Éclipse · Le journal

La méthode du carton troué : comment regarder une éclipse sans aucun risque avec deux feuilles de papier

Pas de lunettes spéciales sous la main ? Il existe une méthode vieille de plusieurs siècles, gratuite, réalisable en deux minutes avec ce qui traîne dans un tiroir, et qui ne présente strictement aucun danger pour les yeux : le sténopé, alias le fameux carton troué. Voici comment ça marche, et comment le fabriquer.

Mains tenant une feuille de papier dans la lumière
Avec un simple trou d'épingle dans une feuille, le Soleil se projette sur un écran de papier : on observe l'éclipse en lui tournant le dos. Photo : Unsplash.

L'éclipse du 12 août 2026 a rappelé une évidence : le jour J, tout le monde n'a pas de lunettes conformes à la norme ISO 12312-2 sous la main. Les stocks s'épuisent, les enfants perdent les leurs, et la tentation du coup d'œil « rapide » fait chaque fois des dégâts. Bonne nouvelle : la méthode d'observation la plus sûre du monde ne coûte rien, se fabrique en deux minutes et n'implique jamais, à aucun moment, de regarder en direction du Soleil.

Cette méthode porte un nom savant, le sténopé, et un surnom populaire, le carton troué. Le principe : laisser passer la lumière du Soleil par un tout petit trou et regarder son image projetée sur une surface, exactement comme au cinéma. Vous observez une projection, pas l'astre lui-même. Et c'est ce qui change tout.

À retenir

  • Le sténopé projette une image du Soleil sur un écran (feuille, carton, sol) : on observe en tournant le dos au Soleil, sans aucun risque pour les yeux.
  • Il faut deux feuilles : une percée d'un trou de 2 à 5 mm, une servant d'écran. Plus elles sont éloignées l'une de l'autre, plus l'image est grande.
  • Une passoire, une écumoire ou le feuillage d'un arbre produisent le même effet : des dizaines de petits croissants projetés au sol.
  • Règle absolue : on ne regarde jamais le Soleil à travers le trou. Le trou sert à projeter, pas à viser.

Un principe optique connu depuis l'Antiquité

Le sténopé repose sur une propriété toute simple de la lumière : elle se propage en ligne droite. Quand les rayons du Soleil traversent une petite ouverture, chaque point de l'astre envoie son rayon selon sa propre direction, et l'ensemble reconstruit, de l'autre côté, une image inversée de la source. C'est le principe de la chambre noire, la camera obscura, ancêtre direct de l'appareil photo.

Le phénomène est observé depuis l'Antiquité : les textes attribués à Aristote s'étonnaient déjà que la lumière passant entre les feuilles d'un arbre dessine au sol des croissants pendant une éclipse partielle. Au XIe siècle, le savant Ibn al-Haytham, pionnier de l'optique, décrivait précisément la chambre noire et l'utilisait pour observer des éclipses sans se brûler les yeux. Autrement dit, la méthode que vous allez fabriquer avec deux feuilles de papier a plus de mille ans de service, et un bilan de sécurité parfait.

Pourquoi c'est sûr à 100 %

Le danger d'une éclipse, ce n'est pas l'éclipse : c'est le Soleil. Le fixer, même partiellement masqué, concentre sur la rétine assez d'énergie pour léser les cellules de la macula, sans douleur, parfois définitivement. Toutes les méthodes d'observation directe reposent donc sur des filtres qui doivent arrêter plus de 99,99 % de la lumière, d'où l'exigence de la norme ISO 12312-2 et l'interdiction absolue des filtres improvisés.

Le sténopé contourne le problème d'une façon radicale : vos yeux ne reçoivent jamais la lumière directe du Soleil. Vous êtes dos à l'astre, et vous regardez une feuille de papier éclairée par une image projetée, des milliers de fois moins lumineuse que le Soleil lui-même. Il n'y a ni filtre à vérifier, ni norme à contrôler, ni durée à limiter : regarder une feuille de papier ne présente aucun danger, c'est aussi simple que cela. C'est la raison pour laquelle les agences spatiales et les associations d'astronomes recommandent cette méthode en priorité pour les enfants et pour tous ceux qui n'ont pas de lunettes certifiées.

Toute la sécurité du carton troué tient en une image : pendant que les imprudents fixent le ciel, vous tournez le dos au Soleil. On ne s'est jamais abîmé les yeux en regardant une feuille de papier.

La fabrication pas à pas, avec deux feuilles

Il vous faut deux feuilles de papier ou, mieux, une feuille de carton fin et une feuille blanche. Comptez deux minutes, montre en main :

Un ordre de grandeur utile : l'image projetée mesure environ 1 cm par mètre de distance entre le trou et l'écran. À 1 m, le croissant fait à peu près 1 cm ; à 2 m, 2 cm, mais plus pâle. D'où l'astuce des habitués : opérer à l'ombre, ou dans un carton fermé, pour que l'image projetée garde son contraste. Plus le trou est petit, plus l'image est nette mais sombre ; plus il est grand, plus elle est lumineuse mais floue. D'où la fourchette de 2 à 5 mm, le bon compromis pour une observation à main levée.

La version confort : la boîte à chaussures

Le montage à deux feuilles a un petit défaut : en plein soleil, l'image projetée manque parfois de contraste. La solution classique consiste à enfermer la projection dans une boîte, une boîte à chaussures ou un long carton d'emballage. Percez le sténopé dans une des petites faces (renforcée d'un morceau de papier aluminium percé à l'épingle, pour un trou bien net), collez une feuille blanche sur la face opposée à l'intérieur, et découpez sur le côté une ouverture pour regarder dedans.

Dos au Soleil, orientez la boîte pour que la lumière entre par le trou : le croissant se projette sur la feuille du fond, dans une pénombre qui le rend éclatant. Plus la boîte est longue, plus l'image est grande. Les astronomes amateurs fabriquent la même chose avec des tubes en carton de deux mètres : l'image du Soleil y atteint 2 cm, assez pour montrer l'éclipse à tout un groupe. Là encore, on regarde l'intérieur d'une boîte, jamais le ciel : le montage reste sans danger du début à la fin.

Passoire, écumoire, feuillage : les variantes qui amusent tout le monde

Le sténopé n'a pas besoin d'être fabriqué : votre cuisine en est pleine. Une passoire, une écumoire, une râpe à fromage, un gaufrier de crackers, tout objet percé de petits trous projette au sol ou sur un mur autant de petits croissants qu'il a de trous. Tenez la passoire à un mètre du sol, dos au Soleil, au-dessus d'une feuille blanche ou d'un trottoir clair : l'effet est immédiat et spectaculaire, des dizaines d'éclipses miniatures d'un coup.

La nature fait encore mieux. Sous un arbre, les interstices entre les feuilles agissent comme des centaines de sténopés naturels : pendant la phase partielle, le sol se couvre de croissants de lumière entremêlés. C'est l'un des spectacles les plus poétiques d'une éclipse, celui qui étonnait déjà les Grecs anciens, et beaucoup de photos mémorables du 12 août 2026 montrent précisément cela. Dernière variante, la plus minimaliste : croisez les doigts des deux mains en grille, comme une gaufre, et laissez la lumière passer entre eux au-dessus d'une surface claire. Vos propres mains deviennent l'instrument d'observation.

Les trois erreurs à ne jamais commettre

La méthode est sûre à 100 %, à condition de l'utiliser pour ce qu'elle est : un projecteur. Trois erreurs, toujours les mêmes, sont à bannir :

Ce que vous verrez, concrètement

Soyons honnête : un sténopé ne montre ni la couronne solaire ni les protubérances. Il montre la géométrie de l'éclipse, la morsure de la Lune qui avance sur le disque solaire, le croissant qui s'affine, puis qui se reforme. Pendant une éclipse partielle, comme celle qu'a vécue la France le 12 août 2026, c'est très exactement ce qu'il y a à voir, et le sténopé le montre aussi bien que des lunettes, confort et sérénité en plus.

Et le prochain rendez-vous est déjà pris : le 2 août 2027, une nouvelle éclipse traversera le sud de la Méditerranée, avec une belle phase partielle depuis la France. D'ici là, gardez le réflexe : deux feuilles, un trou, le dos au Soleil. La plus vieille méthode d'observation du monde reste, aujourd'hui encore, la plus sûre.

Santé, argent, psychologie du quotidien : ce journal explore les questions que tout le monde se pose. Pour savoir qui l'écrit, direction ma page auteur.

Portrait de Julien Jimenez

L'auteur

Julien Jimenez

Éditeur de ce site, Julien Jimenez travaille dans le SEO et les médias en ligne depuis 2009. Créateur de NextLevel.link, il écrit ici sur la psychologie du quotidien, l'argent et les questions que tout le monde se pose.