C'est le rendez-vous le plus scruté de l'année par les anciens salariés du privé. Chaque automne, les partenaires sociaux qui pilotent l'Agirc-Arrco fixent la valeur de service du point, ce chiffre en apparence anodin qui détermine directement le montant versé à quelque quatorze millions de retraités. Le régime a versé un peu plus de cent milliards d'euros de pensions en 2025, pour environ vingt-huit millions de salariés cotisants : à cette échelle, un dixième de point de revalorisation se compte en centaines de millions d'euros.
Le contexte de cette édition est particulier. Le conseil d'administration réuni le 17 octobre 2025 n'était pas parvenu à un accord entre organisations patronales et syndicales, et la valeur de service du point est restée fixée à 1,4386 €, sans aucune évolution. Le régime publie d'ailleurs cette valeur avec une progression affichée de 0,00 % par rapport à la période précédente. La question qui occupe les retraités depuis est donc simple : que se passe-t-il ensuite, et combien cela représente-t-il vraiment ?
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- La valeur de service du point est de 1,4386 € depuis le 1er novembre 2025, avec une évolution de 0,00 %, faute d'accord au conseil d'administration du 17 octobre 2025.
- La revalorisation prend effet au 1er novembre de chaque année, pas au 1er janvier comme la retraite de base.
- L'accord de 2023 prévoit une indexation sur les prix hors tabac moins 0,40 point, le conseil d'administration pouvant annuler tout ou partie de ce coefficient.
- Pour connaître votre gain, une seule opération : pension complémentaire mensuelle brute multipliée par le taux. Rien d'autre n'entre en jeu.
Ce qui s'est réellement passé au 1er novembre 2025
Le fonctionnement de l'Agirc-Arrco n'est pas celui d'un régime d'État. C'est un régime paritaire, géré par les organisations syndicales et patronales, qui décident ensemble et sans arbitrage gouvernemental. Quand elles ne s'entendent pas, il n'existe pas de solution par défaut : la valeur du point reste là où elle est.
C'est exactement ce qui s'est produit à l'automne 2025. Les positions sont restées éloignées, les organisations syndicales plaidant pour une indexation autour de 1 %, les représentants patronaux se situant nettement en dessous, en invoquant le coût pour le régime de la suspension du décalage de l'âge de départ. À défaut de compromis, aucune revalorisation n'a été appliquée, une première depuis la fusion des régimes Agirc et Arrco.
La contrepartie de cette prudence tient dans un chiffre : les réserves du régime, de l'ordre de 91 milliards d'euros au 31 mars 2026. Ce matelas, très supérieur à celui de la plupart des régimes européens comparables, est précisément l'objet du débat. Les uns y voient une sécurité à préserver face au vieillissement, les autres une capacité de redistribution immédiate aux allocataires.
Comment se calcule votre pension complémentaire
La formule est d'une simplicité désarmante, et c'est ce qui rend le calcul du gain accessible à tout le monde.
- Pendant la carrière, chaque année, les cotisations versées sont converties en points. On divise le montant cotisé par le salaire de référence, aussi appelé prix d'achat du point, fixé à 20,1877 € pour 2026, lui aussi sans évolution par rapport à 2025.
- À la liquidation, le total des points accumulés est multiplié par la valeur de service du point, 1,4386 €, pour obtenir la pension annuelle brute.
- Cette pension annuelle est ensuite divisée par douze pour le versement mensuel.
Un exemple concret : une carrière ayant produit 6 000 points donne 6 000 fois 1,4386 €, soit 8 631,60 € bruts par an, environ 719 € bruts par mois. Si la valeur de service progressait de 1 %, elle passerait à 1,4530 € et la même pension deviendrait 8 718 € bruts annuels environ. Le gain, sur un an plein, tourne autour de 86 €.
Une revalorisation ne se juge pas au pourcentage annoncé, mais au nombre d'euros supplémentaires réellement crédités sur douze mois.
La formule prévue par l'accord de 2023
La décision annuelle n'est pas prise dans le vide. L'accord national interprofessionnel du 5 octobre 2023, qui fixe les règles du régime pour la période 2024 à 2026, prévoit une méthode précise : au 1er novembre de chaque année, la valeur de service du point évolue comme l'indice des prix à la consommation hors tabac prévu pour l'année en cours, diminué d'un facteur de soutenabilité de 0,40 point.
Trois garde-fous encadrent cette formule, et ils méritent d'être connus.
- La valeur de service du point ne peut pas diminuer en valeur absolue pendant la période couverte par l'accord. Une pension complémentaire ne baisse donc pas nominalement.
- La revalorisation ne peut pas dépasser l'évolution des salaires, afin que les pensions ne progressent pas plus vite que les ressources du régime.
- Le conseil d'administration conserve la faculté d'annuler partiellement ou totalement le facteur de soutenabilité, et un mécanisme de rattrapage joue lorsque l'inflation constatée s'écarte de la prévision retenue l'année précédente.
C'est cette dernière marge de manœuvre qui explique que le résultat final soit imprévisible tant que la réunion n'a pas eu lieu : la formule donne un point de départ, la négociation fait le reste.
Le gain réel, euro par euro
Voici le tableau qui manque à la plupart des annonces. Il n'exige aucune donnée personnelle autre que le montant brut mensuel de votre seule pension complémentaire, celui qui figure sur le relevé Agirc-Arrco et non le total versé toutes caisses confondues. Les colonnes présentent trois hypothèses de taux, à titre d'illustration arithmétique, puisque le taux applicable n'est pas encore arrêté.
| Pension complémentaire brute par mois | Gain mensuel à 0,5 % | Gain mensuel à 1 % | Gain mensuel à 1,5 % | Gain annuel à 1 % |
|---|---|---|---|---|
| 400 € | 2,00 € | 4,00 € | 6,00 € | 48 € |
| 700 € | 3,50 € | 7,00 € | 10,50 € | 84 € |
| 1 000 € | 5,00 € | 10,00 € | 15,00 € | 120 € |
| 1 500 € | 7,50 € | 15,00 € | 22,50 € | 180 € |
| 2 000 € | 10,00 € | 20,00 € | 30,00 € | 240 € |
Ces montants sont bruts, avant prélèvements sociaux et avant impôt. Ils correspondent à une année pleine de versement au nouveau taux. Deux enseignements s'en dégagent. D'abord, l'ordre de grandeur d'un point de revalorisation reste modeste à l'échelle individuelle, souvent quelques euros par mois. Ensuite, l'écart entre 0,5 % et 1,5 % double ou triple le résultat, ce qui explique la vigueur des négociations : ce qui est marginal sur un relevé devient considérable multiplié par quatorze millions de bénéficiaires.
Pourquoi le pourcentage annoncé n'arrive jamais entier sur le compte
Trois filtres séparent le taux annoncé dans la presse du montant supplémentaire effectivement perçu, et il est utile de les avoir en tête pour éviter la déception.
- La date d'effet. La revalorisation s'applique au 1er novembre, pas au 1er janvier. Sur l'année civile en cours, elle ne concerne donc que les deux derniers versements mensuels. L'effet plein ne se voit qu'à partir de l'année suivante.
- L'assiette. Le taux ne porte que sur la part complémentaire. Pour un retraité dont la pension totale se compose d'une retraite de base et d'une complémentaire, seule la seconde est concernée par cette décision d'automne. La retraite de base suit un calendrier et des règles distincts.
- Les prélèvements. Les pensions complémentaires supportent des prélèvements sociaux dont le taux dépend du revenu fiscal de référence et de la situation de chacun, puis l'impôt sur le revenu selon la tranche. Le gain net est donc toujours inférieur au gain brut, dans une proportion propre à chaque foyer.
À l'inverse, un point rassure : une revalorisation acquise reste acquise. Elle se répercute sur toutes les échéances suivantes et sert de base aux revalorisations futures, ce qui produit un effet cumulatif au fil des années.
Le calendrier à surveiller d'ici la fin de l'année
Pour suivre le dossier sans dépendre des rumeurs, trois repères suffisent.
- Le conseil d'administration d'octobre. C'est là que la valeur de service applicable au 1er novembre est arrêtée. Toute information antérieure relève de la prévision, pas de la décision.
- La publication des paramètres du régime. L'Agirc-Arrco met en ligne la valeur du point et le salaire de référence dans sa rubrique de paramètres et données statistiques. C'est la source de référence, à privilégier sur toute reprise indirecte.
- Votre espace personnel. Le relevé de situation permet de vérifier le nombre de points acquis, et donc de refaire soi-même le calcul avec la nouvelle valeur dès qu'elle est connue.
Un dernier réflexe utile, souvent négligé : vérifier la cohérence de son relevé de points avec sa carrière réelle. Une période d'apprentissage, de chômage indemnisé ou de temps partiel mal reportée se traduit par des points manquants, donc par une pension durablement inférieure. Une erreur corrigée vaut, sur la durée, bien davantage qu'un dixième de point de revalorisation. Cet article ne remplace pas un conseil juridique ou fiscal : pour un dossier individuel, adressez-vous à votre caisse ou à un professionnel.
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