit noire. Trois facteurs se liguent contre les Lyonnais ce matin, et il vaut mieux les connaître avant de grimper sur un plateau.
- L'épaisseur d'atmosphère. À 7,3 degrés de hauteur, la lumière de la Lune traverse une masse d'air estimée à environ 7,5 fois celle du zénith. Résultat : une image plus terne, plus tremblante, souvent teintée d'orange par la diffusion, avec des contours qui bougent.
- Le jour qui se lève. Le maximum de 6 h 12 arrive 44 minutes avant le lever du Soleil lyonnais de 6 h 56. Le ciel sera donc déjà bleu pâle, et le contraste entre la partie assombrie du disque et le fond du ciel sera très réduit.
- La sortie de scène anticipée. La Lune se couche à 7 h 02, six minutes seulement après le lever du Soleil, avec encore 64 % de son diamètre dans l'ombre. Le spectacle ne se termine pas, il est coupé.
Un point rassurant en revanche, contre-intuitif pour une métropole d'un million et demi d'habitants : la pollution lumineuse lyonnaise n'est pas le problème principal. Une éclipse de Lune reste parfaitement visible depuis une ville éclairée, parce qu'on observe un objet brillant et non un objet diffus comme une galaxie. Ce qui vous privera du spectacle, ce ne sont pas les lampadaires des quais, c'est un immeuble ou une colline dans l'axe des 248 degrés.
Aucun filtre, aucune lunette : c'est une Lune, pas un Soleil
Le rappel s'impose, parce que la confusion est fréquente depuis l'éclipse solaire du 12 août dernier. Une éclipse de Lune s'observe à l'œil nu, directement, sans aucun filtre et sans le moindre danger. Il n'y a strictement rien à protéger. Vous regardez une Lune plus sombre que d'habitude, c'est tout.
Les lunettes d'éclipse solaire à la norme ISO 12312-2, celles qui traînent encore dans les tiroirs lyonnais depuis le mois d'août, sont ici parfaitement inutiles. Elles sont conçues pour ne laisser passer qu'une fraction infime de la lumière solaire, donc elles ne laissent rien passer de la lumière lunaire. Si vous les mettez ce matin, vous ne verrez qu'un écran noir. Gardez-les pour la prochaine éclipse de Soleil.
Côté matériel, l'œil nu suffit largement pour suivre la progression de l'ombre. Une paire de jumelles apporte tout de même un vrai confort ici, en rendant la limite de l'ombre plus nette et les nuances de couleur plus lisibles, ce qui est précieux quand l'astre est bas et tremblant. Le télescope, lui, est un mauvais calcul ce matin : viser à 7 degrés de hauteur avec un tube sur monture, en pleine aube, pour un phénomène qui se voit très bien sans lui, c'est beaucoup d'efforts pour un gain douteux.
Si le ciel est bouché, ou si vous lisez ceci trop tard
Deux scénarios, deux réponses. Si vous vous réveillez après 6 h 12, tout n'est pas perdu : entre le maximum et le coucher de la Lune à 7 h 02, il reste cinquante minutes pendant lesquelles le disque est encore largement mordu par l'ombre, à plus de 60 % au moment de disparaître. Mais il faudra alors un horizon vraiment parfait, puisque la Lune passera sous les 5 degrés, et faire vite.
Si la couverture nuageuse est totale sur l'agglomération, la consolation à court terme sera maigre. La prochaine éclipse de Lune, les 20 et 21 février 2027, sera pénombrale : la Lune ne fait qu'effleurer le cône d'ombre et la plupart des observateurs ne remarquent rien. Il faudra attendre le 12 janvier 2028 pour une nouvelle éclipse partielle, puis le 31 décembre 2028 pour une éclipse totale.
Cette éclipse referme d'ailleurs une belle séquence. Elle est la quatrième d'une quasi-tétrade, après les éclipses totales du 14 mars 2025, du 7 septembre 2025 et du 3 mars 2026. Elle appartient au saros lunaire 138, dont elle constitue la 30e occurrence sur une série de 83, et son maximum se produit au zénith de la Rondônia, au Brésil, ce qui explique que les Amériques soient les grandes gagnantes de la nuit avec une Lune haute dans le ciel. L'Europe et l'Afrique la voient, l'Asie et l'Océanie pas du tout.
Le plan lyonnais tient donc en une phrase : filez vers l'ouest, regardez à 248 degrés, et profitez des minutes qui précèdent 6 h 12 plutôt que de celles qui suivent.
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